« Axiom » ou le monde terrifiant d’Archive

ARCHIVE

Archive a présenté jeudi à Londres son nouveau disque et film de 40 minutes, « Axiom ». Darius nous en a parlé

Darius Keeler a formé en 1994, avec Danny Griffiths, le groupe Archive qui a livré, jeudi à Londres, un concert exclusif basé sur le film Axiom avant 1 h 20 de « best of ». Nous avons retrouvé backstage Darius qui nous a parlé de ses projets.

Quel show fabuleux ! Pourquoi ne pas tourner avec ?

Après le concert de ce soir, on fait deux festivals d’été, dont le Montreux Jazz et c’est tout. Car on a encore beaucoup de travail à faire pour terminer notre nouvel album qui paraîtra en janvier avant la tournée qui débutera en février 2015.

Déjà un nouvel album ? Et « Axiom » alors, c’est quoi ?

Un side project, disons. Tout a été très vite. Chaque groupe progressif rêve d’un jour marier sa musique avec du visuel. Cela fait tellement longtemps qu’on nous en parle, qu’on nous dit que notre musique est cinématographique… Et puis Axiom est arrivé.

Quand vous avez imaginé et composé avec le groupe « Axiom », saviez-vous que cela ferait l’objet d’un film ?

Non, pas du tout. On avait cinq chansons et je voulais une longue plage. En dix jours, on a enregistré ce qui est devenu Axiom. On s’est rendu compte que cela faisait un tout qui n’avait rien à voir avec nos chansons ou un album studio « normal ». Du coup on s’est dit : faisons un film.

Et pour le réaliser, vous avez pensé à l’équipe espagnole de NYSU et de David Gambero ?

On nous avait parlé de ce collectif qui réalisait des clips fabuleux. On leur a parlé d’Axiom durant une heure seulement et ils ont travaillé de leur côté. On n’a rien vu avant février. Il y a plein de niveaux de lecture et de métaphores dans ce que David a imaginé. Ce qu’il a fait est vraiment fort. On lui avait parlé d’une ville vivant sous l’oppression. C’est tout. Dave lui avait parlé de sons de cloches.

C’est une vue très sombre et pessimiste de notre époque…

Je ne dirais pas pessimiste mais le reflet de notre époque, oui. Le monde est sombre. Je vis dans un chouette appartement dans le centre de Londres, il me serait facile de fermer les yeux et de me foutre de la réalité vécue par la plupart des gens. La vie est dure, je ne peux pas l’ignorer. Il y a tant de tristesse et d’oppression un peu partout dans le monde qu’il est important d’en parler.

« Axiom », avec son côté « 1984 » et « V comme Vendetta », prend une résonance particulière à l’heure de la montée en Europe des mouvements populistes, europhobes et souvent fascistes…

Oui, c’est vrai. Toute l’Europe de l’Ouest vit en ce moment dans cette atmosphère un peu inquiète, après des années de bonne santé et de sécurité. Le fascisme du passé revient à la surface. Même si le Front National de Le Pen n’est pas le Ukip de Nigel Farage, ce sont toujours les étrangers qu’on vise. J’ai grandi à Londres à la fin des années 70 où déjà on devait faire face à des problèmes de racisme. Le pire aujourd’hui est que les politiques semblent accepter le fait raciste et s’en servir à leurs profits.

Par le passé ont existé parmi les artistes des mouvements comme l’antithatchérien Red Wedge. Aujourd’hui, n’avez-vous pas un peu l’impression de prêcher dans le désert ?

Vous avez raison. Mais pour être honnête, je vous dirai que cette nouvelle tendance est très récente. On ne se rend compte de la gravité de la situation que depuis quelques mois. Le succès de Ukip est très récent. C’était un embryon avant.

Archive est-il ici perçu comme un groupe engagé ?

Je ne sais pas. J’imagine que ceux qui aiment notre musique en sont conscients. Notre premier disque, Londinium, était déjà un protest album. On s’est rendu compte, via les connexions Facebook, que la ville où se trouvent le plus grand nombre de nos fans, proportionnellement, est Téhéran. C’est fou, non ? Ça nous fait réfléchir…

Dans quelle mesure George Orwell vous a-t-il influencé ?

J’ai lu tous ses livres, pas que 1984. Il m’a toujours fasciné. Il a réussi à faire le portrait du vingtième siècle en imaginant des choses qui se sont finalement passées. C’est un vrai génie. Ce n’était pas qu’un intellectuel, il écrivait pour tout le monde. Quel homme ! Et complexe à la fois.

Vous considérez-vous plus comme un prêcheur ou un rêveur ?

Un prêcheur ? Mon dieu, non. Un porte-voix, un reflet, oui. Un homme fâché aussi. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que Miley Cyrus, Rihanna, Beyoncé… toutes ces stars reflètent, sans le savoir, la désintégration complète d’une société. Cette obsession pour le paraître… Elles reflètent tant de choses. L’insécurité aussi.

Après de nombreux changements de personnel, on a l’impression qu’Archive a enfin trouvé son équilibre…

Tout à fait. Ça a mis le temps. Je suis quelqu’un de très ouvert et très tolérant mais j’aime être entouré de gens qui comprennent mes envies et ne se sentent pas dans une prison, se sentent libres. Chacun a sa place aujourd’hui dans le groupe, avec un rôle bien précis. Chacun a son espace de liberté.

On ne connaît pas d’autres groupes pouvant se payer le luxe d’avoir quatre chanteurs…

C’est vrai, c’est une chance incroyable. On est neuf sur scène pour le moment, chacun apporte tellement. Chacun a sa personnalité. C’est essentiel pour le groupe. Je les admire tous les quatre.

En Belgique aussi, vous avez beaucoup de fans…

Oui, je sais, depuis notre tout premier concert en Flandre, c’est comme ça. Cette fois, on fera deux fois l’AB plutôt que Forest National où l’on a joué la dernière fois. Je n’ai pas trop aimé, c’était trop grand.

 


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