Pourquoi Swans est le meilleur groupe live du monde

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C’était jeudi à l’AB. On s’imaginait bien que ça n’allait pas être juste un autre concert. Nah, Swans, ça allait forcément être autre chose, tout autre chose… Et ça n’a pas manqué.

On imagine la tête de Michael Gira quand on lui a annoncé que le couvre-feu à l’AB prenait acte à 22h30. « – Plaît-il ? »
« – Ah, et si vous pouviez éviter de dépasser les 100 dB aussi… »
« – … »
« – Vous comprenez, nous avons une politique responsable envers notre public, sa santé, son bien-être… »
« – Dans ces conditions, nous monterons sur scène à 20h15. »
« – … Très bien. D’accord. Et… Concernant le volume sonore ?… »
« – Fuck off. »

> Le vécu

Autre chose, on vous dit. A 20h08, Thor, comme son nom l’indique, monte sur scène et s’occupe d’installer l’atmosphère à coups de gong chinois… De longues vagues répétitives, à la fois apaisantes et effrayantes. Au fur et à mesure, ses compères viennent lui prêter main forte, ajoutent des couches… cymbales, percus, synthé… Les vagues prennent de l’ampleur. S’élèvent de plus en plus. Le volume est à cet instant déjà tellement élevé qu’on ressent physiquement chaque vague monter en nous. L’intro durera quinze-vingt minutes, après quoi, Gira, le fidèle guitariste Norman Westberg et le bassiste Christopher Pravdica élèveront encore la chose à un autre niveau. De son. D’intensité. D’âme. De vécu.

> L’intensité

Le public n’est alors déjà plus spectateur, mais vit la musique de la même manière que les musiciens sur scène. C’est elle qui les porte, qui nous porte. Les vagues, les riffs continueront tant que le niveau d’intensité voulu par le chef n’est pas atteint. De plus en plus amples, de plus en plus tendus. Jusqu’à tout engloutir. C’est alors que le chef est porté. Transporté. Et qu’il nous transporte à son tour. Dès lors, une fois que il est parti, qu’il s’est perdu dans cette mer de bruit blanc post-industriel, une fois qu’il est totalement possédé… Le déluge. Ressenti. Physiquement. Dans l’instant. Le dérèglement des sens.

> La purge

Deux heures quinze minutes de concert. Cinq titres joués. Zéro seconde d’ennui. Une intensité qui ne retombe qu’entre les titres, le temps de relâcher un peu la pression pour mieux repartir, toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort. C’est monstrueux. Esprit et corps ne font plus qu’un et le tout est destiné à être détruit pour mieux renaître. C’est merveilleux. On est à la fois vieillard et nouveau-né. On passe par toutes les tensions, toutes les peurs, toutes les douleurs, comme si chaque riff, chaque coup de caisse claire nous arrachait une dent ou nous donnait un coup de boule en travers du museau. Le visage en sang, la pose et les stigmates du Christ. Deux heures quinze de cri primal comme pour mieux retrouver la parole. Et on termine lessivé. Battu mais nettoyé. Purgé de tous nos maux, de toutes nos peines, de tous nos péchés. Enfin, à nouveau né!

Voilà pourquoi Swans est le meilleur groupe live du monde.

DIDIER ZACHARIE

> Swans et le dérèglement des sens

Journaliste lesoir.be

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6 commentaires

  1. Wanson

    28 septembre 2014 à 15 h 11 min

    Un type qui se moque des problèmes auditifs de son public n’est qu’un imbécile irresponsable. Mais il n’est peut-être apprécié en concert que par des inconscients.

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