Les news inutiles #46: Nirvana, le rock, tout ça…

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Lady Gaga se fait vomir dessus, Bono, c’est du caca, Kanye West et Barack Obama sont prêts à en découdre, Courtney Love a trouvé l’avion perdu. Et Kurt Cobain est mort il y a vingt ans. Putain, 20 ans!

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C’était forcément le lendemain de la veille, donc le 9 avril (le corps a été retrouvé trois jours après les faits). 1994. Un samedi. La figure paternelle nous saute dessus dès le réveil: « Ton gars, là, Nirvana, il est mort suicidé »… La tête à l’est mais le regard fier, on lui rétorque: « Miiiiiiin non… Il a juste bouffé des pils à Rome… ça date d’un mois, c’t'histoire… T’es trop vieux! T’es largué! Oublie! Oublie! » Sauf qu’en fait, le paternel avait raison. Le Kurt, là, on l’avait retrouvé bien mort comme il faut, une balle dans la tête et une seringue dans le bras.

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Nirvana, c’était quoi? Une anomalie dans l’Histoire: les branleurs avaient pris le pouvoir! Et quand on dit branleurs, c’est pour dire branleurs. Le genre de kets à traîner sans trop de but sinon celui de mettre un pied devant l’autre, s’en mettre une bonne de temps et temps, être entre potes, juste continuer à être… C’est pas pour rien que le grunge vient de Seattle. Pas de New York. Pas de Los Angeles ni de Londres. Seattle. Parlez d’un trou à purin! Nirvana, c’est le punk qui devient roi du monde et dicte sa loi.

Bon, en fait, non, pas vraiment… Mais les branleurs n’auront jamais été aussi proches des très hautes sphères du pouvoir. Et pendant un court moment, ils ont sinon dicté leur loi, du moins donné le ton. Energie, chaos, imprévu à (très) grande échelle! Les branleurs célestes! Des types en pulls de l’Armée du salut, bermudas et Doc Martens, tout de même! La génération X. Cette génération white trash née sur les cendres des trente glorieuses, grandie avec la crise due aux chocs pétroliers, et surtout née sans valeur, sans repères, sans but, sans combat aucun. Voilà. Nirvana, c’est la dernière fois que le rock a eu ce pouvoir de représentation. On a vu ce que ça a donné. Le Roi était tout pareil au peuple, tu m’étonnes qu’il le représentait! Les pieds d’argile, les jambes qui flanchent. Il y a ajouté le plomb dans la tête…

La boîte à schnouff du Kurt photographié sur les lieux le 8 avril 1994 et publiée ces jours-ci par la police qui a rouvert l'enquête...

La boîte à schnouff du Kurt photographié sur les lieux de sa mort et publiée ces jours-ci par la police… Ah, elle est belle, la police!

Cette année-là, Claude François… Pardon. Cette année, là, donc, Nirvana devait jouer au Pukkelpop. On s’est bien fait entuber! Mais, bon, c’était cinq mois plus tard, le temps de se faire à l’idée. Pour d’autres, comme Simon Parkes, le patron de la Brixton Academy de Londres qui avait booké quatre concerts du groupe quelques semaines plus tard, il y avait 250.000£ en jeu. Autant dire la caisse.

Il explique l’instant et les jours qui ont suivi dans un livre dont le Guardian donne des extraits: « La situation se résumait ainsi: nous étions assurés en cas de meurtre, mais pas en cas de suicide. S’il s’avérait, comme beaucoup le clamaient, que Courtney Love avait tué Kurt, notre argent était assuré (…) C’était sérieux. J’étais fan de Hole autant que de Nirvana. Du coup, j’étais choqué de m’entendre prier: « Mon Dieu! Faites que Courtney l’ait fait!» Le showbusiness nous fait faire de ces trucs… »

On a entendu dire par la suite que les tickets de concerts que Nirvana ne donnerait jamais valaient leur lot de cahuètes. Eh bien, c’est à Simon Parkes qu’on le doit. Dans un éclair de transe pour sauver son business, il a lancé la rumeur à la radio que les tickets s’arrachaient par des fans du monde entier, prêts à débourser 100£ pour ce sésame-souvenir. Et ça a marché, la rumeur est devenue réalité! Résultat des courses: « Moins de 20% des détenteurs de tickets ont demandé remboursement. On était heureux de leur rendre 13,50£ pour des tickets qu’on vendait immédiatement pour 100£ (…) En définitive, non seulement la boîte n’a pas coulé avec la mort de Kurt, mais bizarrement, on a tiré profit de quatre concerts qui n’ont jamais eu lieu ». Voilà, ça donne une petite idée de l’ampleur du phénomène…

Nirvana… On n’en a plus entendu parler pendant dix-quinze ans après ça. Même durant la période Strokes/Libertines, Nirvana était loin, trop vieux, ou sans doute pas assez pour y revenir… Mais depuis quatre ou cinq ans, c’est reparti. Chaque semaine sa nouvelle, le Kurt est célébré dans son trou natal, le grunge (les fringues de l’Armée du Salut, donc) revient à la mode, et Nirvana fait son entrée dans le prestigieux Rock & Roll Hall Of Fame. Chad Channing, le premier batteur du groupe, a cru un moment y avoir droit. Mais en fait, non. Seuls les membres ayant connu la gloire pourront jouir de la reconnaissance. La révolution n’a pas eu lieu. La plèbe reste avec la plèbe…

Le pire dans toute cette histoire, finalement, c’est que Nirvana, quand on écoute, c’est tout le contraire de la déprime, de la prise de tête et de l’analyse a posteriori… Quatre accords, de la distorsion, une explosion d’énergie et entertain us! Pas plus, pas mieux. Parfait.

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Journaliste lesoir.be

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17 commentaires

  1. Mort

    25 mars 2014 à 8 h 53 min

    A la lecture de l’article, je ne peux qu’inviter la “personne” ayant rédigé ce truc à relire l’excellent “Kurt Cobain vu par les journalistes de Rolling Stone” : il en apprendra un peu plus sur son histoire, son rapport à la musique et… ses maux d’estomac qui auront été pour beaucoup dans l’évolution de sa dépendance à l’héroïne et autres assuétudes. Mais surtout, il pourra entrevoir une partie du talent qu’avait ce bonhomme : “Grunge” ne voulait pas dire “sale” .. grunge voulait dire : “sortir qqch de sale de ses tripes, parce que ça doit sortir” .. et c’est très différent….

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