Les news inutiles #47: Kanye West, la dernière rock star

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Le retour de la vengeance des news inutiles: Damon Albarn fête les 20 ans de “Parklife” comme il se doit: dans un pub!; David Bowie donne de ses nouvelles; Robert Smith traîne beaucoup trop sur Facebook; mais avant tout, on s’attaque au gros morceau: le rock se meurt, Kanye West est son sauveur!

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L’autre jour, le ket me saute dessus, l’air dépité, les yeux jaunis par les nuits blanches et son oreille qui saigne: « Il est où le rock, aujourd’hui? Hein!? C’est quoi le dernier vrai classique rock sorti ces dernières années? Du genre qui touche les masses? IL EST OU LE ROCK, ‘TAIN!?? » Je lui dis: « Ket, détends-toi, c’est pas si grave. Va dormir quelques heures et soigne-moi cette oreille, ça pisse le sang, fieu! »

Mais j’va vous dire. Le ket a raison. Le rock, en tant que langage culturel qui exprime et représente l’époque, c’est mort. Pire. Quel groupe de rock parle au grand public aujourd’hui? Arcade Fire (…), Muse (hum…),… AC/DC. Personne, quoi. En fait, à bien y regarder, depuis le grunge et Nirvana, c’est plié. Les Strokes, White Stripes, Libertines? Nostalgie d’une époque où les choses paraissaient plus simple et excitantes. Loin de la technologie toute-puissante. Juste quatre peï et trois accords et l’envie de faire comme ses illustres aînés. Ah, c’était le bon temps… Nah, depuis 1994, il y a eu le post-rock, qui signifie bien ce qu’il signifie. Et le rock, celui des racines, issu du blues et du punk, est parti ailleurs. OK Computer

Depuis 15 ans, on peut aussi dire que tout cela est confiné dans la niche indie. Dans laquelle il y a du bon et du moins bon, où tout se mélange et se vaut. Mais une niche qui équivaut surtout à un grand fourre-tout où règne la politique frileuse et si peu sexy de la demi-molle. Sans grandes tentatives, sans grande vision, sans grande ambition. Je suis récemment retombé sur un vieux Dylan, pas son meilleur, pas son plus connu (« Slow Train Coming », 1979), juste un disque de blues-rock agréable à écouter, sympathique, un peu léger… Un disque en tout point similaire aux War On Drugs et autres Kurt Vile d’aujourd’hui. Pour dire, aussi bien foutus que puissent être leurs derniers albums, si on regarde les choses en face, il faut admettre: c’est de la musique de grand-père!

Dans ce marécage indie, où sont les fookin’ rock stars? Ces personnalités über than life mégalomanes prêtes à mettre le monde à leurs pieds ? Qui pour sortir la tête de sa niche souterraine? Qui pour rehausser la barre et viser l’absolu? Qui pour atteindre dans un même mouvement le RIDICULE et le SUBLIME ? Qui pour n’en avoir rien à foutre du qu’en dira-t-on mais qui fait exactement ce qu’il veut faire? Qui pour dépasser les genres, bousculer son public, faire bouger les lignes et avoir une voix influente? Qui pour être à la fois une superstar people et l’artiste le PLUS RADICAL de sa génération? QUI POUR REPRESENTER L’ EPOQUE?

Qui pour être une rock star, aujourd’hui?

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Kanye West est une rock star. Peut-être la dernière. La seule actuelle en tout cas. Parce que Kanye West déborde. Du bon sens, des bonnes manières et structures qu’on veut lui imposer. Kanye West déborde même de lui-même. Kanye West est plus grand que la vie et le fait savoir. Démonstration en trois points.

I > LE RIDICULE ET LE SUBLIME

Au terme de ses deux mandats, on demanda à George W. Bush quel fut le pire moment de sa présidence. Réponse: « Me faire taxer de raciste ». Et qui donc fut le vil accusateur? Target, direct, droit dans le mille!

