Nuits Botanique (jour 6) : mathématiques des orages

Frontstage - Belgians- 1

La Rotonde a beaucoup vibré, ce mercredi. Comme un cœur de patriote au son de la Brabançonne. En l’occurrence, celle, bien déglinguée, des Belgians. Nuit Belge oblige, ils y ont succédé aux Gantois toujours excitants de Madensuyu.

Comme le disait Jack White à l’époque rouge et blanche des White Stripes, c’est dans les restrictions qu’on s‘impose que peut le mieux s’exprimer la créativité. Madensuyu, le duo que forment les Gantois Stijn De Gezelle (voix, guitare, clavier) et Pieterjan Vervondel (voix, batterie), en est la parfaite incarnation. Un chant parcimonieux, les instruments susmentionnés et quelques effets suffisent à convoquer sur scène l’angoisse, la colère, la tristesse mais aussi à susciter la transe et l’une ou l’autre envolée un peu mystique.

Frontstage - Madensuyu

Voilà une dizaine d’années que ça dure et à chaque fois, ils arrivent à vous emporter dans leur univers où se mélangent l’ancestral et le futuriste, le profane et le spirituel. Assis entre ses guitares et ses pédaliers MIDI, marquant le rythme de tout son corps, Stijn a des allures d’homme-orchestre possédé par l’électricité, moitié shaman moitié savant fou, qui lit dans la fumée et les équations.

En live, leur « Fafafafuckin’ » rappelle un peu Suicide, mais les extraits de l’excellent Stabat mater renvoient aussi beaucoup plus loin en arrière, dans l’histoire de la musique. « L’idée de départ du disque, nous disaient-ils il y a quelques mois, c’est de le faire comme de la musique classique mais dans un contexte rock, parce que nous restons un groupe de rock ! » C’est indéniable. Et un bon !

Bon moment aussi que celui qu’on passe tout de suite après, avec The Experimental Tropic Blues Band. Pardon : je voulais dire The Belgians. Qui cultivent leur belgitude dans un mélange de dérision et de bon esprit punk, mieux équilibré que celui dans lequel ils avaient baigné le public de Dour en 2013.

Le travail réalisé sur les projections est impressionnant. La mise en scène ? Fort bien vue : les trois Liégeois sont peu, voire pas éclairés, de manière à pouvoir se concentrer sur le son (rock’n'roll, garage & co) et le déferlement d’images. Là, c’est carrément détonnant : dans un montage on ne peut moins académique, tout ce que le Plat Pays évoque comme joyeux souvenirs y passe (le tir au but de Leo Van der Elst en 86, Sandra Kim, Dirk Frimout…), mais il y a aussi les coups de poing au plexus (ou les piqures de rappel, c’est selon) que sont Dutroux, la dioxine, les flics qui cognent ou, glaçant sur fond de blues poisseux, la tuerie de la place Saint Lambert en décembre 2011.

Frontstage - Belgians - 2

Les Belgians nous avaient promis quelque chose d’amusant et d’intéressant : c’est donc le cas, et ce « show » introduit par Ophélie Fontana herself compte même quelques séquences d’anthologie, comme cette battle au cours de laquelle Jean-Jacques destroye consciencieusement Toots Thielemans. Sale gamin, va ! Entre les gaufres et les moules, ce futur hymne qu’est « We’re The Belgians » et l’intervention d’un super héros qu’on prend d’abord pour un fauteur de troubles, on sourit, on se marre, et puis on reste aussi interdit quand ces trois-là (bien aidés par la Film Fabrique) mettent le doigt dans les plaies et l’y font tourner un peu pour qu’on le sente bien. Pssst, Messieurs les Programmateurs : contribuez au prolongement de la thérapie !

Didier Stiers

- Madensuyu le 12 juillet aux Ardentes et le 9 septembre à Deep In The Woods
– The Belgians : il nous revient que le groupe sera à l’affiche du Micro Festival

 

 

Didier Stiers

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