William Onyeabor, moitié mythe, moitié mystère

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Le Pukkelpop a célébré jeudi soir le plus étrange des musiciens africains. Le parcours de William Onyeabor, c’est son nom, ressemble un petit peu à celui de Sixto « Sugar Man » Rodriguez. Quelques musiques fulgurantes imaginées il y a des décennies et qui ont traversé les âges. Du moins dans les oreilles des connaisseurs. Puis l’auteur disparaît de la circulation, sans laisser de traces autres que quelques disques. Avant d’être retrouvé par une poignée d’acharnés, déterminés à lui rendre justice.

Le Nigérian, dont la biographie est encore pleine de trous, serait une sorte de Giorgio Moroder avant la lettre. Auteur de huit ou neuf albums restés longtemps introuvables. Et qui a un beau jour tourné le dos à la musique pour virer complètement mystique au point de passer ses journées devant les télévangélistes. L’an dernier pourtant, le label Luaka Bop de David Byrne, l’un des acharnés évoqués ci-dessus, sort une compilation de ces musiques alors d’avant-garde sous le titre Who Is William Onyeabor ? C’est l’étincelle : un court documentaire biographique a depuis été réalisé. Et aujourd’hui, Atomic bomb : The music of William Onyeabor tourne sur les scènes européennes et américaines. Sans le principal intéressé bien sûr, toujours retiré sur ses terres.

Suivant les concerts, le groupe qui porte ces chansons issues d’une Afrique que l’on connaissait peut-être moins bien et y ajoute sa petite touche perso fait varier son personnel. Money Mark (Beastie Boys), Damon Albarn et David Byrne lui-même rejoignent au gré des dates une troupe où l’on retrouve Alexis Taylor (Hot Chip), Pat Mahoney (LCD Soundsystem) et Luke Jenner (Raptures), troupe assemblée sous la houlette de Ahmed Gallab, la tête pensante de Sinkane. Au Pukkelpop, jeudi soir, on a ainsi vu Marie Daulne de Zap Mama venir jouer des percussions et surtout, chanter « Fantastic man ».

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Né en Angleterre, d’origine soudanaise et installé aux Etats-Unis depuis ses 5 ans, Ahmed Gallab a déjà été vu aux côtés de Caribou, Of Montreal ou encore, Yeasayer. « L’une des raisons pour lesquelles William Onyeabor m’inspire tellement, m’explique-t-il quelques heures avant de monter sur scène avec sa quinzaine de musiciens et de chanteurs, c’est qu’il a réussi à transcender cette idée de musique africaine en quelque chose qui n’appartient qu’à lui. »

A l’heure où Atomic Bomb débute sous la toile du Marquee, peu de monde semble déjà avoir été attiré par cette étonnante résurrection. Si certains synthés sonnent parfois un peu kitsch, les « Love is blind » et autres « Heaven and hell » restent dansants, bien sûr, mais dégagent aussi un petit quelque chose d’actuel. Paradoxe ? « Si on y réfléchit, reprend Ahmed, il a enregistré toute cette musique lui-même dans son propre studio, plus ou moins chez lui. C’est ce que beaucoup d’artistes ont commencé à faire… seulement récemment. La technologie nous a permis d’aller au magasin, d’acheter tout l’équipement nécessaire à la conception d’un disque à la maison. C’est très récent. Mais lui faisait ça en 1977 ! Quand on l’écoute attentivement, la manière dont il concevait ses boucles de batterie, ou d’autres éléments pour construire une chanson, est très similaire à la manière dont travaillent les gens dans la dance depuis quelques années. Les idées qu’il avait étaient révolutionnaires à l’époque. Imaginez quelqu’un dans une petite ville rurale d’Afrique accomplir un travail aussi révolutionnaire. Aujourd’hui, les gens essayent toujours de composer comme lui l’a fait, et ils n’arrivent même pas à être aussi intéressants. Quand on l’écoute, ça a l’air si « normal », alors qu’en réalité, ça précède tellement tout ce qui se fait dans le genre aujourd’hui. C’est fascinant ! »

Mean love, le quatrième album de Sinkane, sort ce 1er septembre sur DFA aux États-Unis et City Slang ailleurs. Ahmed Gallab voit – évidemment – un lien clair entre sa musique et celle d’Onyeabor. Et plus encore : « Quand je l’ai entendue pour la première fois il y a plusieurs années, je me suis dit que j’avais enfin trouvé quelqu’un à qui m’identifier. Un musicien qui jouait une musique clairement africaine, mais il en a fait quelque chose d’universel. Il a utilisé des éléments de tellement d’autres musiques, tout en conservant son identité africaine, et tout en s’adressant à chacun ! C’est quelque chose que j’ai toujours eu envie de faire, en tant qu’Africain, et en tant que citoyen du monde. Il m’a donc beaucoup influencé. Et plus je me retrouve impliqué dans sa musique, plus il m’inspire. »

Didier Stiers
(Photos : Mathieu Golinvaux)

Sinkane en concert : le 6 septembre à Deep In The Woods (sold out) et le 13 septembre à Gand (Big Next Festival).

Didier Stiers

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