Alors que l’ouragan Katrina avait ravagé la Nouvelle-Orléans, tout le star-system US s’est mobilisé pour sensibiliser l’opinion et demander des fonds. En direct à la télévision pour un téléthon, Kanye West, qu’on sent particulièrement sensible sur la question, s’éloigne de son speech, divague, et alors que la colère est palpable dans sa voix, finit par lancer cette sentence venue du fond de lui-même: « George Bush n’en a rien à foutre des noirs! » Boum! Loin d’être une simple provoc’, la phrase a comme allumé un interrupteur, tout le pays l’a entendue. La question fut alors posée par TOUS les médias alors que la gestion de la tragédie Katrina par Bush était critiquée de toutes parts. Quelques mois plus tard, les Américains élisaient un président démocrate noir… (qui, soit dit en passant, considère West comme un “jackass”… deux présidents à dos, même Poutine ne peut s’en vanter!)

Ah, il y a l’affaire Taylor Swift, aussi! Taylor Swift, petite fiancée de l’Amérique, qui en fait des tonnes à chaque apparition, faussement innocente et terriblement compétitive, en un mot: insupportable. En 2009, elle est lauréate lors des Video Music Awards quand elle voit débarquer la bête qui lui prend le micro des mains pour exprimer son mécontentement quant au jugement: « Désolé, mais la vidéo de Beyoncé est une des meilleurs de tous les temps! » Humiliée, la Taylor!

Sûr, il s’est fait lyncher par la suite. Et pourtant, il avait encore raison: Beyoncé a reçu l’Award de la meilleure vidéo quelques minutes plus tard… Et secrètement, tout le monde s’est réjoui de voir l’insupportable gamine remise à sa place.

Dans les deux cas, il s’agit de moments pop explosifs! Kanye West, comme toute bonne rock star, ne peut simplement pas la fermer quand il ressent que « ce n’est pas juste. C’est une question de justice ». Laquelle? La sienne. Et de fait, il y a des jours où il détient réellement la vérité. Et puis, il y a tous les autres jours… Mais on ne lui demande pas d’être parfait, à Kanye, on lui demande d’y aller tête baissée! Et il y va, ne reste pas planqué, il ose! Il crée l’événement.

« I cross the line/ But I let God decide » (Monster, 2010)

II > FAIRE BOUGER LES LIGNES

Le dernier groupe rock qui est sorti de sa niche pour créer des ponts de façon durable et à grande échelle? Radiohead, avec « Kid A ». ça remonte…

A chaque disque, Kanye West va chercher de nouvelles influences, quitte à se planter. Curieux, ouvert sur le monde et les autres styles, le Kanye est toujours parmi les premiers à voir de quel côté le vent va souffler. Et il fait en sorte que ce soit lui qui le fasse souffler.

Il écoute autant de rock indé que de rap, sait ce qui se fait en Europe (il s’est rapidement acoquiné avec Daft Punk, a repris « Alors on danse » quand ça cartonnait en Europe, permettant la seule intrusion de Stromae aux Etats-Unis, est allé chercher Gesaffelstein pour son dernier album alors que la hype n’avait pas commencé…). Pas sectaire, Kanye. Ouvert. Et aware. Oui! A la JCVD!

En 2007, il retravaille à sa sauce « Harder Better Faster Stronger » de Daft Punk. Résultat, le tube « Stronger » sur l’album « Graduation », « le premier disque de black new wave ». Un an plus tard, il enchaîne sur un disque minimaliste sur lequel il chante à l’auto-tune (qui deviendra l’outil à la mode durant quelques années) des chansons d’amour et de coeurs brisés. Puis vient le Grand Oeuvre « My Beautiful Dark Twisted Fantasy », un album ample, quasi orchestral, en tout cas très musical, son « What’s Goin’ On » à lui ou le pendant rap des grands albums pop-rock des 60′s-70′s à la “Sergent Pepper” ou King Crimson (dont il sample le « 20th Century Schizoïd Man »). Un an plus tard, il fait un disque avec Jay-Z pour bien rendre compte que les rois du monde, aujourd’hui, ce sont eux.

Toujours en mouvement, toujours à chercher ailleurs ce qu’il n’a pas déjà fait. Kanye West essaie, prend des risques, se remet en question. Ce qui lui permet aussi de sortir des structures du hip hop, de mélanger les styles, créer de nouveaux sons, créer des ponts et atteindre de nouveaux publics issus d’autres niches. Alors que le rock se replie sur lui-même comme l’Empire de Flandre, Kanye West a une vision globale. Et récolte le succès tout en osant expérimenter comme personne.

« Cause the same people who try to blackball me/ Forget about two things: my black balls! » (Gorgeous, 2010)

III > PLUS RADICAL!

