John Scofield Überjam au 140 : irrésistible

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Tous les spectateurs du Théâtre 140 à Bruxelles se demandent encore comment ils ont pu rester sagement assis sur les confortables fauteuils de la salle pendant l’entièreté du concert du John Scofield Überjam, vendredi soir. Le funk jazz que le groupe développe est tellement dansant que personne n’a pu s’empêcher de bouger au moins la tête, le torse, les pieds, pour battre la mesure, chalouper, épouser le rythme irrésistible imposé par le quartet. Dès les premières notes, on a envie de se balancer, de se lever, de danser. Comme tout le monde restait collé aux sièges, on a gigoté à l’intérieur de soi.

John Scofield, affable, relax, cool et souvent drôle, est un  guitariste qui a tout fait. Depuis les racines blues et rock de son adolescence jusqu’au jazz rock de Miles Davis, du funk des années 80 aux ballades calmes et sereines. Il y a dix ans, il a eu envie de revenir à ce funk qu’il adore. Il a monté un groupe. Überjam. Un album du même nom, un album live et un « Überjam 2 » qui est sorti cette année. Tous les trois sont formidables. C’est de cette matière-là que sont issus les morceaux joués par le groupe vendredi.

« Snake Dance » ouvre la soirée. Avec une belle intro de John, histoire de montrer que ce n’est pas parce qu’il fait, là, du funk apparemment si carré, si simple et si amusant, qu’il ne peut développer son talent d’improvisateur. Il le montrera d’ailleurs dans chaque morceau, où l’impro est reine et où il n’hésite pas à utiliser les pédales diverses pour allonger, tordre, crasher les sonorités.

Mais la dernière note de l’intro égrenée, c’est Avi Bortnick, l’autre guitariste, qui impose son rythme. Et là c’est phénoménal. Ce type a une manière de jouer de la guitare rythmique qui puise dans les sources du rhythm and blues, de la soul, du reggae, des musiques de Kinshasa, du funk, qui vous cloue au siège d’ébahissement. On est stupéfait et on est enthousiaste. Avi chipote aussi son laptop et ses pédales, ajoutant de l’électronique et donc des sonorités à la base rythmique d’enfer que le groupe érige en credo.

Louis Cato à la batterie et Andy Hess à la basse ne sont pas en reste. Les lignes du bassiste se réfèrent au groupe qui accompagnait James Brown sur « Sex Machine ». Et le jeune batteur est époustouflant de vivacité, de justesse, de précision et de classe : la sonorité de ses cymbales en particulier est d’une pureté exceptionnelle, due à un toucher sensible, malgré la vitesse d’exécution. Louis aura le loisir, tout au long du gig, de montrer ses énormes capacités. Et sur cette plate-forme subjuguante, John Scofield, impeccable, se lance dans des solos déroutants, montrant ainsi, mais sans aucune ostentation, son gigantesque talent.

 

Le paradis

Les morceaux se suivent : « Cracked Ice », « Boogie Stupid », « Jungle Fiction » avec des interventions sensationnelles de Louis Cato, « Watcha See is Watcha Get », plus calme, « Thikhathali », l’emballant « Dub Dub », « Endless Summer », « I brake 4 monster booty ». Avant « Dub Dub », John se permet une introduction tout en nuances, paraphrasant le célèbre « Round Midnight » de Thelonious Monk, tordant ses accords, déformant sa mélodie, pour passer du swing à la country puis au funk jazz rock entraînant du morceau.

En bis, John annonce un morceau moelleux (« a mellow tune ») pour nous envoyer au lit. C’est « Tomorrow Land », une compo d’Avi Bortnick. On s’apprête à rêver quand soudain, surgit un raz de marée. Louis Cato au micro. Un rythme blues s’installe. C’est parti pour « I don’t need no doctor », le morceau d’Ashley & Simpson enregistré par Ray Charles en 1966. Louis chante aussi bien qu’il bat. Les deux guitaristes s’affrontent en solos. Bagarre de talents au résultat évident : tout le monde prend son pied. Les quatre guys sur la scène comme les centaines de spectateurs, emballés, émus, qui s’en repartiront chez eux la banane sur le visage. Et ça fait du bien.

On a de la chance à Bruxelles. En quelques jours, j’ai applaudi la réinvention des musiques de Nino Rota par Richard Galliano, la communion avec les musiques indiennes du Remember Shakti de John McLaughlin et le funk jazz stupéfiant, dynamique et enthousiasmant de l’Überjam de John Scofield. Le paradis, man !

 

 


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