Amenra, ou l’expérience spirituelle

Frontstage - Amenra - 1

Il en va du Graspop comme des autres gros festivals : certains y jouent plus souvent et parfois même très souvent. Hier à Dessel, ce n’était plus un baptême pour Avenged Sevenfold et Sabaton. Aujourd’hui par contre, c’était une première pour Amenra. Et là, disons-le tout net, au bout de 15 ans, il était temps !

Et de quatre, pour Avenged Sevenfold. Dégaines de punks plutôt que de graisseux à la Francis Zégut. Mais dans leur rock finalement très accessible, on discerne pas mal de choses, entre les mid temps bluesy, la quasi balade et le truc un peu à la Metallica. Quant à Sabaton, c’est la cinquième fois que le Graspop accueille le groupe de Joakim Brodén. Toujours le look militaire et les petits détours historico-folkloriques dans ce répertoire forgé en 15 ans d’existence. Au clin d’œil à Bastogne, avec leur « Screaming eagles » évoquant la mythique 101e division aéroportée américaine lors de la Bataille des Ardennes, succèdent moult allusions culturelles. Thor, le Valhalla, tout ça…

Samedi en tout début d’après-midi, on se dit qu’au Graspop aussi, les programmateurs aiment les gros contrastes. Sous le Metal Dome, rempli comme il ne l’a jamais été depuis le début des festivités, Amenra n’a pas besoin de show hollywoodien pour accrocher/écorcher le public. Même quand on a déjà vu et qu’on sait ce que ça peut être, impossible de ne pas être pris par l’intensité dégagée. A moins d’avoir à la place de l’âme un grand vide plein d’air !

Plus sérieusement… Ce concert prend à la gorge et au ventre dès les premières secondes. Le terme concert n’est même plus d’usage, tant on est plus proche de l’expérience organique. Et spirituelle, également. Comme toujours, Colin van Eeckhout est dos au public, face à l’écran sur lequel les projections se devinent à peine (il fait encore trop clair), quasi en transe, psalmodiant et hurlant comme s’il voulait se vider d’on ne sait trop quels maux. Et s’il s’agit de ça, on n’a pas mal pour lui, on a mal avec lui.

A première vue, c’est en tout cas une « première » comme l’histoire du festival n’a pas dû en compter beaucoup. Le Graspop, c’est important d’y être, en fait ? « Pour nous, tout est important et rien ne l’est, en même temps. Nous ne sommes pas occupés à réfléchir à ce que nous allons faire pour gagner de nouveaux fans, explique Colin, une petite heure à peine après sa sortie de scène. Mais comme nous appartenons un peu aussi à la scène métal, il est logique pour nous de jouer ici. Nous nous demandions parfois pourquoi nous ne jouions pas au Graspop. Là c’est fait, c’est bon. »

Lui aussi a entendu parler du chapiteau ultra rempli. Un signe, encore d’un phénomène Amenra, perceptible même dans certains médias moins spécialisés ? « Je pense que les gens commencent à prendre le temps de lire ce qu’il y a d’écrit à côté de notre nom. Pour le moment, il n’y a pas un mois sans qu’il se passe quelque chose autour de nous. Un livre, des articles… ça n’arrête pas. Et ça ne se limite pas à une ou deux questions clichés. Mais encore une fois, ce n’est pas un moyen pour nous de gagner des fans. Nous avons quelque chose à dire et nous voulons le dire : nous aimons parler avec les gens, dire ce que nous pensons, entendre ce que pensent les gens. Et la presse, comme les médias sociaux, c’est notre moyen. Nous voulons saisir l’opportunité de faire voir Amenra aux gens qui peuvent potentiellement apprécier. »

Frontstage - Amenra - 2

Eux, ce n’est pas que de la musique, on s’en rend compte au Graspop aussi. C’est plus profond. « Quand les gens font l’effort de regarder sous la surface, ils peuvent trouver plus qu’un groupe qui fait de la musique qu’eux trouvent cool. Pour nous, c’est peut-être plus important que la musique. »

Et que l’effet, l’expérience se répète au gré des scènes ? Eux aussi ont du mal à le comprendre. « C’est quelque chose d’étrange, admet Colin. Ça dépend de l’alignement des étoiles… Parfois, nous sentons que ça marche comme il faut pour nous, et parfois, nous sentons que nous n’avons pas pu donner le concert qui te marque. » Et de laisser entendre que celui-ci aurait pu « être mieux ». Bien sûr, on peut discuter. « Mais même quand nous nous disons que ce n’était pas ça, il y a des gens qui viennent nous trouver pour nous dire que c’était incroyable, ou qu’ils ont commencé à pleurer… Et ça, c’est vraiment bouleversant, gratifiant. Et ça nous oblige à rester humbles, parce que c’est vraiment quelque chose qui nous dépasse. »

Didier Stiers

Suite de l’interview dans Le Soir de ce lundi.

Didier Stiers

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