Bloody Black Sabbath !

Frontstage - Sabbath - 1

Ultime retour sur la 19e édition du Graspop, où Ozzy & co se produisaient ce dimanche. Oui, ils ont fini avec « Paranoid », et non ils ne sont pas encore morts. Il y en a un cela dit qui ferait bien de chouchouter les neurones qu’il n’a pas encore cramés…

Quatre jours de têtes de mort, de t-shirts et de cuir sur lesquels le noir est couleur, de signes du diable formés avec les doigts et de types chevelus qui se torturent les cordes vocales en hurlant comme des loups de Transylvanie : voilà pour les clichés. Comme d’autres genres, le « rock dur » n’en manque pas et il véhicule très bien tout seul quelques-uns d’entre eux.

Mais s’il tient la route, le Graspop, c’est aussi parce qu’on va de temps en temps au-delà de ces mêmes clichés. Certains y jouent mieux que d’autres ou apportent plus, c’est selon. Certes, vendredi, en guise de tour de chauffe avant de plus grosses pointures que les organisateurs aiment faire revenir parce que le (grand) public en redemande, on a par exemple eu droit à une succession de groupes nés ou figés dans les années 80 (Steel Panther, Doro…).

Côté pointures, les Danois de Volbeat attirent ici le gros de la foule, avec un répertoire qui va allègrement d’AC/DC à Metallica en passant par le power pub rock , le rockabilly et la mélodie facile à retenir… Inclassable, quoi. Et au passage, qui t’écrabouille façon marche militaire le Ring of fire de Johnny Cash qui ne leur avait pourtant rien fait…

Juste avant Volbeat, la Mainstage 2 accueillait Limp Bizkit. Et Fred Durst, donc, toujours précédé par sa petite réputation, même si on le dit assagi. Pas de doute par contre sur le son et sa voix : c’est à peine si on entend quelque chose ! Comprenons-nous : comparativement à d’autres prestations. « Je suis content d’être au Graspop pour faire la fête avec les gens parce qu’on est samedi soir et que le samedi soir y’a que ça à faire : la fête ! »

Slayer vendredi, Anthrax dimanche : il ne manquait plus que Megadeth pour avoir droit au ¾ du Big Four du thrash, sauf que Megadeth a dû être remplacé. Par Rob Zombie, du coup. Quelque part entre Marylin Manson et Rammstein, lui aussi est un adepte du circus maximus, des grattes qui grondent comme des moteurs de dragsters et du beat qui martèle en cadence implacable. Sauf que lui, c’est aussi le cinoche qui l’inspire : le décor, des effigies des Classic Monsters d’Universal, est là pour le rappeler. « Living dead girl », « Dead city radio and the new gods of supertown », « Siock bubblegum » : marrant et pas trop long, ce metal de série B. Comme il faut, quoi. Quant à Anthrax, les mecs étaient manifestement contents d’en être, se sont bien éclatés sur « I am the law » et leur cover d’« Antisocial », et en guise de merci, se sont pliés à une séance de dédicaces plutôt courue.

Dimanche, c’était aussi la journée des nostalgiques du grunge (au sens large), avec la doublette Alice In Chains / Soundgarden. Cantrell contre Cornell ? Disons 1-0, la version de « Black hole sun » étant quelque peu plus anodine que celle de « Would ? » Et puis, c’est au même Chris Cornell qu’on doit le fail du jour : « Hey, il n’y a pas de foot, là, ça nous fait un jour de congé ! » Sauf que « là », les Pays-Bas viennent de battre le Mexique… Damned !

Exit donc la 19e édition ! Le Graspop, c’est désormais un site sécurisé (la police a installé son préfabriqué à l’entrée), agrémenté de stands d’alimentation comme partout ailleurs, d’une mini fête foraine et de bars jusqu’à plus soif. Les deux scènes principales sont installées côte à côte et fonctionnent en alternance. Pratique pour plein de raisons… sauf quand un groupe achève son soundcheck pendant que l’autre est occupée !

Fréquentation ? Les organisateurs espéraient 150.000 personnes en quatre jours. Pour samedi, ils en annonçaient 42.000. Ce dimanche : près de 50.000 pour la journée, et un total d’environ 140.000 personnes, rassemblées dans une atmosphère conviviale et incontestablement festive. Parfois plus proche du carnaval au vu des déguisements qu’on croise parmi les tenues teintées corbeau. Et quand on dit fête, c’est fête : on a même vu un moins valide en fauteuil entrainé dans un pogo par un camarade… puis passer au-dessus des têtes le temps d’un invraisemblable crowdsurfing !

Frontstage - Sabbath 2

Dans le genre bien barré, Ozzy Osbourne n’a de leçon à recevoir de personne. Tête d’affiche de ce dimanche et de l’édition 2014, Black Sabbath aura laissé une drôle d’impression. D’une part, on se ne refait pas : entendre « War pigs » balancé d’entrée de jeu par les ¾ du groupe original, c’est quelque chose. De l’autre : quand Ozzy s’emmêle les pinceaux sur « Iron man », oublie de chanter dans le micro ou incite constamment le public à  balancer les bras en l’air, c’est autrement plus « bof ». Heureusement, il reste ce « Black Sabbath » qui monte lentement sur la plaine, poussé par les coups de boutoir du batteur, Tommy Clufetos. Avec ses déplacements erratiques, toujours un peu voûté, son petit rire et de temps en temps un petit « coucou », Osbourne reste ce clown dément auquel la musique de Black Sabbath – lourde, que les extraits du récent 13 ne déforcent pas – va décidément comme un gant. Et puis, il y a ces gros plans (merci les écrans) sur les doigts en action des musiciens. Il y en a qui ont dû repartir de Dessel en se disant : « Quand je serai grand je ferai Tony Iommi ! » Parce que, honnêtement, personne d’autre ne peut faire Ozzy Osbourne ! Mais drôle d’apothéose quand  même.

Didier Stiers

 

Setlist Black Sabbath : War pigs – Into the void – Snowblind – Age of reason – Black sabbath – Behind the wall of sleep – NIB – Fairies wear boots – Rat salad – Iron man – God is Dead ? – Children of the grave – Rappel : Paranoid

Didier Stiers

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3 commentaires

  1. Gael

    1 juillet 2014 à 1 h 19 min

    Megadeth n’a pas été remplacé par Rob Zombie mais par un Dj set complètement nase commencé par un mashup Black Eyed Peas / AC/DC… Dommage pour le Graspop mais pas si étonnant. Sinon j’ajouterais juste que c’est un chouette article et que je suis vraiment bien content d’avoir vu Black Sabbath, ça valait la peine!

    • Didier Stiers

      1 juillet 2014 à 14 h 14 min

      Bien aimable ! Alors oui, mon dieu, ce “dj” aux goûts pour le moins étranges… Quant à Megadeth et Rob Zombie, effectivement, le second n’a pas remplacé les premiers. Leur absence, expliquent les organisateurs, lui a en quelque sorte permis de devenir tête d’affiche sur la main stage 2. Rien de tel pour rentabiliser les costumes et le décor ! :o
      d.s.

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