Les news inutiles #43: Damon Albarn en quatre temps

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Et à part Daft Punk, quoi de neuf? Quand Arcade Fire et Pearl Jam jouent au basket, ça finit avec un nez cassé; les personnes les plus puissantes de l’industrie musicale sont…; et on s’intéresse au cas Damon Albarn.

Comment Damon Albarn est-il devenu un des musiciens les plus influents de sa génération? Réponse en quatre temps.

1. The King of Britpop

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A l’époque, on avait un peu honte, il faut bien le dire. Blur, Oasis, ce cirque more british than beef, alors que les cendres de Cobain étaient à peine froides… La honte, c’était surtout d’écouter en boucle « Parklife » et « The Great Escape », parce que, tout de même, oui, on aimait Blur. Pour tout dire, on aimait aussi Oasis! Mais si les frères G. nous faisaient rire, Damon, à l’époque, c’était la tête à claque par excellence, le premier de classe qu’on ne pouvait sentir, le beau gosse qui faisait se pâmer toutes les filles… Et en plus de ça, il n’écrivait quasi que des tubes! Non, Blur, même si on adorait, c’était impératif, il fallait garder ça pour nous.

Damon Albarn est né à Londres dans une famille d’artistes. C’est assez logiquement qu’il en est devenu un lui-même, et pas des moindres. Dès l’âge de six ans, il chipotait guitare, violon et piano. Plus tard, il rejoindra une école de théâtre, avant de se consacrer à la musique.

Blur a été fondé en 1988 au Goldsmiths College de Londres. Le groupe obtient un contrat deux ans plus tard avec Food, sous-label d’EMI, qui choisi le nom du groupe (qui s’appelait alors Seymour, comment voulez-vous percer dans les charts avec un nom pareil?). C’est aussi la maison de disque qui pousse les quatre kets à enregistrer un premier album sous influence Madchester, étant donné que c’est ce qui marche en ce tout début des 90′s. Damon, ça ne le dérange pas plus que ça, car il faut dire ce qui est, à 20 ans, ce qui l’intéresse, c’est d’être une pop star. Ce qui arrivera trois ans plus tard, avec « Parklife ». A ce moment, Albarn a trouvé son écriture: dans la lignée de Ray Davies et des Kinks. En deux mots: pop et british. Résultat: des tubes, rien que des tubes.

Suivent deux années folles de Britpop. Toutes les oreilles sont tournées vers l’Angleterre et les médias locaux en profitent pour jouer la carte d’un certain nationalisme culturel après plusieurs années sous le joug du grunge US, renouant aussi avec la tradition des groupes concurrents: sur le modèle Beatles vs. Stones, il est désormais question de Blur vs. Oasis. Or Damon Albarn est un compétiteur, qui reste obnubilé par le succès. Numéro 1 ou rien. Ou comme disait l’opposant de Stallone dans « Over The Top », « le second, c’est un con! ». Ainsi, c’est bien Damon qui a poussé EMI à avancer la sortie du single ‘Country House’ en août 1995 pour la faire coïncider avec celle de ‘Roll With It’ d’Oasis. On connaît la suite… La bataille gagnée, mais la guerre perdue (enfin, c’est ce qui se disait à l’époque…) et puis, surtout, le repentir, le profil bas et l’ouverture sur le monde.

S’ensuivront ‘Blur’ qui ouvre une fenêtre sur les Etats-Unis et surtout le plus expérimental ’13′ et en 2000, c’est un Damon Albarn désintéressé et à mille lieues de la Britpop qui s’exprime à la presse pour la promo d’un best of Blur: « Tout ceci n’est qu’une compilation de singles sortis en Angleterre. Je veux dire, quand on s’intéresse à la musique, comment peut-on nier l’influence de la musique africaine? » Uh?

2. L’Africain

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C’est en 2000 que Damon Albarn découvre l’Afrique, suite à un voyage au Mali avec Oxfam. Dans la même interview à Rock & Folk en décembre 2000, il explique: « D’habitude, ils proposent ça à Robbie Williams où Geri Halliwell qui font des photos sur place et repartent. Moi, j’ai apporté mon matos pour enregistrer avec les musiciens locaux ». En résultera « Mali Music » sorti en 2002. D’autres voyages sur le continent noir suivront au Nigeria (où il a enregistré avec Tony Allen, le batteur de Fela qui se retrouvera dans le projet The Good, The Bad And The Queen), au Congo (« Kinshasa One Two », 2011) et le projet Africa Express, des séries de concerts qui voient musiciens africains et occidentaux partager la scène (un album devrait sortir dans l’ année).

Cette démarche est d’autant plus louable que, contrairement aux grands barnums que sont (qu’étaient?) ces concerts de charité pour sauver l’Afrique ou autre, elle est une véritable rencontre culturelle entre les deux continents, mettant sur un pied d’égalité musiciens africains et occidentaux pour obtenir, au final, une oeuvre métissée. A l’opposé donc, de cette vision que le Live Aid a tristement popularisée, de ces pop stars aristocrates chantant leurs tubes pour venir en aide à ces pauvres Africains qui ont tant besoin de nous. Une vision et une mentalité que Damon et sa clique renvoient à la préhistoire – et il était temps! Damon Albarn avait d’ailleurs critiqué le fait que le Live 8, organisé en 2005 sur le modèle du Live Aid de 1985, soit tristement et désespérément une affaire occidentale. Il est aussi vrai qu’il n’avait pas été invité pour l’occasion.

