Le futur dans le rétro(viseur)

Frontstage - Aksak Maboul - 1

Véronique Vincent et Marc Hollander ont bouclé le troisième album d’Aksak Maboul. Un disque mis en chantier il y a… 30 ans !

 

Elle était la voix féminine des Honeymoon Killers, alias Les Tueurs de la Lune de Miel, et a eu droit à un portrait signé Anton Corbijn en « une » du New Musical Express. Lui a lancé Crammed Discs, le label qui, 325 albums plus tard, explore toujours les marges de la pop, du rock, de l’électro et des musiques du monde. Véronique Vincent et Marc Hollander, c’était aussi Aksak Maboul, aujourd’hui ressuscité à partir d’une poignée de morceaux restés dans leurs tiroirs depuis 1983.

 

Certains morceaux ont-ils été « refaits », ou n’est-ce que du travail sur les enregistrements de l’époque ?

Marc Hollander : Il s’agit exclusivement des enregistrements réalisés en 82/83, dont aucun n’était toutefois véritablement mixé. Nous avons donc mixé 4 titres, en respectant les sons et les concepts originaux. D’autres chansons n’existaient plus qu’à l’état de mises à plat, que nous avons dû récupérer sur des cassettes ! Plusieurs morceaux ont été bricolés par montage, à partir de bouts de mixes prélevés sur des cassettes et un bootleg japonais sur lequel figuraient des concerts des Tueurs de La Lune de Miel !

Qu’est-ce qui est totalement neuf, alors ?

MH : A part les mixes et tout le travail de montage et de mastering, le seul nouvel élément datant vraiment de 2014 est l’ajout de voix parlées au milieu du dernier titre, « The aboriginal variations », dans lequel Véronique égrène des extraits des tous les autres textes de l’album. Nous avons également demandé au duo norvégien Easy & C.O.U. de recréer une partie de la rythmique perdue d’un morceau, avec des sons de boîtes à rythmes vintage.

Au fil des ans, avez-vous entendu des artistes inspirés par votre travail ?

Véronique Vincent : Les Tueurs de la Lune de Miel/The Honeymoon Killers ont connu un joli succès à travers l’Europe, et ont dû influencer un certain nombre d’artistes… Aksak Maboul reste toujours une référence aujourd’hui, à en juger par les mentions quotidiennes sur Twitter. Mais notre travail sur ce disque, qui est assez différent de ce que nous faisions avec ces deux groupes, n’a pu influencer personne… vu qu’il n’est jamais paru !

Artistiquement parlant, qu’auriez-vous aimé retrouver aujourd’hui de cette période, 80/83 donc, mais qui n’existe plus ?

VV : Rien. Chaque époque a ses qualités et défauts qui s’entrecroisent. Des défauts qui deviennent des qualités et vice-versa, des sons qui vieillissent. J’espère que ces morceaux n’ont pas pris de ride. On les a créés avec cette ambition, et j’espère que nous ne nous sommes pas trop trompés. Nous ne sommes d’ailleurs pas plus attachés à cette époque qu’à une autre, il se trouve simplement que le projet s’est fait à ce moment-là. Les années 80 avaient quelque chose de joyeux, parfois d’un peu disgracieux, il flottait une légèreté qui pouvait flirter avec les frontières de la niaiserie. On sortait du punk, se pointaient le rap et les débuts de l’électro, c’était une époque charnière sans révolution flagrante.

MH : Avec le temps, les perspectives s’écrasent. On finit par penser aux années 60, 70, 80, 90 comme à des blocs monolithiques, avec un seul son, un style, une couleur, une coupe de cheveux… En réalité, les choses les plus diverses coexistent toujours au sein de chaque période.

Frontstage - NME

La musique électronique est-elle encore assez inventive aujourd’hui ?

MH : Personnellement, j’y entends moins de choses nouvelles et excitantes que dans les années 90 et 2000. La succession des cycles de rétromanie s’accélère, et la musique électronique se repaît déjà trop souvent de sa jeune histoire…

 

La manie du rétro existe au moins depuis les 80′s (je pense à tous les groupes qui faisaient du neo-sixties, du neo-Motown, etc), sinon même depuis les 60′s (où on trouvait déjà du rétro 50′s). Et pas seulement dans la musique, d’ailleurs. Il est remarquable de constater que peu de styles radicalement neufs ont vu le jour depuis deux, trois décennies. Et les dernières innovations radicales sont peut-être nées dans le sillage d’inventions technologiques : boîtes à rythmes, instruments électroniques, logiciels de programmation… Ce qui caractérise peut-être la phase actuelle de rétromanie, c’est l’accès quasi-instantané à toute l’histoire de la musique enregistrée via le Net, qui semble quelque peu tétaniser de nombreux artistes (si j’ai bien compris le propos de Simon Reynolds) : trop de revival littéral, minutieux, sans distance, sans vraie relecture personnelle. Mais il y a toujours des musiciens suffisamment imaginatifs pour piocher des idées dans l’histoire (et dans la géographie aussi, d’ailleurs, dans d’autres traditions musicales) pour les recombiner et en faire quelque chose d’original. (Marc Hollander)

 

 
Didier Stiers

 

Didier Stiers

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