Exclu : Makyzard au Pays des Hommes Intègres

Frontstage - Makyzard

Et de deux ! Après le clip accompagnant « Embraser le calme », voici celui qui illustre « Au pays de l’homme intègre », autre extrait de l’album commis par Makyzard. Le rappeur bruxellois est allé chercher ces images au Burkina Faso et nous les offre… ci-dessous, en exclu sur Frontstage jusque dimanche soir.

Le hasard fait parfois bien les choses. En 2007, Makyzard est au Burkina Faso, où il travaille comme formateur avec le collectif Afrique Slam. Entre une battle dont il atteint la finale (et comme seul blanc), la première d’un spectacle présenté en ouverture d’Oxmo Puccino, il découvre les studios Ouaga-Jungle et y entend un gars « à la voix de dingue », accompagné par un guitariste et un percussionniste. « Je lui ai demandé si ça ne le dérangeait pas que j’improvise avec lui. C’était Victor Démé. A l’époque, il n’avait encore sorti aucun disque… Je l’ai revu à Esperanzah, et puis au Théâtre de Namur. Qui aurait pu dire que ça arriverait, après l’avoir rencontré au bout du monde ? Dans une petite cour, sans qu’on puisse communiquer autrement que par l’impro ? C’est parce qu’il y a cette histoire que j’ai voulu faire un morceau avec lui sur mon album. »

Le clip, lui, a été tourné l’année dernière : tu es donc retourné là-bas ?

Oui, en octobre, dans le cadre du festival Waga Hip Hop. Ça faisait effectivement longtemps que je voulais y retourner, parce qu’il s’était passé quelque chose de fort. Et pour moi, c’était aussi important d’aller y présenter l’album, de jouer ce morceau-là avec Victor Démé devant les gens de Ouaga, pour « boucler la boucle ». Du coup, on a répété dans le studio Ouaga-Jungle, il est aussi intervenu sur un autre morceau, « L’Eponge », où il remplace la chanteuse flamenco… Comme nous étions là-bas quasiment en fonds propres, il fallait également que je puisse en repartir avec les images du clip. Ce qui était bien aussi, c’est que j’avais beaucoup saoulé – c’est vrai -, mon guitariste et mon percussionniste, avec Ouaga par-ci, Ouaga par-là ! Mais sur place, ils ont pu déchiffrer le morceau un peu plus chaque jour.

Cette vidéo a aussi un petit côté carnet de route : suffisamment que pour parler à des gens qui n’ont jamais mis les pieds là-bas ?

Si j’avais dû être convaincu par ce que j’ai lu dans les guides à propos de Ouaga, je n’aurais pas été. On t’y met tellement en garde par rapport à tellement de choses… Je voulais aussi qu’on puisse découvrir l’endroit autrement, par la vie quotidienne de ceux qui y vivent. Mais je ne voulais pas tomber dans les clichés. Le clip montre des gens qui font la fête, qui travaillent, qui ont le sens de la débrouille, et malgré le « bricolage », qui avancent. Et là, ça rejoint ce que nous avions voulu faire avec le clip d’« Embraser le calme », cet hommage à ceux des Forges de Clabecq. Il y a une force, peut-être qu’elle vient du désespoir, je ne sais pas, mais elle est là en tout cas.

Aller en Afrique avec du rap, c’est un petit peu le ramener aux sources, non ?

Tout à fait ! Et en Afrique, le rap a toutes ses raisons d’être. Il y a encore ce côté noble du combattant qu’on ne retrouve plus systématiquement ici. Ce n’est pas pour rien que le clip évoque aussi Thomas Sankara (NDLR : le défunt 5e président du pays, qui a fait changer son nom, de Haute-Volta en Burkina Faso, soit « le pays des hommes intègres » dans les langues locales) : il se trouve que les deux fois où nous sommes partis là-bas correspondaient à des commémorations le concernant. Le rap, ils le pratiquent par conviction, pour son essence, tout en sachant qu’il y a des risques, par rapport aux textes qu’ils disent.

Didier Stiers

 

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