Ce rock qu’on entend (trop) peu

Frontstage - HCastillo

Non content d’être sur les ondes de Radio Campus avec Liberation Frequency, Hugues de Castillo fait aussi jouer des groupes dans nos contrées. « Rock », les groupes, évidemment… Et « loud » de préférence. Comme Naam, des jeunes gens de Brooklyn, ce 17 décembre – oui c’est demain – au DNA. S’il a changé d’officine, l’ancien complice de Pompon, il n’a pas mis fin à son sacerdoce pour autant. On peut appeler ça la passion.

C’est quoi, les joies du booking ?

Depuis quelques semaines, j’ai repris avec Nicolas de Viron (qui travaille chez Intersection) la programmation du DNA. A deux, nous travaillons sur la sélection des groupes qui contactent le DNA, en privilégiant les associations ou les organisations qui nous font des offres de plateau, et en essayant d’avoir une programmation variée. Le DNA va d’ailleurs être prochainement fermé pour rénovation, histoire de pouvoir encore mieux accueillir les groupes, le public, et puis les gens qui veulent juste venir boire une bière. Certains ont de l’endroit une image stéréotypée, mais il dispose de matériel de qualité et d’une très bonne équipe d’ingés son. L’envie est d’offrir une alternative aux groupes qui visent une salle d’une centaine de places. Après il est clair que nous ne sommes ni une maison des jeunes, ni une salle subventionnée, donc nous essayons d’avoir des groupes qui permettent d’attirer du monde, histoire de faire tourner le bar.

Tu t’es d’autre part lancé avec Liberation Booking

Oui, suite à mon expérience avec Pompon/Jacques de Pierpont dans le Rock Show. Je me suis investi dans une certaine scène musicale où, à force de faire des interviews et de contacter des groupes, certains m’ont demandé de les aider à trouver des dates à Bruxelles. C’est comme ça que j’ai placé Impure Wilhelmina et Lost Sphere Project, des Genevois, au Magasin 4 en avril 2010. Le mot est passé, et j’ai ainsi aidé une cinquantaine de groupes en les faisant jouer au M4, à La Taverne du Théâtre à La Louvière, au DNA et même Olivier Depardon (ex-Virago) au Botanique. En reprenant la programmation du DNA, après un an plus calme, je me suis dit que c’était l’occasion d’officialiser les choses avec une « structure », en l’occurrence Liberation Booking, qui se veut le pendant « organisation » de Liberation Frequency. J’ai donc créé une fanpage sur Facebook, je gère tout seul à la fois les contacts directs avec les groupes, et le côté visuel/promo en développant une identité graphique autour des affiches de concerts. Comme je ne dispose pas de finances, je fais du « doorsdeal » : en gros, le prix de l’entrée revient intégralement aux groupes. Et quand il le faut, je m’occupe du catering et du logement. Le tout en proposant une place à 6€ pour un concert réunissant deux groupes, histoire de rester abordable. C’est un esprit Do It Yourself, finalement.

Dur, dur ?

Ce sont des conditions difficiles mais cela permet aux groupes de venir jouer sur Bruxelles. Évidemment, je voudrais pouvoir les payer plus décemment, mais quand le public ne répond pas présent, c’est un peu compliqué, je ne peux pas encore plus me mettre sur la paille ! Et de ce point de vue, le public bruxellois est extrêmement frileux, alors que les groupes sont pourtant de qualité. Après, d’un point de vue personnel, cela permet souvent de belles rencontres, et de faire la fête ensemble !

A propos de Liberation Frequency, et puisque nous sommes à l’heure des tops de fin d’année, quel bilan tires-tu déjà de cette expérience-là ?

En gros : positif. Après être parti de Pure FM en même temps que Jacques de Pierpont, j’ai mis 7 mois à arriver sur les ondes de Radio Campus. Le temps de réfléchir à mes envies, de contacter la radio, de créer une identité sonore, d’enregistrer un pilote… Depuis avril, je suis à nouveau actif avec ma propre émission d’une heure par semaine (et même deux heures tous les quinze jours). Avec Liberation Frequency, j’ai eu l’occasion d’effectuer des interviews avec des musiciens que je respecte énormément (Scott Kelly de Neurosis, Jacob Bannon de Converge, John Dyer Baizley de Baroness, Troy Von Balthazar de Chokebore…), de les partager avec les auditeurs, et ça c’est vraiment une partie de ce projet radiophonique qui me tient particulièrement à cœur. Du coup, cette deuxième heure va servir en partie à défendre correctement ces immersions dans les univers de chaque musicien interviewé. Un autre aspect de l’émission, outre pointer des concerts qui à mes yeux valent la peine, c’est de faire découvrir des groupes qui n’ont pas le droit de cité sur d’autres radios, et c’est à mon sens une définition de ce que devrait être le service public. Il y a tellement de choses qui se passent dans le milieu musical qu’il faut mettre en lumière, et cela loin de ceux qui nous massacrent les oreilles à longueur de journée sur les radios « mainstream » ou lors de festivals devenus tellement gros et impersonnels qu’on croirait des foires agricoles (même s’il y a malgré tout moyen d’y dénicher des perles rares). Il est clair qu’avec Internet, il y a tellement à découvrir que c’est devenu un postulat à part entière que de vouloir écouter un autre type de musique. Evidemment, il y a du tri à faire, mais en ce qui me concerne, avec Liberation Frequency, je ne diffuse que des choses que j’apprécie, qui me touchent d’une manière ou d’une autre.

