Mise amplis maison

Frontstage - Cheveu - OK

Plastobeton, Scorpion Violente et Cheveu : le « mad(e) in France » a fait mouche à l’Atelier 210, sold out vendredi soir.

Plastobeton débarque de Metz. Avec ce trio urbain, la scansion tient lieu de chant et la guitare ne se donne qu’en mode fébrile. La boîte à rythmes claque comme un talon de ranger sur le ciment d’un parade ground dans le petit matin gris. Pendant trente secondes, les premières, on pressent le daté, la France qui découvre la galaxie new & no wave avec un TGV de retard, et puis non… On se laisse peu à peu prendre. Ou plutôt « engluer » dans les compos de ces trois-là. Quelques sons de synthé rappellent – effectivement – le milieu des années 80. Cette boucle, ce grondement, c’est un peu leur « Awful day » à eux… Les textes, ou du moins les mots qui réussissent à se frayer un chemin hors de cette implacable machine sonore (« Hard to kill », « Remember »), ont un petit quelque chose de puéril et de glaçant en même temps, à force de répétitions quasiment névrotiques.

Deuxième représentant du « collectif » de La Grande Triple Alliance Internationale de l’Est, hébergé par Teenage Menopause Records, Scorpion Violente aime les intitulés qui sonnent. Comme ce titre d’album sorti en 2012 : The rapist. Ce dark duo franco-italien se nourrit à la série Z pour l’imagerie, et ne tripote que des machines côté matos. Lui aussi affectionne le même genre de « batteries » vintage. Sauf que dessus, il bâtit des symphonies synthétiques limite kitsch, parfois longuettes, faites de drone et d’échos de cathédrale. Des boucles dansantes, mais pas trop. Bon, pour les cathédrales, je précise : plutôt du genre à y célébrer le culte à un personnage à tête de bouc qu’à un chérubin né sur la paille.

Tête d’affiche de cette soirée au poil, Cheveu vient tout juste de se fendre d’un nouvel album, sur le très recommandable label Born Bad. Intitulé Bum, le disque. C’est amusant, non ? « Tu l’as, l’album Bum ? » Enfin, bref, ça leur fait encore un point commun, aux groupes de la soirée : une certaine manière de cultiver l’humour. Les trois de Cheveu, eux, le noient dans un rock garage tout plein de claviers. Le tout est animé par le grand David Lemoine qui n’a rien d’un contemplatif : paire de micros dans les pognes, un peu épileptique, un peu théâtral et un peu goguenard, il finit torse nu et debout sur le stand de ses consoles. Pour en revenir à leur humour : c’est par exemple celui du toujours très attendu « Charlie Sheen », ou le clin d’œil « Ice ice baby » décrété « meilleur morceau de rap de tous les temps » et passé à la concasseuse tournant en surrégime.

Mais Cheveu n’est pas qu’emballant par cette bonne humeur. Le groupe né à Paris sait aussi se défaire des poncifs du genre, dans une sorte de brouillonnerie savamment distillée. Durant ce concert sous tension constante, où le tout neuf et ébouriffant « Polonia » prend une ampleur épique (outre l’allusion au Buffet Froid de Blier), les accents pop de Bum volent en shrapnels. Dans les premiers rangs du 210, ça se défrise et ça se bouscule. De mise dans toute la salle : la banane, bien sûr !

Didier Stiers

Didier Stiers

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