Les news inutiles #49: Swans et le dérèglement des sens

swans to be
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Des news inutiles très people cette semaine où on parle mariage et tensions familiales, Kim et Kanye, Jay, Solange et Beyoncé, et puis on parle dollars, le prix à payer pour Pharrell et Lana… Ce genre. Mais avant ça, on s’immerge dans Swans. C’est pas du people, non.

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Swans

Savez ce que disait Rimbaud: « Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». En fait, il s’avère que l’Arthur, c’est de Swans qu’il parlait.

C’est le saxophoniste des regrettés K-Branding qui, en quelque sorte, nous a initié à Swans. Nous, on connaissait pas. Jamais entendu parler, à dire vrai. Mais quelques mois plus tard, quand on a appris que le groupe tout juste reformé était de passage à l’AB, on était suffisamment intrigué pour aller voir de quoi il s’agissait. C’était en novembre 2010. Et c’est là que ça s’est passé.

On se souvient surtout de l’intro. Qui a duré quelque chose comme une vingtaine de minutes. Un larsen de guitare, des cloches tibétaines, des percus de plus en plus insistantes et un volume sonore énorme. La lumière était toujours allumée, et semble être restée allumée durant tout le set. Ou pas. Notre esprit était de toute façon déjà parti, imprégné par les sons, comme envolé dans une sorte de transe cérémonielle, fasciné, dominé par ces cloches et le mouvement calme des musiciens montant un à un sur scène pour rajouter une couche sonore.

Après une bonne vingtaine de minutes, une demi-heure, que sais-je?… Le patron est arrivé. Le visage grave, les traits tirés, le cheveu court et gris. Un vétéran du Vietnam. C’est à ça qu’il nous a fait penser. Un type qui en a déjà vu plus qu’il ne faut, plus qu’il n’aurait dû. Il a empoigné sa guitare, jaugé la foule d’un regard inquisiteur et commencé à triturer des sons blancs, industriels. Les percus se sont faites de plus en plus dures et lourdes, la tension atteignant son climax… Alors, le patron s’est rapproché du micro et…

L’explosion. Le Cri Primal. Le dérèglement de tous les sens.

« Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, – et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnu ! »

Voilà l’expérience Swans. Quelque chose d’à la fois beau et effrayant. De terriblement exigeant et de libérateur. Ou, selon l’expression de Michael Gira, le patron en personne: « Soul-uplifting and body-destroying ». Après quoi, « JE est un autre ».

Une saison en enfer (1982 – 1997)

L’histoire de Swans commence au début des années 80 à New York. Le groupe est considéré comme faisant partie du mouvement No Wave dans lequel on retrouve toutes sortes d’artistes expérimentaux et intransigeants: Lydia Lunch, James Chance, Sonic Youth ou encore The Del-Byzanteens, groupe de Jim Jarmusch et Gray qui comprend le peintre Jean-Michel Basquiat et le futur cinéaste Vincent Gallo. Bref, New York oblige, c’est un peu le foutoir arty urbain et (très) souterrain.

Swans, s’il partage les tendances bruit blanc industriel et la philosophie nihiliste de ses condisciples, est, dès le départ, ailleurs. Plus lourd, plus noir, plus radical. En fait, sur ses premières productions (les albums « Filth » et « Cop » et le EP devenu culte « Young God » – de 1982 à 1984), c’est à une sorte de post-metal industriel avant l’heure auquel on a affaire. Swans est ainsi précurseur du drone metal de Sun O))) et autres, du metal industriel, du doom ou du sludge metal à la Neurosis autant que du rock industriel à la Young Gods (qui tire son nom du EP précité).

Justin Broadrick, producteur metal, membre de Godflesh: « (Le EP « Young God »), c’était le son que j’avais toujours voulu entendre, le son le plus lugubre et le plus noir qui soit. L’approche minimale de la musique est ce qui m’a le plus influencé. Ça ne ressemblait à aucun genre, purement abstrait, surréel et violent. (…) Cela m’a appris que le heavy metal pouvait être déshabillé et réduit à sa forme la plus primitive. (…) Joy Division, Killing Joke… Swans a pris la moelle de ces groupes et l’a emmenée loin, très loin, bien au-delà de tout ce truc rock ».

Quant aux concerts… Swans s’est rapidement fait une réputation de client difficile, si l’on peut dire. Le volume sonore au taquet (qui a poussé plus d’une fois la police a arrêté les concerts), la tension palpable et plus encore, Michael Gira, selon la légende, cherchant la confrontation avec le public, lui hurlant dessus et l’assaillant parfois physiquement… « Body destroying » plutôt que « Soul uplifting ».