Et puis arriva « Yeezus »

On a là une des plus grandes stars du monde. Dix ans de carrière, 21 Grammys remportés, 21 millions d’albums vendus rien qu’aux Etats-Unis, un type qui est maqué avec la plus grande star people ET QU’EST-CE QU’IL FAIT? Il se repose? Cachetonne? Balance un disque lambda plein d’invités prestigieux qui plaira au bon peuple? Produit Madonna? Fait un duo avec Pharrell?… Non, il sort « Yeezus ». Toujours plus haut, toujours plus fort. Plus radical!

« Yeezus », c’est l’oeuvre de quelqu’un qui ne doute pas. Qui sait ce qu’il vaut. Ce qu’il a en lui. Et qui les a dures comme l’acier! « Yeezus », c’est la musique la plus contemporaine qui soit, qui définit le mieux le sentiment d’aliénation de l’époque: extravagante, tendue, intense, un tourbillon de styles, de sons et d’informations à plus savoir qu’en foutre! Un disque à la fois hip hop, soul, blues, ragga, punk, noise, électro, avant-gardiste et pop. Mégalo, machiste, dérangeant, politiquement incorrect, non censuré, et en même temps qui parvient à toucher le grand public. Car plus que jamais ancré dans son époque. C’est le son des années 2010. Ni agréable, ni sympathique, juste un gros coup de boule en travers le museau qui te donne une nouvelle perspective sur les choses. Tout ce que le rock devrait être mais n’est plus depuis des lustres.

En 1966, John Lennon lançait que les Beatles étaient devenus plus populaires que le Christ. Il a choqué pépé et mémé, mais il avait raison. Aujourd’hui, Dieu est mort, Lennon et les Beatles sont morts, le rock est mort… But Yeezus is in da house, niggas!

« I just talked to Jesus/ He said ‘What up Yeezus?’» (I am a God, 2013)

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Journaliste lesoir.be

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22 commentaires

  1. Richard M.

    28 avril 2014 à 16 h 06 min

    Cet article est une véritable insulte pour les artistes qui font plus que jamais du vrai rock, qu’il soit progressif, expérimental, ou plus dur. Connaissez-vous seulement Omar Rodriguez Lopez ? Les Melvins, ça vous dit quelque chose ? Des groupes influents comme Gojira ou Meshuggah ont-ils déjà atteint vos oreilles ? Le rock n’est pas mort, c’est juste que vous n’écoutez pas ce qui se fait. Et je parle de “vrai” rock, pas de soupe opportuniste. Franchement…!

    • Yeezus !

      28 avril 2014 à 23 h 58 min

      Richard, je pense que vous n’avez pas saisi le message essentiel de cet article on parle ici de “rockstar” car oui Mr West est bien une des dernières de cet décennie comme le démontre l’article ci-dessus.

      Yeezy = Kanye West qu’on l’aime ou qu’on le déteste est un Artiste Avant-gardiste qui a reçu des prix rivalisant avec les plus grands comme mentionner dans l’article également il est la depuis bien longtemps déjà et a produit de nombreux classiques pour d’autres artistes, ainsi que ses albums il n’a plus rien a prouvé a personne surtout depuis YEEZUS
      qui est son meilleur album a mes yeux car il est à la fois actuel, avant-gardiste, et bourrer d’influences

      maintenant je comprends votre mécontentement après avoir lu “le rock est mort” je ne suis pas d’accord avec se terme la non plus car il n’est pas mort, mais il survie ce n’est plus une culture populaire comme ca l’était encore il y a 2 décennies de cela a l’instar du Hip Hop/Rap qui lui même si il souffre un peux au USA est le leader de la popularité musical actuel et il a évoluer pour se mélanger a d’autre genre musicaux il est devenu Homogène comme jamais grâce en partie a Kanye West qui a ouvert la tendance Hip Hop Electro new wave (comme l’avait fait jadis RUN DMC en mélangeant le rap et le rock) et sa consécration est YEEZUS album parfois incompris qu’on peut ne pas aimer “les gouts et les couleurs”

      car les artistes que vous avez citer je ne l’ai connais pas mais talentueux, influents sans nul doute comme ils doivent l’être ne sont pas aussi influents percutant et connus que l’est Kanye West et ne marquera peut être pas cette décennie alors que Kanye West oui donc il est bien l’une des dernière rockstar pour moi aussi

      • Richard M.

