Le meilleur de Keane pour clore un premier chapitre

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Keane fait une pause après dix ans de succès. Le temps pour le chanteur Tom Chaplin de se prouver qu’il peut aussi écrire des chansons.
Après dix ans de bons et loyaux services qui leur ont permis de vendre plus de dix millions d’albums, les Anglais de Keane ont décidé d’observer une pause. Le temps pour le chanteur Tom Chaplin de sortir, l’année prochaine, son premier album solo, et pour le compositeur Tim Rice-Oxley de faire le point.

Pour célébrer la fin de ce premier chapitre auréolé de succès, le groupe publie un premier Best Of de vingt titres qu’il a tenu à présenter sur scène, au Goya de Berlin, lors d’un concert diffusé en direct, le 6 novembre dernier, dans 1.500 salles de cinéma européennes.

La salle rénovée de la Nollendorfplatz, en plein quartier gay de la capitale allemande, est devenue un haut lieu du clubbing. L’espace, une sorte de petit théâtre à l’italienne, ne peut accueillir que quelques centaines de personnes, des fans bien excités à l’idée de voir pour la dernière fois avant longtemps leur groupe chéri. Cet été, nous avions pu voir Keane à Werchter, au TW Classic de Bruce Springsteen pour un concert déjà en forme de best of.

Car des tubes, il n’y a pas à dire, ils en ont. Formé en 1997 à Battle, dans le Sussex, Keane – ils se sont tous rencontrés à la Tonbridge School dans le Kent – publie en 2004 un premier album, Hope and Fears, se vendant à six millions d’exemplaires. La particularité ? Du rock sans guitare mais mené par le piano de Tim Rice-Oxley. Les mélodies sont très pop, très entraînantes, entre Coldplay et Travis. Novastar, en Belgique, souffrira du succès mondial de Keane.

« Somewhere Only We know », « Everybody’s Changing », « This is the Last Time »… Les tubes s’enchaînent sans faiblir. Leur deuxième album, Under the Iron Sea, en 2006, avec le tube « Crystal Ball », est numéro un des ventes britanniques dès la première semaine. Ils sortiront encore deux albums, en plus du EP, Night Train, cherchant à faire évoluer leur style, avec des sons de guitare notamment. Si, en 2012, Strangeland se vend encore à un million d’exemplaires, on sent malgré tout que la formule s’épuise.

Pour Tom Chaplin, qui n’écrit pas les chansons de Keane, il est temps de penser à lui, de relever le défi du premier album solo.

Et pour nous de faire le point avec trois des membres du groupe, au lendemain du concert berlinois aux allures d’au revoir.

Un break excitant et effrayant

Tom le chanteur et Tim l’auteur-compositeur préfèrent donner séparément des interviews. Richard le batteur accompagne Tom. Les voici tous les trois rencontrés à leur hôtel berlinois au lendemain de leur prestation satellisée au Goya.

Au show d’hier, on sentait comme des sentiments partagés de votre part…

Richard : Oui et non. C’est le dernier concert dont on a parlé mais il y en a encore quelques autres à suivre d’ici la fin de l’année. Pour des télés notamment.

Tom : Moi j’étais assez nerveux à cause des caméras et l’idée que c’était retransmis en direct dans le monde entier. C’était assez étrange. Du coup, j’ai toujours peur de me planter. Ce qui ne m’arrive jamais lors d’un concert normal.

Vous n’étiez que trois sur scène…

Richard : Oui car la femme de Jesse est censée accoucher aujourd’hui. Il n’a pas voulu courir le risque d’être absent. Ce qui nous a rappelé nos débuts à trois.

On vous a vus cet été à Werchter avant Springsteen, devant un public qui n’était pas vraiment le vôtre…

Tom : C’était spécial, oui. Je pense que le public a apprécié même si j’étais malade. À un moment, j’ai vu Bruce sur le côté de la scène. Ça fait plaisir.

Richard : Heureusement que je n’ai pas vu ça.

Avez-vous d’autres souvenirs de concerts en Belgique ?

Tom : On a toujours aimé venir à Werchter, c’est la meilleure organisation qui soit.

Richard : Mon meilleur souvenir restera ce festival où on partageait l’affiche avec Snow Patrol, Amy Winehouse et les Killers. Le même jour sur la même scène. Je ne voulais faire aucune interview juste pour pouvoir les voir.

La parution de votre premier « Best Of » et l’annonce du break donnent l’impression qu’il s’agit vraiment de la fin d’un premier chapitre…

Tom : C’est tout à fait ça. Un « best of », c’est quelque chose qui est prévu dès la signature du contrat avec la firme de disques. Pour moi, il ne doit pas arriver avant quatre albums. Rien ne nous obligeait à le faire mais après dix ans d’enregistrements et avant un break, il nous est apparu que c’était le bon moment. C’était naturel. On avait de la matière. On est assez fiers de ce qui a été accompli jusqu’ici.

Quelle est la raison principale de ce break ?

