Nuits Botanique (jour 4): Florent Marchet sur la lune

© Miss Céline

Florent Marchet aux Nuits Bota? Oh, c’était fort bien. Mais ça donne envie de bifurquer sur autre chose: l’allergie à la chanson française.

Eh bien! Que dire du concert de Florent Marchet à l’Orangerie? Qu’il était en soi parfait – qu’on adhère ou pas au style. Le son, l’exécution des titres, le show impeccablement structuré, millimétré et pourtant plein d’humanité, le chanteur communiquant avec son public, prenant et donnant du bon temps, bref, un tout bon concert. Mais ce n’est pas là-dessus qu’on va se focaliser.

On se focalisera plutôt sur cette « allergie à la chanson française » qui fait que, à moins d’être sorti de la Star Ac’ ou d’avoir trente ans de carrière derrière soi, eh bien, pour un artiste francophone, c’est un peu (beaucoup) la misère! Tiens, lundi, dans une Orangerie qui peut contenir 600 personnes, il ne devait pas y en avoir la moitié. Pour un artiste (qu’on aime ou qu’on n’aime pas, là n’est pas tant la question) aventureux, avec quatre albums derrière lui, dix ans de carrière et un ou deux titres presque populaires (« Tous Pareils », « Je n’ai pensé qu’à moi »), c’est peu. Et assez désespérant, j’imagine. Surtout quand n’importe quel groupe anglais à peine sorti de la puberté cartonne dès le premier single… pour être oublié presque aussitôt (The Vaccines, quelqu’un? The Strypes?).

Florent Marchet a débarqué dans le paysage de la nouvelle nouvelle chanson française il y a dix ans, en même temps qu’un Bertrand Belin, autre artiste estampillé « presse écrite » (c’est-à-dire adulé par la critique, mais ignoré par le public). Marchet, comme Belin, reprennent le travail de déminage d’un Dominique A: des influences musicales anglo-saxonnes, une carrière aventureuse, faite de tentatives sonores et expérimentations, mais indéniablement, (et malgré tout ça, aurait-on envie d’écrire…) une musique qui reste de la chanson française.

© Miss Céline

© Miss Céline

Ainsi, avec son dernier album « Bambi Galaxy », Florent Marchet fait un peu la jonction entre Dominique A (la démarche), Sébastien Tellier (le concept galactique tendance raélien de l’album) et… Alain Souchon. Parce que Marchet chante un peu comme Souchon. Et là, forcément, beaucoup décideront sur ce seul ingrédient de descendre du train. Et on ne peut les en blâmer, nous mêmes, on a un peu de mal, faut avouer, Souchon, c’est pas trop notre affaire…

Mais voilà, le syndrome « allergie à la chanson française », donc. Comme si nos oreilles refusaient catégoriquement d’entendre autre chose qu’un chanteur à l’américaine. Et c’est ainsi qu’il a fallu quinze ans à Katerine ou Dominique A pour être reconnus. Biolay, « La Superbe », plusieurs Victoires de la musique, album qui a fait de lui le descendant de Bashung, 200 000 exemplaires vendus en France… Et vous savez combien en Belgique? 5 000. Inutile de dire que les Dominique A ou Tellier, c’est encore bien moins.

Et donc, à un moment, il faut aussi se poser la question de savoir ce qu’on veut, ici en Europe: des groupes qui imitent les Anglo-saxons (les Flamands font ça très très bien), ou des groupes et artistes qui font leur truc à eux, sur base de leurs racines culturelles qui sont, dans ce cas précis, aussi les nôtres? Et avec cette question, c’est aussi celle de l’hégémonie culturelle anglo-saxonne sur notre société qui se pose. Et est-ce que c’est sain? … (Trois petits points…)

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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5 commentaires

  1. Pierre-Alexandre

    22 mai 2014 à 11 h 51 min

    Je crois que ce qui caractéristique ce genre de “chanson française” et qui fait que c’est insupportable à mes oreilles malgré l’indéniable qualité artistique de cet album, c’est :

    - Pas d’identité musicale : c’est le phénomène “je prend des musiciens pour trouver des trucs parce que mon but c’est de blablater”

    - Le français (et j’en suis, j’en sais quelque chose) veut BLABLATER, c’est plus fort que nous. Donc on met la voix, le texte en avant. Avec pour corolaire que la musique derrière est juste un faire valoir un peu joli, certes, mais un tapis sur lequel on s’essuie. Et ça c’est totalement insupportable !

    L’autre jour avec des copains (plutôt culture rock/anglo-saxone, etc…), on réécoutait du Brel.
    Putain que c’est brillant !
    La musique a une identité, une vrai identité. __on pourrait l’écouter en elle même, SANS LA VOIX__
    En plus on a vraiment l’impression que la musique de Brel a son identité, une identité flamande, elle vient de là-bas, dis

    … Et Brel est extraordinaire, il vie son texte, il annone pas comme le fait notre ami auquel cet article est consacré.

    Bref, il faut que ce genre de mec qui font de la “chanson française”, prennent un peu au sérieux leur musique, arrête de faire exprès de la musique chiante, et mette un peu moins la voix au centre et ça ira surement mieux !

  2. Biron

    26 mai 2014 à 17 h 58 min

    Ceci a été publia sur https://www.facebook.com/groups/FACIR/623052531118986/?notif_t=group_activity

    A ce sujet, voici un article qui m’a interpellé parce qu’il aurait pu être une simple chronique d’un (on m’a dit très bon) concert, mais qui a élargi son sujet à “l’allergie à la chanson française”. Il s’agit ici d’un artiste français signé d’abord chez Barclay puis Pias aujourd’hui, (on parle moins des artistes belges qui chantent en français surtout s’ils sont autonomes et indépendants). L’article pose des questions intéressantes vers la fin, même si, et c’est dommage, le journaliste le clôture avec cynisme. On sent que, tout en reconnaissant la qualité du concert, le chroniqueur (tout comme le reste de la rédaction), n’est à la base pas vraiment client de ce genre de musique, (ça reste tout de même de la chanson française), ni d’Alain Souchon, mais cela soulève quand même chez lui une question en sortant de la salle, celle de l’hégémonie culturelle anglo-saxonne sur notre société. Tout ça de manière pas vraiment assumée, sur un ton un peu snob, et pour étayer son propos, en jugeant le succès de l’artiste sur base du nombre de gens présents dans la salle plutôt que de parler de sa musique, ou en jugeant celui des autres chanteurs francophones sur base du nombre d’albums vendus en Belgique et en France, (jugerait on un groupe de rock indé chantant en anglais sur ces mêmes critères?).
    Ou comment parler “d’une certaine hype franco-française made in France” tout en démontrant de facto que la version belgo-belge ne vaut guère mieux.
    Bref, pas vraiment matière à donner envie aux artistes d’encore oser chanter dans leur langue et au public d’aller les écouter.

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