Détroit, dans l’intensité et le lâcher prise

Frontstage - Détroit - 3

Après l’AB en mai et Dour en juillet, retour à… l’AB pour Détroit. Toujours accueilli par la même ferveur, mardi tout comme mercredi, le groupe emmené par Bertrand Cantat et Pascal Humbert a fusionné l’électricité et la détente.

La tournée s’achèvera en décembre. Une tournée essentiellement française, qui passera encore par l’Olympia où le groupe sera rejoint par Catherine Graindorge. La violoniste, absente hier et avant-hier, l’accompagnera aussi sur scène lors d’une dernière escale belge, ce 17 octobre.

Mardi

Bien sûr, l’effet produit par le « retour » qu’attendaient les fans les plus accros, c’est en mai dernier qu’il a été évidemment très palpable. N’empêche : l’accueil que l’AB réserve à Détroit est particulièrement chaud. Et puis le silence se fait d’emblée quand tombent les premières notes de « Ma muse ». Suit « Horizon » : même écoute attentive, Cantat souligne d’un geste l’un ou l’autre passage de ce texte évoquant la prison.

Les mois passés sur les routes ont fait leur œuvre. Le groupe ose/a appris/accepte (biffez la mention inutile) une certaine forme de relâchement. La setlist a beau être identique ou presque à celle de mai (« Ernestine » y remplace « Des visages des figures »), l’esprit semble un peu plus rock. « Lazy », entamé sans temps mort après « Dans le creux de ta main », prend des accents de communion sauvage quand Pascal Humbert vient inciter le public à donner de la voix.. Encore un peu plus… Après « Ange de désolation », titre délicat s’il en est, Cantat serre la main de son bassiste et tout le monde comprend la signification d’un tel geste.

Autre changement, notoire celui-là : « Un jour en France », précédé d’un commentaire de l’ordre de ceux dont l’ancien Noir Désir fut dans le temps coutumier. « Ici en terre belge, je peux m’exprimer librement. Non, ce n’est pas un nouveau morceau, c’est le signe de ce qui se passe inexorablement dans mon beau pays, la France ! »

Frontstage - Détroit - 2

Mercredi

La setlist est identique à celle de la veille. Alors, on s’attarde sur les mille et un petits détails qui finissent par sauter aux yeux et aux oreilles. « A ton étoile » et (surtout) « Le fleuve », incendiaire, apparaissent comme les deux titres les plus intenses du concert. Ou quand Bertrand Cantat s’en va plaisanter avec Bruno Green pendant « Le vent nous portera » (toujours dans cette version plus enlevée et plus folk), on se dit que c’est peut-être aussi une manière de désacraliser une chanson devenue emblématique avec le temps, et que c’est tant mieux.

Le passage acoustique qui ouvre le premier rappel (« Droit dans le soleil » joué à deux et « Glimmer in your eyes » avec le reste du groupe) est aussi une belle respiration. « Tostaky », toujours agrémenté de ce pont discoïde, est cette fois suivi d’une impro instrumentale aussi surprenante que savoureuse (mais raccourcie, en ce deuxième soir).

Frontstage - Détroit - 1

Détroit est un vrai groupe, se dit-on également. Ce n’est pas « Bertrand Cantat et ses musiciens », c’est un bloc, soudé sur la rythmique que signe Pascal Humbert, à la fois délicate et impressionnante comme le monolithe noir de 2001. Et qui, sortant des propos plus intimes, reprend Noir Désir, à sa manière. Un vrai groupe : c’est peut-être ce que devraient admettre les quelques-un(e)s qui hurlent encore « Bertraaaaaand » entre chacun des morceaux. Détroit sur scène, ce n’est pas la messe, quand même ! Mais c’est un tout bon concert de rock qui fait du bien aux tripes comme à la tête. Que dis-je, un tout bon concert :  deux !

 

Setlist. Ma muse – Horizon – Ernestine – A ton étoile – Le creux de ta main – Lazy – Le fleuve – Lolita nie en bloc – Ange de désolation – Null and void. Rappels 1 : Droit dans le soleil – Glimmer in your eyes – Sa majesté – Un jour en France – Fin de siècle – Tostaky. Rappels 2 : Le vent nous portera – Comme elle vient.

 

 

Didier Stiers

Détroit en concert le 17 octobre dans le cadre du Festival des Libertés.

 

 

 

Didier Stiers

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6 commentaires

  1. anneW

    10 octobre 2014 à 8 h 44 min

    C’est exactement CA. Vous avez résumé ce concert tel que je l’ai vécu. Merci.

  2. Vincent D

    10 octobre 2014 à 10 h 02 min

    Très bel article. j’ai ressenti les mêmes émotions mardi soir. J’ai entendu certains commentaires disant que Bertrand Cantat se la pétait et était arrogant. Au début de leur concert, il était tout en retenue. Mais quand il a senti le public, il s’est lâché de plus en plus. La fin était, pour mi, assez époustouflante. Longue vie à Détroit!

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