Des covers pour la bonne cause

Frontstage - Leiber

I can’t get you out of my mind, c’est une « benefit » compile, des reprises du mythique duo Leiber & Stoller, enregistrées pour la plupart à Bruxelles au studio Swimming House par, notamment, Françoiz Breut, Dogbowl, les Tropics, Bed Rugs ou encore Dez Mona. Très recommandable, donc.

L’objet, qui porte le label 62TV Records, est primo fort joli : un vinyle sous une pochette dessinée par Françoiz Breut, on a vu plus hideux ! Deusio, il est proposé par une quinzaine de groupes et artistes belges, français, espagnols et américains notamment. En plus de receler de belles surprises, à commencer par cette version frissonnante de « Spanish Harlem » par les Lillois d’Okay Monday chez qui l’inspiration sixties coule manifestement de source. Et surtout, c’est pour une bonne action : les fonds récoltés par la vente bénéficieront à l’école de Waama, un village de Tanzanie.

C’est d’ailleurs en quelque sorte sur le sable de Tanzanie qu’est né ce projet. Comme on peut le lire sur la page Facebook qui lui est consacrée : « L’histoire a commencé il y a quelques années quand deux voyageurs belges qui bronzaient sur une plage de Zanzibar ont rencontré un infirmier allemand qui, lui, buvait un cocktail. Il leur expliqua son travail comme bénévole dans le dispensaire d’un village tanzanien (Ndlr : Waama, donc). Les deux Belges, fort impressionnés, décidèrent de lui rendre visite sur place. »

Je présumais qu’un des touristes alanguis entre les coquillages n’était autre que Philippe Decoster de 62TV et qu’il était là pour des raisons strictement professionnelles. Mais non : « Ce n’était pas moi mais Marleen Cappellemans (Ndlr : des Vaporellas) et Stéphane Schrevens qui gère le studio Swimming House à Ixelles. A leur retour d’Afrique, ils ont mis sur pied un site pour ce village. Ils ont commencé à récupérer du matériel médical, pour le faire parvenir au dispensaire du village. Ensuite, en 2008, nous avons organisé un concert à l’Ecole du Cirque avec les Girls, Françoiz Breut et les Tellers. Les quelques milliers d’euros récoltés ont alors servi à financer les sanitaires installés dans l’école du village. »

Deuxième étape du projet d’aide : I can’t get you out of my mind (A tribute to Leiber & Stoller). Soit un hommage sur disque, rendu par seize groupes et artistes aux compositeurs préférés de Philippe Decoster. Le choix des morceaux s’est opéré plutôt facilement : « J’ai juste expliqué le « concept » aux différents artistes. Le choix du morceau était le leur, sur base du premier qui en choisit un peut le faire. Leiber et Stoller ont un site très complet où l’on peut retrouver tous les titres qu’ils ont composés et aussi toutes les versions existantes connues. Après, il suffit de checker sur Youtube. »

Au final, ça donne… Des choses très sexy, comme « I who have nothing », une chanson (italienne à l’origine) popularisée par Ben E. King, Shirley Bassey et autres Tom Jones, dans laquelle Françoiz Breut distille un petit quelque chose de Nancy Sinatra/Kill Bill. Ça donne aussi des riffs qu’on dirait d’époque : « Dance with me » par les pétillants Espagnols de Mujeres, ou « Love potion number 9 » par Lucy Lucy. Des covers aux accents plus garage, comme ceux avec lesquels s’amuse The Experimental Tropic Blues Band sur « Girls ! Girls ! Girls ! ». Ou d’autres pépites encore, plutôt étonnantes au regard de ce qu’on sait de ceux à qui on les doit, tel ce minimaliste mais ludique « Hey sexy » signé Hong Kong Dong. Pour la liste complète des 16 covers et leurs interprètes, voyez la page Facebook susmentionnée.

S’il connaissait déjà pas mal l’œuvre de Mike Stoller et Jerry Leiber (décédé en 2011), Philippe Decoster n’en a pas moins été surpris par certains de ceux qui se retrouvent sur ce disque. « J’ai découvert des chansons que je ne connaissais pas du tout. Fatalement : Leiber et Stoller en ont composé tellement que toutes ne sont pas devenues des tubes ou des classiques. Ce qui m’a plutôt étonné c’est que personne ne reprenne « Jackson », « Hound dog », « Jailhouse rock », « King creole » (Ndlr : Elvis a fait des hits de pas mal de leurs titres), « On Broadway », « Stand by me » (Ndlr : l’un des immortels de Ben E. King), « (You’re so square) Baby » ou « I don’t care ». »

Le choix des artistes, lui, s’est opéré assez simplement : « Nous avons contacté nos « proches », et les les plus réactifs ont participé. » Si I can’t get you out of my mind fait un peu office de machine à remonter le temps, le vinyle (qui se vend néanmoins accompagné du cd) dégage un petit parfum vintage… Enregistrement sur bande, mixage sur une console analogique, artwork fait maison et tout le toutim. « L’idée était de faire rapide et simple – un jour, même matériel de base -, sans passer par des ordinateurs qui induisent d’incessantes retouches. A la base, je me fous du support pour la musique, mais un 33T a quand même plus de gueule quand la pochette est belle. Pour ce disque, on s’est arrangé pour que presque tout soit gratos : les artistes font ça gratos, le studio travaille gratos, la pochette gratos, le mastering gratos, le pressage presque gratos. Donc les 15€ du prix de vente vont au village. »

A quand un volume 2 ? Ou une autre initiative liée à ce projet, comme, why not, un concert ? « Bonne idée, le concert, répond Philippe Decoster, mais vu les 16 artistes différents, ça ne rend pas la chose très facile… Quant à un volume 2, il ne faut jamais dire jamais, mais c’est quand même un travail de longue haleine. Ici, pour tout aboutir, il nous a fallu plus ou moins 2 ans. Mais j’ai toujours une vision romantique d’un label de disques et particulièrement actuellement : j’adorerais sortir des split-singles tous les mois, faire un single club, sortir 2 compiles thématiques tous les ans… Mais on ne peut pas oublier qu’il faut d’abord financer tout ça et ensuite les vendre ! »

Didier Stiers

 

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