Slowdive, l’ivresse des profondeurs

Frontstage - Slowdive - 2

Premier jour de Pukkelpop et premiers choix à faire : on connaît la chanson. Il y en a qu’on a envie de revoir, d’autres de « découvrir », les bons plans qu’on n’attendait pas et ceux qui déçoivent… Entre Forest Swords, Outkast, Temples, Slowdive et Die Antwoord : deuxième moitié de nos pérégrinations du jeudi.

Forest Swords, soit l’Anglais Matthew Barnes (et son camarade James à la basse), avait laissé une chouette impression à Dour, impression assortie quand même d’un petit goût de trop peu. Le garçon était un chouia à la bourre et, jouant tôt dans la journée, n’avait pu bénéficier totalement des projections qui font pourtant partie intégrante de son set. Au Castello, dans une obscurité propice, les images au ralenti ont parfaitement joué leur rôle, ajoutant à l’ambient pas toujours planant de l’album Engravings sorti il y a un an. Sur « Irby tremor », avec sa guitare un peu western, l’effet est presque hallucinatoire. Un dernier titre entre jungle et dub, juste énorme, et l’on sort convaincu d’une chose : on peut encore séduire avec des soundscapes dans lesquels se mélangent des ingrédients aussi usités que du dubstep ou du trip hop.

Il en va de certains Sud-Africains comme des Romains d’Astérix : ils sont fous ! En tout cas, c’est ce que je m’imaginais de Die Antwoord, sur base de quelques clips, un ou deux titres et des extraits d’interviews vus sur le Net. En fait oui, ça reste éventuellement rigolo le temps d’un « I fink u freeky », par exemple. Rigolo ou complètement barré quand on voit la petite Yo-Landi Visser affublée de lentilles noires. Mais sur la longueur et sur une main stage, à force de plan petite culotte agrémenté d’un Casper brandissant un fameux gourdin, eh bien, on dirait Major Lazer qui prend de la mauvaise drogue.

Frontstage - Antwoord

Un détour par le Club avant de rejoindre la grande scène : les Anglais de Temples sont jeunes, très jeunes, mais n’en plongent pas moins dans la pop des sixties. Quelques jolies parties de guitare (un peu à la Roger McGuinn/Byrds, par moments), mais aussi une petit impression de « formule » dans l’utilisation très systématique de cet écho psychédélique.

Dire qu’ils étaient attendus, les deux d’Outkast est un euphémisme. Alors, Big Boi et Andre 3000 (qui fait ses courses au Mediamarkt de Hasselt, semble-t-il) font fort et déboulent (façon de parler) sur « B.O.B. ». « Bombs over Baghdad ». Histoire d’être un peu raccord avec l’actualité ? Allez savoir… Le duo est accompagné par un petit groupe et deux choristes tout en masque de velours et en ailes d’ange ! Forcément, c’est « Ms. Jackson » qui est attendue par dessus tout. Avec un camarade, on se dit qu’une bonne partie du public massé dans les premiers rangs est fait de garçons et de filles qui devaient encore être bébés à l’époque où ce tube-là a vu le jour. Big Boi, lui, lâche un énorme « Brussssssels » ! Après, on imagine qu’il a dû réaliser, ou qu’on lui a dit dans l’oreillette : Outkast improvise sur l’intitulé » du festival qui devient… Pussypop ! Verdict : jusqu’où la technique les a aidés, mystère, mais ce ne fut en tout cas jamais poussiéreux.

Frontstage - Outkast

Le dernier pétard des Editors une fois éteint, ce sont d’autres revenants qui entament leur concert au Club. Slowdive, l’un des groupes de la vague shoegaze du début des années 90, pensionnaire du label Creation, n’a manifestement pas cessé de tourner depuis l’annonce de sa reformation, il y a quelques mois. Et pas n’importe où ni pour n’importe quoi : Primavera, Villette Sonique, Pitchfork…

Frontstage - Slowdive

Il ne se passe (toujours) pas grand chose sur scène. Mais l’essentiel n’est pas là… Ici non plus, les années ne semblent pas avoir eu de prise. Les voix de Neil Halstead et Rachel Goswell sont mixées assez en arrière, mais elles tissent constamment d’envoûtants motifs sur ces murs de guitares à l’étrange profondeur. Deux et parfois même trois guitares, quand elle empoigne la sienne. S’il y a de la mélancolie dans toutes ces mélodies qu’on qualifierait aujourd’hui de dreampop, elles dégagent aussi quelque chose de puissant, de saisissant, comme par exemple pendant le long passage instrumental d’« Avalyn ». Dommage : un vilain larsen vient lacérer le sublime « Catch the breeze » ! Minuit quarante-cinq, les Anglais achèvent sur une cover de Syd Barrett, un merci presque discret et… une photo du public. Aux anges !

Didier Stiers
(Photos : Mathieu Golinvaux)

Setlist Slowdive : Slowdive – Avalyn – Catch the breeze – Crazy for you – Machine gun – Souvlaki space station – When the sun hits – Alison – Golden hair

 

 

Didier Stiers

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