Il y a une vie après Sonic Youth

thurston

Thurston Moore écrit un nouveau chapitre de son histoire personnelle, en groupe et avec un premier album, «The best day», qui comptera parmi les meilleurs de l’année

Pas sûr qu’il existe quelqu’un de plus affable et de plus bavard dans ce métier que l’ex-Sonic Youth. Attention: «bavard» dans le bon sens du terme, c’est-à-dire qui aime étoffer ses réponses de commentaires, voire de souvenirs personnels.

Bref, un «bon client», doté qui plus est d’un CV assez irréprochable. Et qui nous a consolé de la fin de son groupe emblématique pas plus tard que cet été au Pukkelpop, le temps d’un concert cinq étoiles, aussi court que dense, livré en compagnie d’un trio qui ne manque pas de gueule. Jugez plutôt: on y retrouve son vieil ami Steve Shelley (Sonic Youth) à la batterie, Debbie Googe (My Bloody Valentine) à la basse et James Sedwards à la guitare.

La veille de notre interview, Thurston Moore a fait l’impasse sur un bon resto, préférant rejoindre le dernier étage du Beursschouwburg où se produisait l’inénarrable Genesis P. Orridge et son groupe, Psychic TV. Il connaissait le bonhomme pour l’avoir croisé quelques fois à New York mais n’avait jamais eu l’occasion de le voir sur scène.

Pas de regrets quant à sa soirée… Mais bien quelques-uns quand il évoque ce que sont devenus la plupart des concerts aujourd’hui. «Je ne sens plus ce… danger. Ce qu’on éprouvait quand on allait par exemple voir The Birthday Party ou Black Flag. Peut-être est-ce dû à mon âge? Mais on avait vraiment le sentiment qu’il pouvait alors se produire des choses totalement inattendues. Je ne vois plus ça, maintenant. Je vois juste des types qui pensent faire des trucs dingues en enlevant leur t-shirt et en sautant dans le public! C’est un jeu, ça? Vous avez autre chose à me montrer? Je ne sais pas trop ce qu’il y a à ressentir là-dedans. Où est ce truc un peu sur le fil, qui pourrait soudainement basculer?»

Thurston Moore, 56 ans et une éternelle tête de gamin, n’est pas devenu ronchon, loin de là. Tenez, la preuve: il embraye sur… Lana Del Rey! «Je l’ai vue une première fois il y a deux ans. J’ai compris son truc et j’ai trouvé ça assez intéressant. Et puis, je l’ai revue dans un festival en France, Rock en Seine, où elle était tête d’affiche. La toute grosse date, genre six millions de personnes, précise-t-il en souriant. Elle avait toujours ces deux ou trois petites choses intéressantes qui suscitent comme un léger malaise. Cette chanson, là, Ultraviolence qui évoque une perspective de relation, la cigarette qu’elle s’allume ensuite… Je vois ça comme une manière un peu sophistiquée de présenter la psyché d’une jeune femme. C’est assez intéressant. Mais au bout du compte, et surtout en festival, on se dit qu’on a quand même envie de voir des artistes qui dégagent naturellement quelque chose de plus dangereux, qui ne soit pas mis en scène. Ils avaient ça, les types de Birthday Party! C’était naturel, chez Nick Cave. Et Rowland Howard était tellement à l’ouest, on n’était même pas sûr de savoir d’où il venait! Et ils n’étaient certainement pas comme ça pour faire plaisir au public!»

Dialogue avec le public

L’Américain en est aussi arrivé à un stade où l’on réfléchit à ce qu’on est devenu. A ce qu’on est. «Suis-je un type de 56 ans sur scène? Qui joue des morceaux et écrit les mêmes chansons depuis 30 ans?»

A propos de passion et d’états d’âme: est-ce aussi excitant de faire de la musique aujourd’hui que ça a pu l’être pour lui par le passé? «Ce n’est en tout cas pas la même excitation. Ce qui m’intéresse, c’est de voir quel genre de dialogue peut exister avec le public. J’imagine qu’on y trouve une majorité de gens qui n’étaient même pas nés quand Sonic Youth a débuté. Je me demande quelle expérience cela représente pour eux. Quant à moi, ça ne m’excite que si je suis en confiance et que je crois à ce que je présente.»

Etonnant commentaire de la part d’un Thurston Moore qui n’a pas fait de faute de goût depuis ses débuts «en solo»! «C’est grâce au groupe avec lequel je joue aujourd’hui, à ce nouvel album et à nos premiers concerts de cet été que l’anxiété que j’avais a disparu.»

De l’anxiété, à 56 ans? «Dans le public, je sais qu’il y a aussi de très grands fans de Sonic Youth et qui pourraient se dire: Ah ouais, il fait ça, maintenant, bof… Et d’autres moins fans mais qui écoutent ce qu’on raconte sur moi. Genre: «Ce type, c’est peut-être un trou du c…», tu vois?» Oui. Mais non!

Didier Stiers

En concert le 14 novembre à l’Arenberg (Anvers) dans le cadre du festival Autumn Falls.

Didier Stiers

commenter par facebook

2 commentaires

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>