Michael Gira au Guardian: « Quand on faisait ce qu’on a fait à nos débuts, il n’y avait aucun contexte pour cela. C’est pour cela que c’était choquant. Ça paraissait brutal et offensant. Ca devait être difficile à appréhender ». Les relations avec le public? « Elles étaient clairement hostiles à cause des réactions qu’on recevait. C’était hostile dès le départ ».

A partir de 1985 et de l’arrivée de Jarboe, la compagne de Gira à l’époque, la musique de Swans, progressivement, et bien que ce soit très relatif, s’apaise… En tout cas, des guitares acoustiques et autres nappes de synthés viennent donner un peu d’air à ce corpus de nihilisme radical. A partir des années 90, la tendance est même à l’élévation, au « soul uplifting ». Mais la réputation du groupe comme entité violente et négative est à ce point marquée, comme irrévocable, que Gira préfère lâcher l’affaire.

Michael Gira: le voyant

Au centre de Swans, il y a Michael Gira. Son maître, son meneur, son âme. Et la personnalité de Michael Gira est du genre… imposante.

Michael Gira est né le 19 février 1954 à Los Angeles. A l’adolescence, il part avec son père en Europe. Là, il prend la tangente, traverse le continent en auto-stop et deale (entre autres boulots) pour (sur)vivre. C’est ainsi qu’il passera ses 16 ans dans une prison pour adultes de Jérusalem pour trafic de stupéfiants. Quatre mois fermes.

De retour aux Etats-Unis, il termine ses études secondaire, poursuit dans une école d’art à Los Angeles (où il rencontre une Kim Gordon pré-Sonic Youth) avant de partir s’installer à New York en 1979 et se lancer dans la musique.

Après la mise en arrêt de Swans, il forme Angels Of Light dans lequel passeront quelques membres de la future mouture de Swans, Kid Congo Powers (qui a joué avec les Bad Seeds de Nick Cave, le Gun Club et les Cramps) ainsi que Devendra Banhart. Six albums seront enregistrés, ainsi qu’un album solo, avant la réactivation de Swans.

Il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles, « The Consumer », publié en 1995 par la maison d’édition de Henry Rollins.

Au-delà de cela, l’homme reste un mystère… Une chose est sûre: c’est lui le patron. Et il suffit de le voir sur scène, tel un shaman complètement possédé par sa musique pour se rendre compte que le bonhomme n’est pas là pour faire semblant: « La musique prend possession de vous et vous la suivez, et c’est extatique et merveilleux et c’est dans ces moments que je sens que j’ai vraiment une place sur Terre qui importe ».

Illuminations (2010 – )

Et la lumière fut… Depuis sa réactivation, Swans a trouvé un nouveau public, bien plus large que celui des débuts, tout en sortant des disques d’une intensité incroyable. Le contexte est semble-t-il désormais là pour accepter, comprendre et apprivoiser la musique de Swans.

C’est que « My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky » (2010) et surtout les monstrueux « The Seer » (2012) et le tout récent « To Be Kind » font office de contrepoids parfait à l’époque. Soit des albums de plus de deux heures comprenant des titres allant jusqu’à 30 minutes à l’heure des chansons au clic d’une durée de vie d’une demi-semaine et de tous ces groupes adeptes de la demi-molle, un pied dans l’indie, un pied dans la pop inoffensive. Swans est tout le contraire: radical, intense, effrayant, passionnel, dense, exigeant mais salvateur.

Mais il y a plus. Swans est, sur disque et encore plus en concert, une expérience sensorielle qui touche au spirituel. Car, et c’est peut-être la raison de cette résurrection, au « body destroying », Michael Gira et sa clique sont parvenus à ajouter le « soul uplifting ». Quelque chose qui transporte, qui pousse un bouton dans le cerveau de son auditeur et l’ouvre à des mondes intérieurs insoupçonnés. C’est une route initiatique que l’on emprunte. Le chemin sombre et chaotique vers l’illumination.

« La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière. Il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il la doit cultiver : cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! – Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage. Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. »

Quelque chose comme le chant du cygne.

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Journaliste lesoir.be

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1 commentaire

  1. tamer hapoil

    3 novembre 2014 à 18 h 21 min

    hé bin hé bin. qu’avons-nous ici? un freluquet, de surcroît écrivaillon dans notre presse nationale, qui ne connait pas ses classiques. c’est à ce genre d’immondice que la fin du monde s’ausculte, se diagnostique. déplorable nullissime et sentencieux, voilà pour le style. pour le contenu, aucune mention des tout débuts de swans dans les bas fonds new-yorkais avec comme batteur le suisse roli mosimann qui plus tard allait mettre les young gods, le groupe, suisse, sur orbite. qu’il fasse ses devoirs le gamin. et qu’il n’oublie pas de laver ses mains avant.

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