Chronique d’une journée ordinaire à Dour… Tout donner!

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Au troisième jour, le ket émerge de ses quelques misérables heures de demi-sommeil avec un double sentiment étrange qu’il a lui-même du mal à appréhender: il est à la fois résigné et comblé. « Bizarre… Autant j’me dis que j’ai jamais mis les pieds dans un trou aussi puant, autant, ben, j’m'y sens bien, à l’aise, tranquille quoi.»

Mécaniquement, il se dirige vers le car wash en se grattant la raie des fesses tout en vérifiant qu’il a sur lui le nécessaire vital: larfeuille, clopes et grolles aux pieds. Une bonne douche à l’ancienne, jet froid et puissant, et direction la plaine histoire de damer quelque boustifaille…

Le jour est jeune, le site est encore calme et spacieux. Du reggae, des odeurs de pisse, « ça en serait presque accueillant! ». A tel point que là, sous ces quelques arbres mourant, l’endroit paraît idéal pour piquer un petit somme de digestion avant d’attaquer la journée. « On est bien, là, presqu’à l’ombre, une petite bise légère qui te caresse la joue, l’herbe sèche… On est comme chez soi ».

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« Dour, are you FOOKIN’ READY, you MOTHERFUCKEEEEEEEEEERS!!!??»

« Qui?! Hein?! » Oh la purée! Parlez d’un réveil en sursaut! Forcément, la Cannibal Stage juste à côté… Combien de temps le ket a dormi? Impossible à dire. Mais là, les yeux ouverts, il aperçoit des dizaines de guiboles autour de lui qui avancent, reculent, manquent de lui écraser la face. Du mouvement, beaucoup (trop) de mouvement. « ’tain, quelle heure il est? » Pas très tard, mais c’est l’heure. Direction le bar, il est temps d’y aller. Tête haute, le regard fier. Troisième jour de Dour. Tout donner!

Etape 1: retrouver les copains. « Les salauds, ils sont déjà bien entamés! Y a du boulot à rattraper! » Etape 2: une mousse. «’tends, mets-en deux!» Etape 3: le programme… « Mouais, c’est pas gagné ». Là, ça discute devant MLCD… Bon, laisse tomber, les copains d’abord. Retour au bar… « Tiens, ramène plutôt un truc qui booste, genre vodka red bull, j’en ai besoin, là… » Tenir le coup. Quoiqu’il arrive. On a tenu jusqu’ici. Le corps épuisé mais le coeur vaillant. On tiendra jusqu’au bout. A la Viking. Une épopée. Un mythe à construire. Ici et maintenant. Tout donner. Pour l’Histoire. Tout donner!

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« Cypress. Voilà! C’est exactement ça dont on a besoin!… Mais c’est quoi ce MONDE!??» C’est rien, on se faufile, on s’installe, on se laisser aller, laisse-toi aller, suis la vague, suis le rythme lancinant, ton corps disparaît, laisse-toi flotter, « Insane in da membrane… INSANE IN DA BRAIN! » Voilà! On y est! L’énergie coule à nouveau, c’est comme au premier jour, « When the shit goes down… WHEN DA SHIT GOES DAAAAOWN!! » Retour à la source! Jusqu’au bout de la nuit! Jusqu’à la VICTOIRE et la GLOIRE FINALE ET ETERNELLE!

« ’tain, il est QUE 20h30? Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir foutre? » Vois, écoute, découvre. BadBadNotGood? « Mouais, pfffff, boh… » Savez ce que disait Tony Wilson! Tony Wilson? Créateur de Factory Records et de la Haçienda à Manchester dans les années 80, l’homme qui nous a offert Joy Division, Happy Mondays et la scène baggy madchester. Autant dire un génie! Et bien, Tony Wilson, il disait ceci: « Le jazz, c’est la seule musique où les musiciens prennent plus de plaisir que le public » « Alors bon, BadBadTruc, là… »

Enchaîne! Sur la grande scène, Girls in Hawaii. Suivre les copains, chauds qu’ils sont! Enthousiastes… Ou bourrés, c’est selon. Voilà! Bel esprit! Girls in Hawaii… Sauf que c’est justement le moment, à la seconde près, c’est cet instant précis où la PLUIE, espérée autant que redoutée par chacun depuis trois jours de canicule étouffante et épuisante, la PLUIE, dès les premières mesures du set des Brabançons, la PLUIE fait son apparition! « Ah! » lance le ket, hilare et fier comme un paon devant les copains: « Dix ans que j’vous dis que les Girl in BW sont chiants comme la pluie! Sans blague! SANS BLAGUE!!»

