Foxygen: du glam, des paillettes, du rêve!

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Foxygen, combo californien tendance psyché-foutraque se produisait lundi au Botanique. Et c’était quelque chose…

On avait laissé Foxygen début 2013 sur un concert au Witloof Bar bon esprit et un premier album psychédélique qui sentait bon San Francisco 1967. On les a retrouvés cet automne avec un troisième (déjà) et double album bordélique, assez radical dans son genre, mais non dénué de charme. Un album (…And Star Power) que le duo venait présenter à huit sur la scène de l’Orangerie. Et dès les premières notes et l’arrivée, euh… disons, en fanfare du chanteur Sam France – c’est-à-dire en courant, sautant, gesticulant et se tortillant dans son veston vintage et son jean extra-slim, le khol aux yeux et sa tignasse blonde voltigeant – Eh bien, disons juste que, voilà, « on ne s’attendait pas à ça ».

ça, n’est-ce pas, ressemblait plus à un sketch qu’autre chose. Un chanteur qui surjoue l’excitation, pile électrique qui se tortille dans tous les sens devant une audience prise à froid; un claviériste/chef d’orchestre en costard col large pas vu depuis Starsky et Hutch; dans le fond, bassistes et guitaristes qui se rapprochent pour faire les choeurs autour du même micro; et, petit extra essentiel à la panoplie, trois danseuses-choristes qui se donnent à fond dans le kitsch et les paillettes.

Foygen Bota 2014 © Poukette

Foxygen Bota 2014 © Poukette

A partir de là, que faire? Que penser? Qu’espérer? Le fait est que la Critique de la raison pure selon Emmanuel Kant ne nous est ici d’aucune utilité. Cela, nous le comprenons sans chercher à le comprendre, mais bien en dodelinant de la tête sans même le vouloir, le sourire s’esquissant au coin des lèvres, le regard et les sens fascinés bien malgré nous par la pièce non orthodoxe qui se joue là. Est-ce de l’Art? Est-ce de l’humour au treizième degré? Est-ce un simple et monstrueux foutage de gueule en mode absolu?

Musicalement (on n’en a pas encore parlé), les chansons sonnent comme des inédits de Ziggy Pop estampillés 1973. Sans chercher à faire original, sans chercher à se démarquer, non, juste du Ziggy Stardust & The Raw Power en bonne et due forme. Et là, tout fait sens…

Le sens, c’est que Foxygen a compris qu’il n’y avait plus rien à tirer de nouveau de ce bon vieux binaire qui nous occupe depuis 60 ans. Tout a été fait, refait, re-refait en version remasterisée, remixée, néo-ci, new-cela, revival revivaliste et autres entreprises de résurrection. Et tout cela en s’imaginant faire du neuf totalement dans l’ère du temps, encore bien! “Attention! Ceci est de l’Art!” Nah… Nah, j’te dis! Foxygen a compris que la seule manière de renouveler un tant soit peu le rock, c’est en le DESACRALISANT, en le CARICATURANT jusqu’à plus soif et en ASSUMANT le fait de caricaturer. Et voilà-t’y-pas, Manu, qu’on retrouve du coup l’essence même du truc! A savoir? Prendre du bon temps, faire danser les filles et se décoincer la raie dorée dans une atmosphère bordélique et bon esprit! Sans réfléchir, sans intellectualiser. Juste… ROCK & ROLL!

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Là, voilà! Voilà! On est téléporté en 1973, on retrouve son innocence perdue et on regarde danser les filles, ces filles qui n’arrêtent pas, chantent, bougent, plaisir des sens et de la vie, du pur plaisir tandis que derrière le chanteur se tord, s’excite, continue le show, foutoir contrôlé, bordel organisé par un groupe qui sans le montrer maîtrise l’affaire de bout en bout! Des paillettes, du glam, du rêve!

Doute, questionnement, remballés! Laisser-aller. Et enfin, atteindre les étoiles!… « On voulait changer le monde, et c’est le monde qui a fini par nous changer », lançait, dépité, Ewan McGregor dans le rôle d’Iggy à la fin de Velvet Goldmine. « Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça? », lui rétorque le journaliste-fan Christian Bale. « J’sais pas, t’as vu la gueule du monde? »… Et puis, la caméra se déplace sur une nana qui met un disque de Bowie/Brian Slade dans le jukebox et soudain, le monde se remplit, à nouveau, d’étoiles brillant dans la nuit noire!… Le miracle a eu lieu! Vivement l’album prog-rock sur les elfes et les trolls!

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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