Arcade Fire, l’unique héritier

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Les Québecois sont le dernier groupe rock à avoir une portée universelle, globale et massive. Faut-il s’en réjouir? Réponse ce mardi au Sportpaleis d’Anvers.

Finalement, ils auront été les seuls à s’émanciper. Dans cet océan de rock indé qui donne le la depuis le début des années 2000, Arcade Fire aura été le seul à sortir de sa niche pour voler dans les grands espaces, embrasser le succès plutôt que lui tourner le dos, et prendre la relève de ses illustres aînés devenus dinosaures tels Radiohead ou même U2. Arcade Fire, dernier groupe rock à portée universelle? Il semblerait, oui.

Comment en est-on arrivé là? Comment un groupe sans visage de Montréal signé sur un petit label de Caroline du Nord (Merge) est-il parvenu à mettre le monde à ses pieds là où tous les autres, Strokes, Libertines, Franz Ferdinand, ont échoué?

L’histoire, on l’a dit, commence à Montréal et ce n’est pas innocent. Car la scène rock de Montréal, au début des années zéro, bouillonne. Groupes, labels, salles de concerts, public, toutes les oreilles un tant soit peu branchées sont tournées vers la ville aux cent clochers, culturellement à mi-chemin entre l’ogre anglo-saxon et la vieille Europe francophile. C’est là, à la McGill University, que Win Butler,  un étudiant texan en études religieuses, rencontre Régine Chassagne. Avec elle, il se mariera et formera Arcade Fire.

Le premier album du groupe, « Funeral », sort en septembre 2004 en Amérique du Nord (février 2005 en Europe) et c’est une petite révolution. Les critiques sont à genoux, les fidèles se précipitent sur ce disque qui sonne comme nul autre. A la fois urgent et lyrique, énergique et romantique, « Funeral » contient en lui le Nouveau et l’Ancien monde, comme ses paroles qui jouent avec les deux langues anglaise et française. David Bowie en personne sort de sa retraite pour parler de « coup de génie musical » et les concerts sont qualifiés de grands-messes initiatiques comme cette prestation au Cirque Royal en mai 2005, leur première en Belgique, restée dans les annales.

Après de tels débuts, le problème était ensuite de confirmer. Ou alors Arcade Fire allait-il devenir un autre Strokes, responsable d’un premier album générationnel avant de lentement s’éteindre? « Neon Bible » en 2007 a été accueilli en demi-teinte: disque inégal, références plus évidentes, magie bien présente mais plus sporadique. L’histoire s’arrête là? Loin de là! Trois ans plus tard, avec « The Suburbs », Arcade Fire propose un disque américain: dans son thème principal, à savoir la vie dans les banlieues américaines, et dans sa forme plus rock classique à la Springsteen. Résultat: les Américains adhèrent en masse et le disque remporte le Grammy de Meilleur album. C’est la voie royale et les Québecois l’empruntent avec entrain.

C’est que depuis ses débuts, Arcade Fire a le potentiel pour jouer pour le plus grand nombre. Les envolées lyriques de Win Butler teintées de religiosité ne sont pas sans rappeler Bono et U2. Tout comme cette façon de se renouveler à l’aide d’albums concepts, comme sur le dernier « Reflektor ». L’idée était de revisiter le mythe d’Orphée et Eurydice à travers l’histoire récente de Haïti. Ou le contraire. Le résultat sonne plus comme un disque de néo-disco new yorkais que comme un crossover réellement innovant entre les deux cultures, mais qu’importe. Arcade Fire est le seul groupe à avoir repris le flambeau rock avec une portée universelle. Quitte à y perdre l’urgence, l’intensité et l’émotion qui constituaient l’attrait majeur du groupe? Réponse au Sportpaleis d’Anvers ce mardi.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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