Ajouté à cela son implication dans le label Honest Jon’s qui réédite et compile des perles perdues de tous les continents et de toutes les époques et il est assez frappant de constater à quel point cette pop star qui fut un temps chantre d’un conservatisme culturel britannique (mais c’était à l’époque en réaction à l’hégémonie culturelle américaine) est devenu un médiateur ouvert sur le monde. En fait, c’est très simple: « Je n’aime pas le terme world music. D’où que ça vienne, c’est tout simplement de la musique, non? C’est ce qu’on essaie de faire avec Honest Jon’s – ouvrir un peu les esprits sur ce qui se passe ailleurs ».

3. Artiste 2.0.

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Quand Gorillaz a débarqué au printemps 2001, on ne savait pas à quel point Damon Albarn était impliqué dans le projet. Lui-même, en interviews, expliquait qu’il était juste le chanteur, qu’il était tombé amoureux d’une démo qui lui avait été envoyée et qu’il voulait simplement donner un coup de main à ce groupe anonyme. Au tout début, tout ce qu’on avait, c’était un single (‘Tomorrow Comes Today’, chanté par Albarn) et ces cartoons. Bien sûr, la supercherie n’a pas duré, mais durant quelques semaines, c’était bien à un groupe virtuel auquel on avait affaire, mélangeant allègrement pop, hip hop, dub, vidéos animées, dessins et autres excentricités. Un projet multimédias, multigenres. Qui collait tellement bien à son époque qu’il cartonna d’emblée – et ce compris aux Etats-Unis où Blur n’avait percé que le temps du single ‘Song 2′.

Plus de dix ans après, ce qui est frappant, c’est que chaque nouveau groupe ne peut considérer exister qu’en prenant en compte tous les médias à sa disposition. Aujourd’hui, la musique pop est autant image que son et joue sur tous les plans: artistique, mode, marketing, live et présence sur les réseaux sociaux. Gorillaz, créé avec le dessinateur Jamie Hewlett en « regardant MTV trop longtemps, et c’est un peu l’enfer – il n’y a aucune substance. Alors on a eu cette idée de groupe virtuel, quelque chose qui serait un commentaire là-dessus », expliquait Hewlett – Gorillaz, donc, peut être considéré comme le précurseur des groupes pop de l’ère 2.0 interconnectée et post-post-moderne dans laquelle tout, ou presque, se passe dans le monde virtuel.

4. Goldfinger

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Pour dire, le Damon touche à tout (on n’a pas parlé des opéras pop et autres projets comme The Good, The Bad & The Queen) et tout ce qu’il touche semble se transformer en or (il n’a, en réalité, jamais connu autre chose que le succès). En plus, avec son carnet d’adresse, le bonhomme a réussi à sortir de leur retraite Paul Simonon et Mick Jones du Clash, mais aussi Shaun Ryder de Happy Mondays (‘DARE’, Gorillaz), a offert un dernier grand moment avec Lou Reed (‘Some Kind of Nature’, Gorillaz), concocté un testament cinq étoiles à Bobby Womack (« The Bravest Man In The Universe ») et il est même parvenu à faire monter Noel Gallagher sur scène à ses côtés pour lui faire chanter une chanson de… Blur! Au final, il semble bien que ce soient les Londoniens qui ont gagné la guerre!

Depuis ses débuts, Albarn a néanmoins à ses côtés, pour chacun de ses projets, un bras droit… Avec qui ça se termine généralement en brouille: Graham Coxon avec Blur (brouillés au début des années 2000), Jamie Hewlett avec Gorillaz (brouillés actuellement parce que Damon s’était entièrement approprié le groupe et avait réduit à peau de chagrin son aspect image lors de la dernière tournée) – faut pas croire, le bonhomme, comme toute pop star aux doigts d’or, a aussi son ego et ses tendances autocratiques. Aujourd’hui, son partenaire privilégié semble être Richard Russel, le boss du label XL avec qui il a collaboré pour l’album de Bobby Womack et qui a produit son disque solo « Everyday Robots ». Disque qui sortira donc le 24 avril prochain et dont le premier extrait laisse augurer du meilleur. Quant à Blur…

Quelques concerts depuis la reformation (triomphale, particulièrement en Angleterre!) de 2009, quelques séances d’enregistrement, deux, trois nouveaux titres sortis, un album annoncé… Il semblerait surtout que ce ne soit plus la priorité de Damon Albarn, qui a toujours plus tendance à regarder en avant qu’en arrière. Ainsi, en janvier 2012, Blur est entré en studio pour enregistrer avec William Orbit (qui avait produit « 13 »). Et puis, du jour au lendemain, le Damon a décidé qu’il n’avait plus envie et a tout annulé. Réaction du producteur: « Oh, lâchez-moi avec Blur! Soyons clair, je ne travaillerai plus jamais avec eux – Damon a été horrible ». Et donc, y aura-t-il jamais un prochain Blur? Mais est-ce vraiment nécessaire?

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Journaliste lesoir.be

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