Le grand retour d’Afghan Whigs

afghan

Les Afghan Whigs, que reforme Greg Dulli, est un de nos meilleurs souvenirs des années 90. Leur retour est réussi.

On a beaucoup aimé les Twilight Singers qui ont publié six albums entre 2000 et 2011. On peut en dire autant des Gutter Twins que Greg Dulli a formés avec Mark Lanegan (un album, Saturnalia, en 2008 sur le label emblématique de Seattle Sub Pop). Mais cela n’est rien à côté de ce que les Afghan Whigs nous ont procuré comme sensations. Dans les années 90, les albums Up In It, Congregation, Gentlemen, Black Love surtout et enfin 1965 (en 1998) ont été aussi marquants que les Nirvana, Smashing Pumpkings, Sonic Youth ou Garbage mais n’ont jamais vendu autant. Greg Dulli, depuis 2001, a fait plein de choses passionnantes mais le retour de ses Afghan Whigs est d’autant plus un événement que le nouvel album est un vrai chef-d’œuvre où l’on retrouve cette puissance folle, cet esprit arty, ces ambiances noires un peu malsaines. Pour en parler, Greg est venu quelques heures à Bruxelles. En toute grande forme et toujours aussi charmant.

Il y a quelque chose de magique dans ce nouveau disque. Est-ce dû au nom ? Est-ce si différent d’écrire pour les Whigs que pour les Twilight Singers par exemple ?

La première chanson que j’ai apportée au groupe est « Parked Outside » qui ouvre le disque. Du genre : goûtez-moi ça ! Et en la jouant, on trouvait que les guitares n’étaient jamais assez heavy. Il y a même un ampli qui a explosé. C’était so fun et si fort que je devais crier plus que chanter dessus. Je me suis senti comme sur un cheval sauvage.

On sent cette excitation sur tout le disque. Est-ce dû aussi à la longue absence du groupe, même si des Whigs ne restent que vous et le bassiste John (Curley) ?

Il m’est arrivé différentes choses qui expliquent ça. Il y a d’abord les Gutter Twins, avec Mark (Lanegan) qui m’ont appris à mieux poser ma voix. C’est pour ça aussi que j’ai arrêté de fumer il y a six ans. Là, je n’étais plus le leader mais le chanteur harmonique, ce que je n’avais jamais fait. J’ai donc essayé d’autres choses. Après notre tournée acoustique, Mark m’a dit de continuer seul. John s’est joint à moi et on s’est mis à jouer quelques titres de Black Love en plus de chansons de Twilight Singers. Je n’avais plus tourné avec John depuis dix ans. Je le connais depuis que je suis gosse. On avait un groupe avant les Afghan Whigs. Il est comme mon frère, c’est vraiment une relation unique. Même après la séparation, je continuais de lui demander conseil. Les Twilight Singers ne pouvaient pas tourner car Scott (Ford) allait avoir un enfant. Tout ça fait que l’idée a germé, que l’excitation est montée. John et moi, on s’est dit : allons-y.

On retrouve ici deux membres des Twilight Singers (Dave Rosser et Rick Nelson) mais pas le premier guitariste des Whigs, Rick McCollum…

C’est moi qui ne voulais pas. On a eu trop de problèmes avec lui. Je l’aime mais le début de la détérioration de nos relations, tant artistiques qu’humaines, remonte aux années 90. Rick arrivait à ne plus pouvoir jouer tellement il se détruisait. Il fallait prendre une décision.

Par contre, beaucoup de musiciens ont été invités en studio…

C’est comme un film choral de Robert Altman. Il y a le groupe qui tournera (John, Dave, Rick, Jon Skibic et moi) et sur le disque, il y a des guests qui ne jouent pas sur toutes les chansons. Ils repeignent une partie de la maison et c’est très joli. Mark McGuire d’Emeralds joue sur la moitié du disque. Son apport est crucial pour les ambiances. Il est aussi de l’Ohio, tout comme Van Hunt ou Patrick Keeler des Raconteurs. Tous jouent sur l’album.

Mais vous ne vivez plus à Cincinnati pourtant…

Non. Je vis en Californie depuis quinze ans maintenant, ainsi qu’à New Orleans depuis onze ans. Je vis dans les deux villes, je fais des allers-retours. C’est pour ça que le disque a été enregistré en Californie et en Louisiane.

Les Whigs reviennent mais l’époque a beaucoup changé. Qui fait encore du rock, à part les Foo Fighters… ?

Et Queens of the Stone Age, oui c’est vrai. C’est peut-être pour ça que tant de gens sont excités par notre retour. Rien que l’idée d’être sur scène avec ces chansons me met dans tous mes états. Je ne peux plus attendre. On va jouer tout le disque en plus des anciennes. Mais c’est peut-être parce que les Whigs n’ont jamais eu un succès phénoménal que je suis toujours là.

