Un King à Lessines

King Khan & The Shrines - 1 - Crédit Mathieu Golinvaux

Rien de tel qu’un festival à taille humaine comme le Roots & Roses par exemple pour démarrer la saison en douceur. Mais ça, jeudi, c’était l’idée avant que King Khan ne monte sur scène. Avec cet entertainer comme on n’en fait plus, « quiétude » deviendrait presque un gros mot !

A chaque fois que je vois King Khan débarquer avec sa coiffe à plumes, je repense à ce formidable dialogue de la série J’aime autant de t’ouvrir les yeux. Celui où Fred Jannin et Stefan Liberski cherchent, en vain, quelqu’un ou quelque chose qui les impressionne encore, et arrivent à la conclusion qu’à part un beau chapeau…

L’impressionnant King Khan, c’est un peu le croisement improbable entre James Brown et un tigre du Bengale, mâtiné de bon vieux rock’n’roll. D’accord, sans ses huit Shrines, ce ne serait pas exactement pareil. A côté des trois souffleurs, le clavier assure sa part de show (il finira juché sur les baffles). Le batteur est, lui, tellement impassible que ça en devient comique. Le bonhomme connaît son job : la setlist est faite pour mettre le feu. « Pickin’ up the trash », « So wild » dédicacé à son ami Jay Reatard, « I wanna be a girl » pour tous les travestis et transsexuels ; les compos de derrière les fagots s’enchaînent, rien n’y manque, même pas le frotting blues qui colle !

Le Canadien (Arish Ahmad Khan de son vrai nom) a depuis un moment laissé tomber son beau chapeau, mais l’animal qui vit en lui est toujours aussi jouette. Alors, il raconte un peu « Stone soup », explique que ça remonte à l’époque où les Indiens n’avaient rien à manger, qu’ensuite, les Blancs ont transformé ça en drogue, crack et autre. « C’est ça, le White Power », ricane-t-il. Aux rappels, il revient vêtu d’un caleçon et d’une cape. Et quand il envoie « Shivers down my spine », son rire est toujours aussi satanique. Quel King, ce Khan… qui sera de retour le 20 juillet à Dour !

Frontstage - Pokey LaFarge

Ecouter Pokey LaFarge, c’est un peu comme coller l’oreille contre une vieille radio à lampes. Fréquence années 20, 30, pas beaucoup plus. L’homme de l’Illinois plonge avec bonne humeur mais savoir-faire dans les racines de la musique américaine. Son groupe (où l’on relève un harmoniciste particulièrement impressionnant) est au diapason : ragtime, jazz ou encore bluegrass dégageraient quelque chose d’anachronique… si on n’était pas ici au Roots & Roses ! « Central time » évoque le Mississippi. « Riverboat shuffle » se joue avec la sourdine sur la trompette et la washboard. Par rapport à King Khan, c’est le contraste assuré !

Frontstage - Sonics

En 2010, les Sonics avaient retourné le chapiteau de Dour sous lequel ils étaient venus distiller la bonne parole rock. Un an plus tard, grosso modo, le groupe de Tacoma avait passablement déçu, à l’Ancienne Belgique. La flamme qui animait les papys (ils ont commencé en 1960) semblait alors éteinte. Sauf qu’il restait de belles braises et que la bande à Gerry Roslie a largement eu le temps de souffler dessus. Résultat : à Lessines, pour ce 5e Roots & Roses, le quintette renoue avec cette énergie salvatrice du rock garage, la sauvagerie, même. Ça joue fort, sans temps morts, devant, ça pogote dans la joie et la bonne humeur. Le son est sale, et les nombreux extraits du nouvel album (parmi lesquels « Bad Betty », que l’on retrouve sur un split single partagé avec Mudhoney) ne font pas tache dans l’ensemble, que du contraire. Et, bien sûr, aucun de « leurs » classiques ne manque à l’appel, de « Louie Louie » et « Psycho » à « Have love will travel » et « Boss hoss » en passant par « Strychnine ». King Khan vient esquisser quelques pas de danse, chapeau pointu sur la tête. A la basse, le râblé Freddie Dennis joue de son répertoire de grimaces, mais au-delà, il est aussi en voix que ses camarades. Une belle fin de festival, ça !

Didier Stiers
(Photos : Mathieu Golinvaux)

 

 

 

Didier Stiers

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