Quand Bozar devient dancefloor…

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Ce week-end avait lieu la troisième édition du Bozar Electronic Arts Festival.

Trois ans déjà que le BEAF mêle musique, performances artistiques, installations et conférences dans le cadre prestigieux du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Au programme cette année : Ben Frost, Nils Frahm, Kiasmos, Robert Henke, Fuck Buttons, … et des installations intrigantes de Felix Luque Sánchez, Quayola et Luc Deleu.

VENDREDI

Kiasmos, cest le duo formé par Janus Rasmussen et Ólafur Arnalds. Le premier y apporte le côté électro-pop et le second l’amplitude de compositions plus acoustiques. Le début de la collaboration entre les deux gars du nord remonte à 2007. Mais à cause d’agendas de part et d’autre chargés, ce n’est réellement que cette année qu’elle a éclos. « À cause d’autres projets en cours, nous n’avions jusqu’ici pas encore pu consacrer beaucoup de temps à Kiasmos confie à ce propos Janus Rasmussen. Mais cette année, nous avons décidé de faire un album complet*. Le résultat nous a surpris un peu, il est plus profond et plus émotionnel que ce que nous imaginions. » Voilà pour les présentations.

C’est à eux qu’est revenue la tâche d’ouvrir le festival, vendredi sur le coup de 20h. Au départ, l’expérience est assez troublante : normalement, l’électro, c’est (aussi) fait pour danser… et en fait non. C’est dans une salle Henri Leboeuf calme, disciplinée et très à l’écoute que la musique aérienne et mélancolique de Kiasmos s’est installée. Un peu comme si on assistait à une pièce de théâtre, les mouvements de tête en plus. Mais c’est peut-être une des forces du Bozar Electronic Arts Festival : prouver que l’électro n’est pas juste une musique qu’on écoute en fin de soirée ou sur des terrains vagues mais bien quelque chose qu’ on peut savourer et qu’elle a toute sa place dans une vraie salle de concert.

Bon, évidemment, c’est sans doute un peu frustrant pour les DJ’s qui se démènent sur scène. Rasmussen arrive d’ailleurs (enfin) à faire lever la foule en toute fin de concert. Pourtant le public est très enthousiaste, ce qui rend le contraste encore plus étrange, mais pas pour autant désagréable…

La configuration étonne moins quand vient l’heure de Nils Frahm : consoles et claviers, dont un nouveau qu’il a hâte de tester, prennent place sur scène. Pianiste virtuose à la base, la musique de Nils Frahm se situe quelque part entre classique, minimale et pop moderne.

Sur scène, c’est une espèce d’improvisation organisée : le Berlinois ne fait jamais le même concert, mais construit son set en fonction de la salle et du public : « Le lieu donne une bonne partie de la tonalité d’un concert expliquait-il à Libé. Mais j’aime aussi jouer avec les accidents. Il y a beaucoup de pianistes qui détestent quand le public bouge un cil ou fait du bruit… Moi, ça me nourrit

Décontracté (jusqu’à avoir une chaussure en moins) et blagueur, Nils arrive à capter l’attention du public. Le piano prend ici une autre dimension : lancinant et mécanique, il donne à l’électro des sonorités classico-contemporaines …

Surprise du chef : un petit duo avec Ólafur Arnalds autour d’une bière. Le cadre de la salle Henri Leboeuf rendant tout cela encore plus surréaliste et grandiose. Comme quoi, il y a des plaisirs simples parfois…

Olafur Arnalds et Nils Frahm

Olafur Arnalds et Nils Frahm

Grandiose, ce n’est pas tout à fait ce qui qualifierait le Terarken, salle dédiée à une partie des concerts, dont celui de Ben Frost. File pour rentrer, populace serrée, chaleur étouffante et quasi pas de champ de vision : les conditions n’étaient pas remplies pour pouvoir apprécier l’Australien d’Islande Ben Frost et son tout bon Aurora à leurs juste valeur. Ajoutez à cela des footballistes supporters du FC Bruges plutôt venus là pour causer très fort, franchement, c’était pas gagné. On repassera.

GAËLLE MOURY

SAMEDI

Le regard morne et la démarche fatiguée, on reprend le même chemin le lendemain. La bière est chère et interdite en salle, mais le cadre est grandiose et l’écoute attentive. C’est beau. Prenant. Max Cooper, nouveau chouchou de la scène électro britannique, semble en tout cas mettre tout le monde d’accord. L’expérience est audio et visuelle. Des vidéos à figures géométriques et urbaines particulièrement bien foutues se superposent à un son d’abord calme et éthéré avant que Cooper ne lâche les basses en fin de concert… Et voilà la salle Henri Leboeuf qui se lève comme un seul homme!

Enfin, pour clore les festivités du week-end, Fuck Buttons. Rien de tel pour se décrasser les tympans. Gros beats et couches sonores qui s’ajoutent et s’ajoutent, on a l’habitude de voir le duo anglais faire le boulot aux petites heures durant les festivals de façon toujours efficace bien que manquant parfois de subtilité. Mais là, dans ce cadre classique et classieux, c’est une sacrée claque. Du gros son qui frappe au bon endroit, ressenti comme des uppercuts tandis que les couches de son saturé creusent un trou dans la tête. Le tout dans un décor quatre étoiles qui a tourné en dancefloor de la nuit. Voilà, c’est beau une salle de théâtre qui prend vie. C’est plaisir! En espérant que l’expérience continue.

DIDIER ZACHARIE

Prochain rendez-vous de l’électro à Bozar le 10 novembre prochain pour la Bozar Night.

Lire aussi > Comment l’électro est passée des raves illégales au musée des Beaux-Arts >> La genèse du mouvement électronique à lire en édition abonnés

* Premier album à paraître le 27 octobre, extrait déjà dispo ici.

Gaëlle Moury

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