Comment réagissent les labels ?

J’entame ma 7e année de présence sur les ondes, et le problème est toujours le même, finalement. Certains labels continuent à me faire des promesses lorsque je les rencontre, mais qu’ils ne parviennent ou ne veulent tout simplement pas tenir en me fournissant des cd promos (si, si ça existe encore). Je ne peux bien évidemment pas tout acheter, et Internet n’est pas la solution à tout, surtout quand on diffuse en radio. À croire qu’ils se demandent si en tant que radio associative bruxelloise, ça vaut la peine de m’envoyer un exemplaire, même si finalement, je dois être l’un des rares à défendre cette scène musicale. Dans le cas présent, le « respect », ou juste le professionnalisme, vient de l’étranger. J’ai par exemple un contact en Angleterre qui représente certains labels et me fournit leurs productions via une plate-forme de téléchargement presse. Il m’arrange des interviews et je les lui fournis en podcast après diffusion pour qu’il puisse en profiter. Il se montre très enthousiaste, et m’a même proposé de le faire parvenir directement aux labels installés aux USA pour que ceux-ci soient diffusés outre-Atlantique. De même, quand des musiciens te reconnaissent et viennent te parler un an ou deux après avoir fait une interview, ça prouve que cet investissement n’est pas perdu.

Quant au « négatif » ?

La différence de traitement entre le temps où j’étais sur Pure FM et celui où je suis sur Radio Campus… Ce qui signifie par exemple un accès moins aisé aux artistes quand tu veux faire des interviews de groupes un peu plus « gros ». C’est clair, je n’ai plus une audience potentielle en national, mais je fais avec. Dans le cas de Liberation Frequency, j’ai dû repartir de zéro. Je n’étais plus chroniqueur chez Jacques de Pierpont, je suis juste moi qui fonctionne tout seul, je suis même self opérateur, je suis mon propre technicien en studio. Mais je ne remercierai jamais assez Jacques pour cette confiance qu’il m’a accordée tout au long de ces années et pour cette expérience qu’il m’a permis d’acquérir.

Des projets pour 2014 ?

Pendant toute la durée de son existence, j’ai géré sur Facebook la fanpage du Rockshow qui comptait plus de 2.000 abonnés. Là, en recommençant un nouveau projet, j’ai un peu plus de 400 abonnés, ce qui n’est pas la même chose en terme de suivi… Et comme je n’ai aucune idée du nombre de personnes branchées le lundi soir, il est dur de se rendre compte du public qu’on parvient à atteindre. Après, il y aurait moyen de toucher plus de monde avec un site dédié qui permettrait de proposer les archives de l’émission et le streaming en direct mais là, je ne peux m’en prendre qu’à moi : je n’ai toujours pas finalisé le site de l’émission. Ça met du temps, parce que c’est juste du bénévolat, et que j’aime les choses bien finies. Et comme c’est mon travail de graphiste qui est supposé me faire gagner ma vie… Voilà ce que je voudrais améliorer en 2014. Et l’année sera bien remplie du côté de l’émission, entre les groupes à défendre, les focus sur certaines programmations (Roadburn, Temples Festival…) et les interviews. En tout cas, je n’ai pas envie de baisser les bras !

Une bonne raison de mettre le disque des Progerians sous le sapin ? Outre le fait que tu joues de temps en temps avec eux…

En voilà une question difficile ! Tout d’abord, même si c’est un discours que de plus en plus de gens tiennent : pourquoi encore acheter un objet à l’heure de la musique dématérialisée ? Parce qu’en tant que collectionneur/amateur de musique, l’objet justement est quelque chose de palpable, qui a de la gueule. Et puis, c’est le plaisir de poser un vinyle sur une platine : c’est quand même autre chose que lancer son iTunes ! Après, pourquoi les Progerians ? Leur musique est un mélange d’énergie punk, de riffs bien stoner et un petit quelque chose de plus lourd que j’affectionne particulièrement. C’est un groupe qui est parvenu (avec d’autres, évidemment) à resserrer les liens de la scène « loud » bruxelloise, à la fois via les multiples projets des différents musiciens, mais aussi en créant une dynamique, que ce soit via la compilation « We are bx-hell » dont Thomas De Vylder (batteur) est l’un des instigateurs, ou en faisant intervenir d’autres musiciens avec eux (par exemple Jean-Pol Lossignol, trompettiste de PPZ30 sur ce « Vertigo »). Ils convient même les proches à participer aux tournages des clips du groupe ; un peu une affaire de famille somme toute. Et puis, ce sont des amis depuis quelques années. Je fréquente régulièrement l’Os à Moelle dont le responsable est le guitariste Fabrice Fardeli. Et cette amitié va même jusqu’à ce que je joue de temps en temps avec eux en live en tant que seconde guitare sur quelques morceaux, juste pour le fun. Après, ce que je respecte dans tout ça, c’est l’investissement du groupe : sortir du vinyle à son propre compte, c’est quand même un beau projet, qui mérite vraiment du soutien. Et c’est un groupe local dont les médias « officiels » ne parlent pas…

Didier Stiers
(Photo : Hélène Belloc)

Liberation Frequency, tous les lundis soirs de 21h30 à 22h30 (deux heures d’émission les 2e et 4e lundis du mois). Infos: www.radiocampus.be.

 

 

Didier Stiers

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