        29 avril 2014 à 12 h 34 min

        Nous ne sommes plus dans une époque de rock “populaire”, c’est évident. Le rock n’en a pas forcément besoin pour exister non plus. C’est toute la différence avec Kanye West. Le problème est que vous n’avez aucune idée de ce qu’est le rock, un peu comme l’auteur de cet article. Reportez-vous au commentaire de Rotten, il résume assez bien les choses. Et surtout, essayez d’écouter du rock n’ roll, du stoner, du hard-rock classique, du grunge, du trash-métal, etc, avant de vous faire une idée. Libérez-vous, autant qu’il soit possible, des idées reçues et des médias de masse. C’est typique de l’époque, on mélange tout, on joue au rebelle tout en diffusant la musique la plus consensuelle qui soit, on fustige le consumérisme tout en faisant la promotion des marques les plus capitalistes, on donne des leçons de vie à tout le monde alors qu’on a ni étudié, ni vraiment vécu. Et si je peux me permettre, munissez-vous d’un Bescherelle, par pitié.

  2. Rotten

    29 avril 2014 à 9 h 11 min

    Un article bien étrange sur ce coup, qui me semble chercher des choses là où elles ne sont pas, et c’est bien ça qu’on a du mal à comprendre.

    Le constat initial est, au titre générationnel, parfaitement avéré. Le rock n’a plus sa place dans les charts, ni dans les médias. D’ailleurs, ce fut à peu près toujours le cas, d’une Angleterre qui refusait de faire figurer le nom des Pistols en première place des classements officiels de vente à la vague très médiatique qui a porté et suicidé Nirvana.

    Dans ses plus belles années, le rock n’avait pas sa place, en dehors des disquaires indépendants et de quelques radio/télé-crochets nocturnes (d’un Bernard Lenoir aux Enfants du Rock). Avant l’apparition de la bande FM, il était difficile d’envisager d’en passer entre Michel Sardou et Nana Mouskouri. Drucker recevait de façon épistolaire les Cure au motif introductif de “je sens que leur coiffure va encore faire plaisir à ma mère” (surtout en raison des ventes de 1986). Seul peut-être un Jaques Martin, au détour d’un pari perdu sur un comptoir, osait un tant soit peu la provoc’ en recevant les Garçons Bourcher dans ses dimanches éponymes, qui ciblaient le public de Derrick avant même que celui-ci soit diffusé à l’antenne.

    Dans les 90′s, c’était la vague du grunge (sauf à considérer que Guns’n'Roses faisaient du rock), de la fusion et d’une pointe d’électro-rock ici ou là. Dans le même temps,la techno apparaissait un peu partout sauf dans les médias, qui y préféraient l’italo-dance et la new-beat commerciale. Et puis on passe en 2000. MTV est devenue tout sauf une chaîne musicale, les grands groupes radio sont devenus aussi subtils que feu les grandes ondes dans leur playlists musicale (en raison des accords commerciaux), bref… il n’y a plus de place du tout pour la musique autre que celle qui se périme en 3 mois, et bien entendu encore moins de place pour le rock.

    D’où la question : qu’est-ce que le rock et où le trouve-t-on ? Question subjective, et chacun aura son idée. A titre personnel, je pense que le rock n’a jamais été construit pour être un mouvement d’ensemble (en tant que finalité première), et que le jeu artiste/médias est avant tout une invention des diffuseurs en relation avec les maisons de disques. Les artistes qui font du rock… d’en foutent intégralement. Par contre, des mecs comme Kanye West, non. Il y a un compte en banque à alimenter, les impôts c’est comme ça, d’une année sur l’autre, on y peut rien. On ne me reprochera pas non plus d’affirmer catégoriquement qu’il évolue dans un milieu où l’égo occupe la première de toutes les places, et que cet égo est définitivement alimenté/servi par les marques, du vêtement de sport aux marques de luxe. Il est nécessaire d’en jeter, d’évoquer la puissance et le fric, d’avoir des femmes servies à la pelle et sur claquement de doigts, et surtout, surtout… de continuer à séduire la jet-set pour assurer l’image du rêve consumériste et les ventes qui s’en suivent dans la population qui consomme les playlists de divertissement imposées en tant que “ciment” de l’époque.

    Tout ça pour dire que si on envisage Kanye West comme une rock star, on doit aussi dire (sans rire) que Paris Hilson est une vraie punk.

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