The Horrors : interview + album en écoute

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Le nouvel album de la bande à Faris Badwan s’intitule « Luminous ». Un titre à ne pas prendre exactement au premier degré, selon ses camarades Rhys (basse) et Joshua (guitare), les fidèles porte-parole. Interview et album en écoute streaming.

Leur dernier fait d’armes discographique remontait à 2011, avec Skying, un troisième album produit (pour la première fois) par leurs soins. Et un disque qui en faisait alors les chouchous de la presse britonne. Son successeur, Luminous, voit The Horrors poursuivre sur sa lancée néopsychédélique, mais avec une petite touche d’électronique en plus.

Que s’est-il passé dans l’histoire récente du groupe qui fait que vous reveniez aujourd’hui avec un disque plutôt… lumineux ? Presque joyeux, finalement ?

Oui… Nous avons toujours pensé, et nous restons persuadés, que notre musique est toujours plus « lumineuse » que les gens semblent le croire. Par contre, il y a dans celle-ci quelque chose d’intense, qui lui donne une sorte de présence, de poids. Et cet album-ci est du même ordre : intense.

Mais plus « insouciant », en même temps, non ?

Nous voulions en tout cas obtenir quelque chose de plus optimiste. « Uplifting », à notre manière. Et nous avons abouti à Luminous, dirait-on… En fait, nous étions tous partants pour écrire des morceaux qui pouvaient aussi bien fonctionner en boîte, sur un dancefloor, que sur une scène de festival. Partant de là, ça amène un sentiment, comment dire, d’élévation, ça dégage une sorte d’euphorie. C’est le genre de chose qu’on ne peut pas réprimer. Alors on l’intègre, on l’apprécie.

Et l’intensité ?

Disons que ce disque est pesant comme une chaude journée d’été ! Ou peut-être plus exactement une chaude soirée d’été.

Vous êtes du genre à sortir pas mal, pour nourrir votre inspiration ?

Ça nous arrive assez souvent, oui. Nous aimons danser, écouter de la bonne musique, mais ça peut-être aussi bien en boîte qu’en concert. Les fêtes, c’est bien aussi ! En réalité, il ne s’est rien passé de particulier qui nous aurait changés, depuis le dernier album. Nous n’avons pas vécu de révélation particulière. Notre musique, et ce groupe, c’est pour nous comme un voyage qui se poursuit. Et pendant un voyage comme ça, c’est normal, on vit des étapes, on vit des expériences différentes. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

En matière de musique électronique, quel est votre « background », aux uns et aux autres ?

C’est peut-être le genre que nous avons de plus en plus exploré avec les années qui passent. En tout cas, qui s’est le plus mis en avant. Mais c’est un truc de groupe, une évolution commune. Même si le travail sur la guitare se poursuit, ou l’exploration des sons de la basse. Il nous arrive parfois de penser à un son de basse en termes de musique électronique : comment sonnerait-il sur un disque d’électro, ce genre de chose…

En réalité, vous n’avez jamais exactement été un groupe classique dans le sens guitare/basse/batterie…

Effectivement, même si nos débuts ressemblaient un peu plus à ça, mais en version plus chaotique, noisy et fuzzy. Avec beaucoup de feedback ! Mais nous nous sommes toujours intéressés à ce que le son pouvait communiquer, faire ressentir à l’auditeur. Et dans cette manière de faire, développer une palette électronique, c’est juste poursuivre cette exploration de sons « non conventionnels » un peu plus loin.

Vous pensez que certains de vos fans de la première heure regrettent cette évolution ? Cette période plus « chaotique » ?

On le sait pour les rencontrer, il y a toujours des gens qui espèrent nous entendre encore dans un style plus proche de Strange house ou quelque chose comme ça. Bien sûr, il n’y a pas de raison de se dire que nous ne jouerons plus jamais quelque chose de très orienté guitare à l’avenir. Mais il est par contre certain que nous ne ferons jamais cette sorte de marche arrière. Pas question de revisiter ce truc garage très primal avec lequel nous avons démarré il y a dix ans. Parce que nous apprenions, à l’époque. En jouant sur une, deux ou trois cordes. Notre premier single faisait une minute trente, enfin soit… Et puis, c’est pour nous aussi explorer, essayer, c’est un besoin, ça nous comble et ça fait fonctionner le groupe.

Ces groupes qui retournent dans leur propre passé, ça vous gonfle ? Ceux qui montent sur scène pour jouer tel ou tel album « mythique », par exemple ?

Tout dépend de l’intérêt du disque ! Evidemment, ça vaut le coup quand il s’agit effectivement d’un disque très important, séminal. Comme le premier Stone Roses. Ou Loveless de My Bloody Valentine. Là, ça vaut le coup de les revisiter. Quand Iggy Pop revient avec les albums des Stooges, on se dit que c’est peut-être une occasion unique, et effectivement, les frères Asheton sont morts, depuis. Dommage… Nous avons eu la chance de partager la scène avec eux : sans ça, nous n’aurions jamais eu la chance de les voir jouer Fun house ou Raw power puisque nous n’étions pas là à leurs débuts. Même chose pour les Stones Roses ou My Bloody Valentine. Donc, pourquoi pas, tant que c’est valable ?

Vous ne vous voyez pas jouer « Strange house » de A à Z ?

Pas vraiment, non ! Encore une fois, à ce stade-ci de notre « voyage », nous n’éprouvons aucune envie de regarder en arrière. Ce qui ne veut pas dire que nous n’aimons plus cet album, au contraire. Le premier single, « Sheena is a parasite », est super. On y ressent toujours l’énergie et l’excitation éprouvées à l’époque où nous l’écrivions. Et ce que pas mal de gens ont vu en nous à l’époque aussi. Mais nombre d’idées que nous avions déjà à ce moment-là sont toujours valables pour nous aujourd’hui. Le travail sur le son, encore une fois. A ce moment-là, c’était ce truc viscéral, et aujourd’hui, c’est sous l’angle de l’euphorie, de l’élévation.

D’après vous, il y a encore des gens qui se font des idées préconçues, à votre propos ?

Oui, absolument ! Certains s’arrêtent au look, des choses comme ça. C’est toujours un truc assez étrange, mais vous ne pouvez rien y faire. Juste prendre plaisir avec le groupe, faire de votre mieux, poursuivre dans ce sens. Et puis après, eh bien, les gens se font leur propre avis. Il y a sept ou huit ans de ça, on trouvait encore assez frustrant de voir des gens se détourner de nous à cause du look, justement. Et puis, quelqu’un nous a dit que la seule chose que nous devions faire, c’était de bons disques. C’est juste, ça ! Le truc le plus sain qu’on puisse faire quand on joue dans un groupe, c’est communiquer au travers de la musique. Comme on dit, on ne peut pas plaire à tout le monde. Et si nous plaisions à tout le monde, ce serait inquiétant. On se dit même parfois que c’est une bonne chose que ce groupe fâche de temps en temps quelqu’un ! C’est ce qui rend l’expérience plus amusante !

Et terminer ce nouvel album a été aussi amusant ?

Moins, ça a été plus difficile. Mais c’est probablement dû à notre manière de travailler qui est plutôt non conventionnelle. Elle peut être stressante, parfois, rendre un peu dingue même. En fait, ce groupe ne compte pas un unique auteur qui viendrait présenter des idées complètement abouties aux autres. On joue ensemble, sans plan de départ, et les choses se font d’elles-mêmes.

Didier Stiers

“Luminous” en écoute intégrale.


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