Une prière, un baiser, un trophée

Frontstage - Jawhar - Copyright Alexis Gicart

Les Octaves ont été décernés ce 8 avril. Pour son bel album Qibla wa qobla, Jawhar Basti rentre chez lui à Callenelle avec la récompense attribuée dans la catégorie « Musiques du Monde ».

« J’ai commencé tard, mais en très peu de temps, j’étais en train d’écrire mon premier album », résume celui qui entretient avec son art un rapport très mystique. C’est en Europe où il est venu faire ses études qu’il découvre le folk. Il a alors une vingtaine d’années et n’a jamais bénéficié d’un apprentissage particulier. « J’entendais juste mes parents chanter et je chantonnais tout seul. Mais on ne m’a pas mis d’instrument entre les mains, et je ne suis pas non plus passé par du groupe de reprises monté avec des copains. Je voulais mettre en musique les textes que j’écrivais depuis mes 15 ans. » Un temps, l’écriture passe même avant la musique : « A la base, je n’imaginais même qu’une chose, écrire des nouvelles. » D’où ses études de littérature anglaise, aussi. « La musique a fait que j’ai changé de chemin. »

Du temps s’est écoulé, entre When rainbow calls, my rainbows fly, son premier disque, sorti en autoproduction, et ce Qibla wa qobla, le deuxième, paru fin 2013. Ils ont encore certains points communs, malgré tout. Un petit quelque chose d’incantatoire, notamment. « Mes premiers morceaux faisaient dix, quinze minutes ! Et relevaient de cette sorte de transe, oui… J’ai besoin de ça pour me sentir chez moi dans une composition. »

Vous avez dit mystique ? Incantatoire ? Jawhar : « Pour cette chanson, « Allemni », j’avais envie de m’inspirer d’un style extrêmement populaire en Tunisie, presque mal vu : le mezoued, qui se joue avec une cornemuse et des percussions. Dans les soirées un peu mal famées. Ce sont souvent des gars torchés qui sont au micro, des voix pas très justes, pas très académiques, assez rauques. » Les textes, eux, sont finalement les plus vrais : « Ça reste l’une des rares musiques populaires à avoir survécu, quand d’autres sont devenues des cartes postales. Le mezoued n’a pas lieu d’exister officiellement quoi, même si c’est en train de changer… L’histoire que raconte « Allemni » est celle d’un gars de la rue qui demande à une fille de lui apprendre à l’aimer. Il a grandi dans un milieu machiste, où on lui a toujours appris que l’amour était une tare, un truc d’efféminé, que seuls les faibles tombaient amoureux, que le mec est là pour tout maîtriser, notamment la femme. Comme l’amour lui tombe dessus, il ne sait pas quoi en faire et se dévoile devant cette fille : « Voilà mon éducation, voilà ce que je suis, et voilà ce que je veux être… »

Pour cet admirateur de Nick Drake, écrire dans sa langue maternelle, l’arabe en l’occurrence, c’est se retrouver devant un vrai miroir. Et, à propos de ce Qibla wa qobla (qui pourrait se traduire par : L’orientation de la prière et le baiser) : « Parvenir à écrire une chanson en arabe qui raconte quelque chose à un public « occidental » mais aussi à mes compatriotes arabe est quand même une autre satisfaction. »

Didier Stiers
(Photo : Alexis Gicart)

Le 18 mai aux Nuits Botanique (Grand Salon, avec Li-Lo*) et le 23 mai à L’An Vert (Liège).
Qibla wa qobla (Naff Recordz).
Les Octaves 2014.

 

Didier Stiers

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