Tricky rejoue la Belle et la Bête

TRICKY

Minuit tapante. La pénombre s’installe sur la scène de la tente Univers. Des ombres surgissent tandis que retentit le riff synthétique de « Sweet Dreams (Are Made Of This) » que l’ancien kid de Bristol s’est réapproprié. Sur l’écran géant, on perçoit mieux: côté cour, une beauté plastique et sensuelle, robe et anneaux dans les oreilles, se déhanche sur le rythme soutenu; côté jardin, de dos, notre homme Tricky, style classe et débraillé, crête iroquois et dreadlocks, tirant sur un tarpet avant de se retourner et d’avancer vers le micro, dévoilant son visage cabossé, comme tuméfié par la vie.

Et là, il n’y a pas à dire, Tricky dégage quelque chose. D’animal, de bestial, de réellement imposant. Il est là, les yeux révulsés, comme un boxer qui refuse de quitter le ring malgré les coups et les blessures encaissés. A ses côtés, Francesca Belmonte, sa nouvelle muse, belle et sensuelle, fait contrepoids, comme pour maintenir la bête debout, en équilibre, malgré tout, l’aidant à aller, une nouvelle fois, au combat. Voilà, de ces cinq premières minutes, on retire l’image la plus impressionnante qu’il nous ait été donné de voir en concert depuis des lustres. La tension qui se dégage du couple. La Belle et la Bête revisité.

Si bien que la frustration n’en sera que plus grande…

Le problème, déjà, c’est le son. En formation réduite (cinq, dont les deux chanteurs), on n’entend que l’instrument qui n’est pas joué: la basse. Vrombissante, assourdissante, elle couvre les deux voix et toute tentative de mélodie ou de riff. Et les chansons du bonhomme n’étant pas toujours des plus évidentes, non seulement ça bastonne beaucoup dans le vide, mais on se demande parfois où il veut en venir. O Rage… A la demi-heure, quand Tricky déterre « Overcome », le premier titre de son premier album, le doute n’est plus de mise: c’est une bouillie sonore de laquelle on ne peut rien tirer.

Ensuite, on n’est pas certain que Tricky soit à sa place dans un festival (familial) comme Couleur Café. Oh, le côté mélange de races et de styles, sûr, il en est un des fers de lance. Depuis vingt ans, ce n’est que ça: musiques blanches et noires; américaines, africaines, européennes; hip-hop, dub, reggae, rock, électro ou soul, tout y passe et c’est d’ailleurs ce qui fait toujours de Tricky un des artistes les plus influents quant à la norme actuelle. Sauf que dans le fond, Tricky est un punk. Cette tension presque violente qui se dégage de lui, ses yeux révulsés, ses mouvements de boxers, sa radicalité… Tout ça juste après le feu d’artifice venu consacré un week-end de joie et d’allégresse et la victoire de la Colombie lors du Mondial… Disons qu’il y a comme un fossé entre les deux mondes duquel peut même se dégager un certain malaise. Qui n’aurait pas lieu d’être dans un endroit plus adapté.

Et donc, Tricky, dommage. Mais pas de soucis, on reviendra.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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