Les news inutiles #50: Ecstasy!

screamadelica
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La dernière avant l’été. On prend un peu de confiance en soi avec la méthode Kanye; Beyoncé et Shakespeare, même combat?; Lana Del Rey dit n’importe quoi; les grunge étaient vraiment sapés n’importe comment; mais d’abord, retour sur la culture ecstasy et la genèse de “l’album le plus drogué de tous les temps”: Screamadelica de Primal Scream.
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Alexander Shulgin est mort. Et? Et cet homme a changé la face de la musique populaire, môssieur!

Oh! Pas qu’il ait fait lui-même de la musique, ou été une quelconque éminence grise du business. Nah! Loin de là. Alexander Shulgin était chimiste. Et dans les années 60, il a redécouvert une molécule qui allait avoir son influence dans l’histoire de la culture pop: la MDMA.

‘tention, la MDMA n’est pas responsable de l’avènement de la house et autres musiques électroniques, des rave parties et tutti quanti. Mais il serait bien innocent de penser qu’elle y est totalement étrangère. C’est juste qu’il arrive dans l’espace-temps que soudain, parfois, tout se met en place exactement comme il faut pour rendre les choses magiques: l’époque, le lieu, la technologie, la technique, la musique, le public et… la drogue. Le résultat? Une nouvelle scène culturelle.

Pensez-y! Le rock psychédélique et le LSD. Le reggae et la ganja. La récession, le mauvais speed et le punk. Et puis arriva la petite pilule au smiley alors que la musique électro prenait son envol. L’axe Détroit-Ibiza-autoroute E19 Bruxelles-Anvers. Car, comme l’a rappelé le documentaire The Sound Of Belgium, la Belgique a plus que son mot à dire dans cette affaire. Eh, fieu! C’est pas pour rien qu’on était premiers producteurs d’ecstas au monde… Si, si. Numéro 1 ou rien!

Et puis, la petite pilule arriva à Manchester, ce temple dédié au rock indé. La Haçienda a été ouverte par les types de Factory Records (Joy Division, New Order…) et, durant ses premières années, le club programmait des groupes indés dans un espace le plus souvent aux trois-quarts vide. A partir d’un moment, les soirées house et électro ont pris place. Et la légende commença. L’époque avait changé. Les choses avaient changé… « Il y avait beaucoup de violence dans les concerts rock dans les années 80 et puis soudain, tu allais dans ces clubs et tout le monde était sympa et souriant. Tout ça parce qu’ils étaient sous ecstas ».

C’est Bobby Gillespie, leader de Primal Scream, qui parle, là. Et ce n’est pas innocent. Car si New Order, les Stone Roses et Happy Mondays avaient déjà tracé la voie, c’est bien Bobby et sa bande qui allaient créer l’album référence, le disque crossover parfait, celui qui allait unir rock et électro dans une union sacrée qui non seulement dure toujours mais est devenue la norme. Les Stones découvraient les rave parties et la MDMA, le rock ne serait plus jamais pareil. Ils étaient aveugle, désormais ils pouvaient voir… Screamadelica, « l’album le plus drogué de tous les temps », selon le NME.

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- – Just what is it that you want to do? – -

Il faut bien se souvenir qu’en ces temps lointains, vers la fin des années 80-début 90, les fans de rock, ces ayatollahs de la pensée alternative, n’étaient aucunement disposés à entendre des sons un tant soit peu électroniques dans leur électricité! Verboten! Judas! Traîtres à la patrie! Sarasins! Ah, non, c’était pas concevable, cette histoire. D’ailleurs, les Primal Scream, en bons fans des Stones, d’Iggy et de Johnny Thunders, ben, c’était un peu pareil.

En plus, en 1989, Primal Scream est déjà has been. Leur deuxième album, là, rock et passéiste, personne n’en veut, tout le monde s’en fout! Même le NME descend la chose! Alors? Alors deux personnes vont jouer un rôle crucial dans l’ouverture du groupe à la culture rave: le patron de leur label Creation (et vieil ami de Gillespie) Allan McGee et le DJ Andrew Weatherall.