Dans quel état d’esprit étiez-vous quand vous avez décidé d’arrêter Afghan Whigs ?

Fatigué et triste. C’était la fin d’une belle aventure. Mais j’étais à ce moment-là complètement déconnecté de la réalité. Je ne savais plus qui j’étais. Après, j’ai tenu un bar, il y avait la drogue, j’étais déprimé, autodestructeur… J’ai fait un beau disque, mon ami Ted (NDLR : le réalisateur Ted Demme) est mort. Je suis resté longtemps sans tourner. Et puis, mes amis m’ont poussé à m’y remettre. Ce qui fait que j’ai donné 700 concerts ces dix dernières années.

Ce retour des Whigs, selon vous, c’est sur le long terme ?

Je ne sais pas. Tout le monde me pose la question. Pourquoi avez-vous besoin de savoir ? Je ne joue pas au mystérieux, j’attends de voir ce qui se passe. J’espère que c’est pour longtemps. En même temps, il y a d’autres choses que j’aime faire et je ne voudrais pas que les Whigs m’empêchent de les faire. Si je peux tout concilier, pourquoi pas ? Je ne veux pas que les Whigs deviennent une obligation mais restent un plaisir. On a fait le disque assez vite, écrit et enregistré en sept mois.

On retrouve ici l’esprit des Whigs jusque dans la pochette…

Oui, c’est vrai. Pour tous les albums, il s’agit de photographes différents pourtant. C’est moi qui les choisis. Celle-ci, c’est mon amie Amanda que je connais depuis 20 ans qui me l’a montrée sur Instagram. Quand j’ai vu cette photo, ma tête a explosé. C’est comme voir une belle fille dans une pièce et vouloir danser avec. Comme une belle violence. C’est quelqu’un qui fait exploser de la poudre entre ses mains. Do To The Beast, ça vient de mon ami italien Manuel Agnelli, du groupe Afterhours. J’étais en train de faire du beatbox sur la chanson « Matamoros ». Il me dit : « J’ai cru que tu disais Do to the beast what you do to the bush ». Ça a fait tilt : j’ai aimé son innocence, ce qu’il venait de dire. Et c’est devenu le titre de l’album.

La pièce maîtresse de l’album est la chanson « Lost in the Woods » qui fait près de cinq minutes. Vous y abordez un souvenir d’enfance ?

Oui, c’est ma chanson préférée. Je me suis rappelé ce morceau de Queen, « You’re my best Friend » que mes parents adoraient et que j’écoutais sur la banquette arrière de leur voiture, une Bonneville. Vous avez trouvé le mot français caché dedans ?

Baisons ?

Oui, c’est ça. C’est pour signifier que dans les deux personnes qui se parlent, il y a une femme. J’adore Queen et j’adore les voitures. C’est comme un petit film super 8 de mon enfance.

Plusieurs de vos chansons parlent de la route en voiture… Comme dans le clip de « Algiers »…

Je suis fou des voitures. J’ai toujours voyagé. Dès que j’ai eu mon permis à 18 ans, je n’ai cessé de traverser le pays en voiture. La route, les paysages… Vous pouvez aller où vous voulez, personne ne vous dit où aller ni que faire. J’adore cette liberté. Algiers est un petit village sur la rive ouest de New Orleans. Le clip est un gag. Phil (Harder) a déjà fait plusieurs de mes vidéos. La chanson lui faisait penser à un western spaghetti avec Clint Eastwood, L’homme des hautes plaines. J’ai dit : OK, donnez-moi une limousine blanche… Je déteste les clips d’habitude. Je n’en ai plus faits depuis l’album 1965. Je les aime quand je ne dois pas jouer dedans. Ici, c’était drôle… J’ai fait des apparitions au cinéma mais plus depuis la mort de Ted. Il était comme mon frère et c’était un génie…

Ça fait un peu penser à « Breaking Bad »…

Oui, j’adore les séries et celle-là en particulier. Je ne peux pas dire qu’un livre a inspiré ce disque, comme le Dahlia Noir d’Ellroy pour Black Love. J’ai lu récemment une interview d’Ellroy qui m’a convaincu que c’était un vrai trou de cul. Il ferait mieux de se taire car du coup, je ne l’aime plus. Je n’ai pas trop lu ces derniers temps. Je regarde les séries télé surtout. Je suis un solitaire. Je suis marié au rock’n’roll, ma musique est une obsession. Au cinéma, j’ai aimé I Really Like Her, de Spike Jonze, avec Joachin Phoenix, Le loup de Wall Street de Scorsese. Rush, de Keith Lemon, Dallas Buyers Club… Mais vous devez absolument voir la série de HBO True Detective. Vous m’en direz des nouvelles. Faites-moi confiance !

THIERRY COLJON

Afghan Whigs sera au Cactus Festival le 13 juillet. Infos : www.cactusfestival.be

“Do to the Beast” : notre critique ****


commenter par facebook

3 commentaires

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>