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Direction le bar… Le toit accueillant et bien au sec de la Petite Maison dans la Prairie, un burger végétarien (y a pas de viande dans ces burgers, si?) pour aider à poursuivre l’ascension. Désormais, plus rien ne compte sinon l’instant présent. Cet instant T qui restera gravé dans le marbre d’une vie dévastée entre désirs à jamais inassouvis et obsessions malsaines et inatteignables…

« - Ta gueule! »
« - Uh? »
« - J’m'en bats les COUILLES de ta ‘utain d’ life, mec ! »
« - ‘tends, mais t’es qui? »
« - Ta gueule, j’te dis! »
« - C’est quoi cette agression? Je te parle juste de… et toi tu me remballes sans même m’écouter…»
« - Bon, ket, ramène-toi, fieu! Ça fait deux heures que t’essaies de draguer cette pauvre fille, c’est une catastrophe! »
« - Uh? »
« - Mogwai, fieu! Tiens, bois un coup et tire une taffe, c’est MAINTENANT que ça se passe! »

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Voilà! Mogwai! Poésie! Beauté! Des vagues d’électricité qui déchirent ton sternum/ Et la mesure qui bat comme le coeur d’un homme/ Et des vagues de DUNES/ ET DU PLANCTON EN VEUX-TU EN VOILA!/MOGWAI!/AD VITAM AETERNAEM/ ESPIRITU SANTI/ MOGWAI! MOGWAI!! MOGWAI!!!

« - ‘tends, c’était dément, Mogwai, non? »
« - Boh… Toujours pareil, quoi »
« - ‘tends, mais t’es fou? C’était géant! »
« - Laisse-toi aller, fieu! C’était y a deux heures, ton truc! Tu vis dans le passé! Sens le beat, sens la chaleur! »
Tsssng Tsssng Tsssng Tsssng Tsssng… « Les copains avaient raison. Le monde change. La musique change. Les drogues changent. Même les hommes et les femmes changent. Dans mille ans, il n’y aura plus ni mec ni nana. Que des branleurs. J’adore cette idée »*. Tsssng Tsssng Tsssng Tsssng Tsssng Tsssng…

« Woaw! Hein? » Le ket émerge brusquement de son demi-sommeil misérable. Autour de lui, des dizaines de guiboles qui avancent, reculent, manquent de lui écraser la face. Du mouvement, beaucoup (trop) de mouvement. « ’tain, on est où? Qu’est-ce que j’fous ici? » Dans la tente, les gens, de vagues ombres mouvantes dans la lumière bleue flashy continuent à danser. Dehors, la pluie poursuit son crachin misérable. Le ket émerge de son aspect comateux avec un double sentiment étrange qu’il a lui-même du mal à appréhender: celui d’avoir accompli sa mission et l’autre de vouloir quitter ce taudis le plus rapidement possible pour ne plus jamais y mettre les pieds. 4h39 du matin. Il y a un train dans une demi-heure. « J’me tire! » Tout donné.

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DIDIER ZACHARIE
Photos: MATHIEU GOLINVAUX

* © Mark Renton dans Trainspotting, 1995.

Journaliste lesoir.be

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5 commentaires

  1. damg

    26 juillet 2014 à 14 h 55 min

    Haha, mec, t’as rien compris, BadBadNotGood ils envoient du gros son ! Ils font quasi que des reprises de hip-hop ! Le concert c’était abusé, tout le monde sautait dans tous les sens, LeFtO les a pas choisis pour rien… Si tu me crois pas va voir ça : http://instagram.com/p/qpUz0ySlC1/

  2. Simon

    23 décembre 2014 à 11 h 35 min

    ” dans 10ans il n’y aura plus de mec, ni de nana… que des branleurs” .. j’aime la référence ;)

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