Le premier a compris rapidement qu’il se passait quelque chose. Il a déménagé à Manchester fissa et a plongé complètement dans cette nouvelle culture, passant toutes ses soirées à la Haçienda. Avant de pousser ses vieux potes écossais à suivre le mouvement. Andrew Innes, guitariste du Scream: « Il nous faisait gober des ecstas et nous emmenait en club » Au départ, le groupe regarde tout cela de loin, dans le coin de la salle, dubitatif. Et puis, « bon, c’est cliché à dire, mais à un moment tu te cognes à un type avec un fookin’ tatouage en toile d’araignée et tu te dis ‘Ah, merde’. Tu te prépares déjà au baston. Et à la place, le gars te prend dans ses bras, te câline et t’embrasse. Et tu te dis: ‘C’est génial!’ ».

Ensuite, il y a Andy Weatherall. Un DJ fan de rock qui écrit aussi dans un fanzine. L’idée du label est alors de lui demander de remixer le prochain single de Primal Scream, la ballade stonienne « I’m Losing More Than I’ll Ever Have ». Weatherall, bon gars, y va pour quelques essais timides avec la peur de dénaturer la chose. Au troisième essai, Innes et Gillespie lui disent clairement: « Just fuckin’ destroy it, man! ». Et c’est exactement ce qu’il a fait.

Restait une dernière petite touche à apporter. Le groupe lui donne à coller un dialogue de Wild Angels, vieux film hippie avec Peter Fonda. La cerise sur le gâteau. Une déclaration d’intention. Le slogan fédérateur. L’équivalent du « Peace & Love » et du « No Future » pour une génération plongeant corps et esprit dans l’hédonisme pure et simple. Le Vietnam? La récession? Le chômage? Pffff… Rien à carrer!

- Just what is it that you want to do?
- We wanna be free. We wanna be free. To do what we wanna do. And we wanna get loaded. And we wanna have a good time. That’s what we gonna do. We’re gonna have a good time. We’re gonna have a party!

Et c’est ainsi que le rock embrassa la rave culture

Après quoi, le Scream alla avec le flot de la rivière. Et de la technologie. Innes: « Avant on était juste guitare, basse, batterie et soudain, on avait ce truc, le sampler. Et plutôt que de rester ce groupe ordinaire, on pouvait d’un coup avoir le batteur de James Brown ou un orchestre de cordes indien. C’est comme si on passait du noir et blanc au technicolor. Le seul truc qui pouvait nous ralentir était un manque d’imagination ».

Le follow up de « Loaded », « Come Together » est presque du même topo. Dix minutes d’hédonisme néo-hippie pour les dancefloors. Puis « Higher Than The Sun », ode à la pilule plus calibrée rock. Car les fans de rock, eux, sont toujours dubitatifs, craintifs, késako cette affaire? « Y compris des membres du groupe », ajoute Innes. C’est un autre coup de génie de Screamadelica. Qui n’est pas entièrement produit par Weatherall, mais partiellement par Jimmy Miller, ancien producteur des… Rolling Stones! L’album sera ainsi un mélange parfait de rock jouissif à l’ancienne et de moments acid house néo-psychédéliques.

Enfin, pour enfoncer le clou, les chansons seront agencées pour que l’album sonne comme un week-end en club. Innes: « On commence par ‘Movin’ On Up’, et c’est ta chanson de sortie du vendredi soir. Au milieu, on met les trucs psyché bien trippants, c’est quand ta tête est pleine de trucs et t’es au milieu du dancefloor. Et puis, ‘I’m Coming Down’, ‘Shine Like Stars’, c’est la descente ».

La descente? C’est vrai. Pourquoi Primal Scream n’est-il pas devenu aussi populaire qu’Oasis, au fond? Vingt-cinq ans après, Screamadelica reste un classique, a ouvert les portes qui ont permis au rock et à la house de se renouveler et d’atteindre le grand public et le groupe avait encore quelques singles à gros potentiel sous le coude. Gillespie: « Quand on tournait en Amérique à l’époque, on dînait avec des gens de labels, des gros bonnets. On s’asseyait à peine que l’héroïne arrivait. Quand on revenait à notre table, on tombait le nez dans l’assiette. Littéralement. Ce n’était pas vraiment une bonne pub pour Primal Scream ». Les mécréants, ils prenaient la mauvaise drogue!

Mais de tout cela, qu’en pense l’architecte, le grand maître de la MDMA Alexander Shulgin. Wired lui a posé la question en 2002 sur l’usage festif et généralisé de la pilule qu’il a aidé, via ses recherches et de façon indirecte, à populariser :

- Comment vivez-vous le fait que la MDMA soit devenue un phénomène international et, pour certains, un fléau international?
- Je ne pense pas qu’elle soit utilisée de la bonne manière.

La messe est dite.

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Journaliste lesoir.be

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