Psychic TV, émetteur co(s)mique

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Pas de doute là-dessus, et Thurston Moore pense pareil : Psychic TV au Beurs, c’était bien. Disons-le même carrément : bien mieux que ce qu’on pouvait éventuellement imaginer au vu du parcours artistique et personnel du bonhomme. Ou de la dame. Enfin, de Genesis P. Orridge, quoi…

Que vient faire l’ex-Sonic Youth dans cette histoire ? Simple : Thurston était ce mercredi à Bruxelles pour parler de son nouvel album (Best day, à paraître le 20 octobre sur Matador). Arrivé mardi soir, il avait le choix, histoire de s’acclimater tranquillement, entre un tof resto et le concert de Psychic TV. Son choix a été vite fait, et tant pis pour la cuisine du terroir !

« Je m’attendais à quelque chose de plus bizarre, avoue-t-il, une gueuze à portée de main et de gosier. Quand ils ont commencé cette espèce de jam psychédélique, là, je me suis dit : « Waow, c’est super, qu’est-ce qui se passe, c’est tout bon ! » Après, ils sont partis sur le riff d’« Interstellar Overdrive » (NDLR : Pink Floyd, 1966), avec leur texte, et là, je me suis demandé pourquoi il faisait ça. Certains morceaux relèvent clairement du rock psychédélique, d’autres sont plus… glam pop comme Genesis sait parfois en faire. »

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Bon groupe ? Thurston Moore acquiesce. Excellent batteur, la bassiste complètement rock, la jeune claviériste totalement badass : rien à redire. « Le guitariste, avec cette façon de venir tout déchirer par moments, me rappelle quelqu’un comme J. Mascis. » Et Neil Andrew Megson, alias Genesis P. Orridge et beaucoup d’autres choses encore ? « Il s’est clairement bien amusé, avec ses samples bizarres et ses blagues à l’attention du public. Il a un certain sens de l’humour et n’est pas tout à fait précieux par rapport à ce qu’il fait. J’aime ça aussi. »

Vous pouvez chercher, gratter, jouer les paléontologues de l’histoire de la musique : des mecs comme Genesis P. Orridge, avec un cv touffu comme l’Amazonie avant que la civilisation ne s’en mêle, une discographie propre à faire exploser le chiffre d’affaire de Curver et une histoire personnelle qui aurait pu inspirer Philip K. Dick himself ou annoncer le Dr. Adder de K.W. Jeter, vous n’en trouverez pas sous le premier caillou venu. Pionnier de l’indus avec Throbbing Gristle dans les années 70, on le retrouve aujourd’hui au sein de Psychic TV, formé au début des années 80, dans la foulée du split de TG.

Pour être tout à fait précis : Psychic TV s’appelle aujourd’hui PTV3 puisque troisième line-up déjà. Étiqueté « post punk », le groupe d’Orridge est là dans un trip totalement psychédélique. Cette musique jamais bruyante mais pénétrante est à la fois étrange et familière. Familière parce qu’on y décèle des accents voire plus des Doors, Pink Floyd, Hawkwind, Velvet (dans « Suspicious » notamment) et autres Rolling Stones époque « Paint it black ». Étrange, parce que dans ces longues envolées cosmiques ou à côté de cette batterie parfois bien tribale vient se glisser un peu d’électronique complètement barrée.

Étrange ? Également parce qu’en front de scène, il y a ce qu’est devenu aujourd’hui Neil Andrew Megson, qui a fréquenté William S. Burroughs comme Timothy Leary. Fasciné par la pandrogynie (en gros, le troisième genre, « neutre »), il a entrepris avec Lady Jaye Breyer P-Orridge, sa compagne aujourd’hui décédée, une série d’opérations de chirurgie esthétique destinées à rendre leurs corps et leurs traits semblables. Ou effacer le genre, si vous préférez…

Dos à ses projections à base de fractales et où l’on reconnaît aussi la défunte, Orridge, 64 ans maintenant, lampe frontale serrée dans ses tifs peroxydés, balance quelques plaisanteries salaces qui auraient choqué voici deux ou trois décennies. Oui, il a entrepris une fellation sur la personne de Chris Carter et a été passablement étonné par ce qu’il a vu. En même temps, lui qui rend hommage à notre mère le ciel (« Mother sky ») défend l’humour comme seule bouée de sauvetage dans notre océan de folie. D’où le pseudo, déjà…

En novembre, PTV3 reviendra avec un énième album, intitulé Snakes celui-là, et pas mal prometteur dans la mesure où, au Beurs, on en a notamment déjà entendu le touchant (même si plus rythmé) « Never enough ». « Je n’avais jamais vu Psychic TV ou Throbbing Gristle, reprend Thurston Moore. Je connais un peu Genesis pour avoir participé avec lui à des lectures ou via des amis communs. Il est adorable, mais je ne l’avais jamais vu en concert sur scène, avec un groupe. Et il est bon, il chante bien en plus, j’aime bien sa voix. Finalement, je ne suis pas sorti de là transporté, mais j’aurais été déçu si je n’avais pas pu aller à ce concert. » Nous sommes bien d’accord !
 
Didier Stiers

 

 

Didier Stiers

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