Patti Smith, toujours punk

Frontstage - Patti Smith

Des artistes libérés, ou plus exactement libres et heureux d’être là, juste portés par leur inspiration, ce n’est pas tous les jours qu’on en voit, n’est-ce pas ? La dernière fois, c’était hier, aux Lokerse Feesten…

Patti Smith ne s’est pas vraiment faite rare, ces temps-ci. Son dernier album en date, Banga, sorti en 2012, nous avait valu une tournée avec une escale belge : c’était aux Ardentes, la même année. Ce n’est donc pas exactement une revenante qui apparaît sur la scène du Grote Kaai, ponctuelle, pile poil à 22 heures. Et pourtant… On sent qu’il se passe quelque chose, dans ces premières minutes. Comme une petite magie qui opère. Sur un rythme légèrement chaloupé, « Redondo beach » suit « Dancing barefoot ». Dans la nuit qui tombe, la musique s’installe tout doucement, délicatement. A son service : Lenny Kaye et les autres, totalement imprégnés.

Contente, Patti Smith… Oui ! Elle fait bonjour de la main, salue d’une courbette après chaque morceau. Avant d’invoquer les éléments, bras écartés comme une prêtresse sur « Fuji-san », qui rappelle le tremblement de terre et le tsunami au Japon, en 2011. Les Lokerse Feesten fêtent cette année leur 40e anniversaire. « Puissiez-vous encore en avoir… 440 », leur souhaite-t-elle.

Et puis là, on commence à se dire que tout cela serait juste parfait si un rien d’électricité pouvait s’immiscer dans l’ensemble. Ce début de set promettait une intensité de plus en plus palpable, mais… L’Américaine, elle, dédicace. Il y aura « Because the night », à l’attention de celui pour lequel ce texte a été écrit (Fred « Sonic » Smith). Et avant cela, « My blakean years », pour le défunt Johnny Winter (la veille, à Stuttgart, c’était apparemment « Beneath the southern cross »), puis « Beneath the southern cross », dédié à nos animaux favoris disparus (« Poney, souris, cochon, oiseau, petit chat… »). Là, sa guitare acoustique et celle de Lenny Kaye répètent inlassablement le même motif rythmique, hypnotique. Et… elle revient, l’intensité ! Le morceau se termine d’ailleurs sur une adresse au public : « Nous sommes des gens libres, le monde doit le savoir ! »

Patti Smith redevient cette grand-mère du punk décidée par toutes les encyclopédies du rock. Qui pousse sa voix. Crache par terre. Dit qu’elle brûle (et on la croit), jette sa veste… « Horses » et « Gloria » se mélangent, traversés d’éclairs.

« A ce stade, normalement, nous quittons la scène et puis nous revenons. Mais je ne veux pas perdre de temps. Donc, considérons que nous sommes déjà de retour, motherfuckers ! » Le final est fort : à 67 ans, Patti Smith a toujours la hargne, s’en prend aux multinationales après « Banga » (sur lequel elle fait aboyer le public) puis, dans un « Rock’n’roll nigger » aussi assassin que fédérateur, brandit la guitare électrique qu’elle vient de martyriser en assurant que c’est notre seule arme. L’arme du rock’n’roll. Just kids ? Peut-être, mais on a envie de la croire ! Même encore quand, avant de sortir de scène pour de bon,  elle s’en va jeter des pétales sur les premiers rangs…

Didier Stiers

 

Setlist : Dancing barefoot – Redondo beach – Fuji-san – Ghost dance -  My blakean year – Beneath the southern cross – Pissing in a river -  Because the night – Land : Horses + Gloria – Banga – Rock’n’roll nigger

 

Au Brussels Summer Festival, vendredi 8 août, 20h45, place des Palais. Infos : www.bsf.be. Portrait dans Le Soir de ce vendredi.

 

Didier Stiers

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