Metronomy: un disque avant d’être papa

Frontstage - Metronomy

Le quatrième album des Anglais de Metronomy doit beaucoup aux nouvelles responsabilités familiales de Joseph Mount, le leader du groupe.


S’il y a beaucoup de petites histoires à raconter à propos de ce Love letters, Joseph Mount en retient une. Forcément. Pour une fois, le chanteur/guitariste/claviériste et compositeur de Metronomy n’est pas parti d’une idée, d’un concept. « Ma compagne était enceinte, et je voulais enregistrer avant que le bébé n’arrive, le temps d’une vraie expérience de studio. J’ai donc décidé d’utiliser du matériel analogique, et un studio huit pistes. »

Voilà pourquoi cet album sonne de cette manière…

C’est une des raisons, oui… Si je me suis intéressé à ce vieux matériel, c’est aussi parce que mes albums préférés ont été enregistrés de la sorte, dans de tels studios. Je me suis demandé si je devais encore utiliser ProTools et tout le reste… Tellement de gens l’ont fait et le font toujours.

L’apprentissage a été simple ?

J’étais prêt. Chaque jour, je savais ce que j’allais faire en studio. Les morceaux étaient terminés en entrant, du moins en termes de structures. Les voix étaient plus ou moins prêtes aussi. Travailler à Toe Rag, le studio où je suis allé (NDLR : à Hackney, Londres), a été quelque chose de très… physique. Les ordinateurs offrent un confort et une sécurité : vous avez une idée, à partir de là, la machine se charge du reste et les possibilités sont infinies. Ici, j’ai dû prendre des tas de décisions : qu’est-ce que j’enregistre, qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je jette, vous voyez ?

Vous diriez que le résultat final est plus authentique, plus vrai ?

Je dirais ça, oui… Je me serais servi de l’ordinateur pour adoucir ma voix, par exemple, mais quand vous travaillez en huit pistes, avant même de commencer, quatre ont déjà été consacrées à l’instrumentation et du coup, cette « liberté » d’utiliser des effets ou autres disparaît. Une fois que vous avez bien intégré ça, le travail devient plus personnel, oui.

Vous démarrez toujours seul, quand vous travaillez sur un nouvel album ?

Depuis le début, je n’ai jamais essayé de faire autrement. Quand j’ai du temps et que je veux me relaxer – bon, là, avec le bébé, c’est différent –, je me mets à la musique et je teste des idées. Et je pense qu’il en ira encore ainsi à l’avenir. Si l’un des autres a une idée, je suis prêt à l’entendre, bien sûr, mais ma manière de procéder est trop ancrée en moi : trop tard pour changer. Cela dit, il y a sur ce disque des morceaux où ce sont eux qui jouent et pas moi, ou quasi pas. Et puis, ils sont passés au studio, quand même. Il y a toujours une implication là aussi de leur part : il y a eu des suggestions, de choses qui ne me semblaient pas importantes au moment de l’écriture, mais qui ont été retenues quand même, que ça soit par rapport à un tempo, ou la longueur d’un morceau…

Vous mentionniez certains de vos albums favoris… Lesquels, par exemple ?

Je pense à Revolver et Rubber soul des Beatles… Qui ont dû être enregistrés dans des circonstances similaires, si pas sur la même console. J’ai aussi déjà cité Odessey and oracle, des Zombies, un autre grand album. Il y a du Sly & The Family Stone dans cette liste aussi… Il fut un temps où, en studio, il ne fallait pas plus de huit pistes parce que c’était du live, qu’on enregistrait. Prenez Hunky dory de Bowie, ou Pet sounds… On est là dans une période qui précède celle pendant laquelle les techniques vont changer et donner des trucs très chargés. Ce n’est pas encore le Queen de la fin des années 70, quoi ! Prenez n’importe quelle liste d’albums « classiques », comme on dit : la plupart ont été enregistrés de cette façon.

Les groupes d’aujourd’hui y reviennent ?

Je crois en tout cas qu’ils en ont plus la possibilité. Toe Rag, c’est le studio où les White Stripes ont enregistré Elephant, il y a dix ans de ça… Non pas que je voulais inscrire Metronomy dans une quelconque lignée de ce genre, mais aujourd’hui, il y a ce « trou », laissé par les labels qui n’ont pas signé des tas de groupes alors qu’ils le faisaient dans le passé, et puis laissé aussi par des groupes qui tous ont opté pour le numérique… ça dégage de la place pour d’autres qui ont envie d’essayer de faire des disques intéressants.

Didier Stiers

Le 6 juillet à Rock Werchter.
“Love Letters” : notre critique * * * de l’album et son écoute intégrale sur Deezer.

 

Didier Stiers

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