Tom : C’est sans doute ma faute. Depuis l’an dernier, je réfléchis à l’écriture de mes propres morceaux. J’aime chanter les chansons de Tim dans Keane. Ses chansons sont tellement bonnes qu’il m’est très facile et agréable de les chanter. C’est le bon moment, je pense, pour relever le défi d’un disque personnel. J’en ai toujours rêvé. Si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais.

Et vous Richard, vous allez suivre Tim ou Tom ?

Richard : Ni l’un ni l’autre, je crois. Tom a besoin que son projet soit très séparé de Keane. Je serai dans sa salle. Je ne sais pas encore ce que je vais faire l’année prochaine, un sentiment que je n’ai plus vécu depuis longtemps. Ça ne m’inquiète pas. C’est même assez excitant.

Quel est votre meilleur souvenir de Keane ?

Tom : On ne fait des disques que depuis dix ans mais ensemble, ça doit bientôt en faire vingt. C’est une belle histoire. On a vécu des choses tellement folles un peu partout dans le monde. Au départ, en arrivant à Londres, on a dû se battre pour se faire entendre puis le succès nous est tombé dessus et ça n’a pas arrêté depuis.

Richard : On a passé beaucoup de temps à faire les meilleurs albums possibles. Comme une véritable œuvre d’art chaque fois. On a bien dû se produire dans une quarantaine de pays, ce qui est fou. On a joué au Paraguay, à Bogotá et Lima plusieurs fois… L’Asie aussi… C’était incroyable.

Tom : J’adore ces souvenirs. J’en suis encore émerveillé.

N’y a-t-il pas une sorte de fatigue, de lassitude après toutes ces années ?

Richard : Parfois sur le moment même. Mais on a veillé ces dernières années à mieux étaler les tournées pour éviter cela justement.

Vous est-il encore possible d’avoir une vie normale, sans fans qui vous poursuivent ?

Tom : Oui, tout à fait. Je vis dans un village, menant une vie de tous les jours à l’opposé de ce que je vis sur la route. Je suis à la campagne, c’est calme. Paul McCartney vit là aussi. Ça s’appelle Rye dans le Sussex et un jour, dans le seul hôtel du coin, on a vu débarquer George Clooney et Matt Damon pour la promo d’un blockbuster. C’était vraiment surréaliste.

N’avez-vous pas peur qu’avec une carrière solo, sans le groupe pour vous protéger, vous perdiez un peu de cette tranquillité ?

Tom : Je ne sais pas. C’est une bonne question mais je n’ai aucune idée de ce qui va se passer. Je ne pense pas que ma vie va vraiment changer. Si mon disque ne marche pas, je devrai rappeler les copains…

Avez-vous fixé une date pour le retour de Keane ?

Tom : Je ne sais pas. Toutes les chansons ne sont pas encore écrites, je n’ai pas encore le titre de mon album. Vous en saurez plus l’année prochaine.

Richard : On n’a rien planifié encore concernant Keane.

En Europe, le succès est toujours un peu suspect. Coldplay, encore aujourd’hui, doit faire face à une presse assez hostile. En avez-vous aussi souffert ?

Richard : C’est arrivé mais vous ne pouvez pas répondre sinon en faisant le meilleur disque possible. C’est triste de se voir reprocher d’avoir du succès.

Tom : Ces critiques viennent surtout du milieu indie. Le problème est qu’on vient de cette scène. Le « NME » nous aimait avant le succès massif. Mais on était naïfs et donc une cible facile. On a appris à gérer ça par la suite. Je me souviens d’une tournée au Canada avec les Kaiser Chiefs dont Damon Albarn était un grand fan. On a appris par Ricky Wilson que Damon avait dit des crasses à notre sujet. Ce qui m’a beaucoup attristé vu que je suis fou de Blur. Des années plus tard, à une cérémonie de remise de prix, Damon m’a frappé dans le dos très amicalement. Ça m’a fait un bien fou d’être accepté par lui.

Tim, comment vous sentez-vous au moment de conclure une période importante de votre vie ?

Tim : Je n’ai pas beaucoup le temps d’y penser pour le moment. J’avoue que ce break est plus l’idée de Tom. Je comprends sa motivation. C’est OK pour moi. Il faut qu’il fasse ce disque solo.

Vous aimez ce rôle dans Keane qui consiste à ne pas être le frontman ?

Tim : Je ne pourrais pas faire ce que fait Tom même si j’aime bien chanter. Notre relation symbiotique est parfaite. Quand j’étais gosse, je voulais être The Edge au piano. À côté, j’ai monté ce side project low key avec Jesse. J’ai bien aimé.

Qu’avez-vous prévu de faire l’année prochaine ?

Tim : À vrai dire, je ne sais pas trop. Je vais sans doute continuer à composer mais sans trop savoir ce que j’en ferai. Jesse sera très pris avec son bébé dans les mois à venir… Ne rien avoir à faire est à la fois un luxe et un peu effrayant, oui.


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