Starflam, toujours vivant !

Frontstage - Starflam

L’un des groupes emblématiques de la scène hip hop belge remonte sur les planches. Et ce ne sera pas qu’un « one shot » !

Si le premier album de Starflam a vu le jour en 97, les débuts de l’aventure, elle-même entamée à Liège, datent de 92 ou 93 pour la plupart des garçons du groupe. Reste que Kaer, Pavé, Akro, Seg, ALB alias Fred A La Basse et Mig 1 n’étaient plus montés ensemble sur scène depuis 2009. « Nous avons effectué un petit test vite fait le 3 octobre à Dilbeek, dans un festival où je jouais avec mon projet solo, raconte Kaer. J’ai invité les autres à venir essayer les nouveaux morceaux que nous avons écrits. » Test positif ! La suite, ce sera sous peu à l’AB, où ils se produiront (moins Baloji) dans le cadre des festivités organisées à l’occasion des 40 ans de la culture hip hop.

Excités, à l’idée de vous retrouver sous la bannière Starflam ?

Kaer : Cette excitation, nous l’avons déjà bien ressentie comme ça, à Dilbeek. C’était cool de devoir repenser à des automatismes que nous avions un peu mis entre parenthèses parce que nous avons travaillé de notre côté. Ce ne sont pas les automatismes de scène… Mais nous voyons que la machine s’est bien ancrée, c’est ancré en nous, avec toutes ces années que nous avons partagées.

Une vingtaine d’années pour Starflam, une quarantaine pour la culture hip hop : on ne se rend pas toujours bien compte à quel point c’est déjà bien installé, non ?

K. : Nous parlions de ça l’autre jour avec Fourmi (Ndlr : Phil Fourmarier, du chapitre belge de la Zulu Nation). En Belgique, la culture hip hop a 31 ans. Même s’il y avait déjà des pionniers avant, c’est dans les années 90 qu’une structuration plus évidente s’est opérée, qu’il y a eu une plus large rencontre avec le public, que la scène underground s’est plus étendue. Mais en fait, on regarde rarement le compteur ou dans le rétro. C’est plus une culture qui va de l’avant, tout le temps, qui essaie aussi de se remettre à niveau, que ce soit dans les sons, dans l’écriture…

Qu’est-ce que vous y avez trouvé l’un et l’autre dans cette culture ?

Fred : Au départ, j’étais dans le rock et le punk. Je les ai rencontrés à l’époque où on a travaillé sur un morceau avec le H Posse. Et j’ai bifurqué ! J’y ai trouvé un peu la même chose que dans le punk, mais autrement : dans le fond, je crois que c’est une culture accessible, il ne faut pas faire 10 années de solfège avant de pouvoir s’y mettre. Avant, j’étais dans l’autoproduction, et avec Starflam, nous avons signé dans des maisons de disques. Mais il n’y a pas de grosse différence entre le fait de dealer avec des centres culturels et de dealer avec des maisons de disques… Sinon, c’est ça, quoi, une accessibilité, une immédiateté. Même sans être musicien, j’ai toujours été dans le milieu de la musique. Je collais des affiches, puis je suis devenu bassiste… Pour moi, ça fait partie d’un truc qui se passe…

K. : J’y ai trouvé de quoi mettre en pratique certaines envies ou certaines capacités artistiques. Je faisais un peu de dessin, j’avais l’habitude d’aller dans les bibliothèques feuilleter des bouquins et puis j’ai vu un film qui m’a lancé dans cette mouvance du graffiti. Recopier ce que j’avais vu dans des livres, c’était plus marrant que ce que je faisais avant. Après, le faire dans la rue, voir que d’autres font pareil, qu’ils ont plus ou moins le même âge, qu’on se connecte, qu’on échange nos techniques, c’est quelque chose de très spécial. On a vraiment l’impression de faire partie d’un truc et chaque jour, d’aider à son développement. Et d’un autre côté, c’est aussi l’occasion de mettre en application dans des textes certains acquis ou certaines envies. Et à l’époque, la façon d’écrire dans le rap te poussait aussi à te dépasser dans la recherche du vocabulaire, dans les thèmes abordés… Elle reflétait une énorme curiosité pour le monde, en fait.

F. : Musicalement aussi ! Avec les samples, au fur et à mesure, tu finis vraiment par t’y connaître, qu’il s’agisse du jazz, de funk, de soul, de salsa avec Miguel…

K. : Avant, ma culture, c’était la radio. J’écoutais un peu de tout. Mon père est un musicien classique… Du coup, quand arrive l’adolescence, le rap, ça tombe à pic ! D’autres musiques aussi, bien sûr. Le rock’n'roll… Le découvrir, voir plein de choses, quand Public Enemy fait des morceaux avec un groupe de thrash (Ndlr : « Bring the noise », avec Anthrax)… C’est marrant parce qu’à l’époque, j’étais là avec mon truc rap, et mes potes portaient des blousons avec des logos Metallica, Sepultura, des gros patches. Puis tu vois que les trucs se rencontrent, et qu’il y a cette passion autour de la musique.

Starflam, c’est devenu un nom bien établi. Y compris en Flandre. Étonnant, ça ?

K. : Nous avons une grande histoire avec la Flandre. Le succès « commercial » vient aussi du fait que nous jouions partout, d’avoir cette possibilité. Et c’est le public qui nous a portés. Alors effectivement, c’est très flatteur, et c’est un grand plaisir de s’inscrire dans ces 40 ans du hip hop fêtés à l’AB, ça représente aussi ce fait qu’on a fait.

F. : Je me souviens du press day pour notre premier album… J’étais vraiment étonné de voir des gens du Morgen, du Standaard…

K. : A la limite, nous avions presque plus de presse flamande que francophone. Et puis, quand nous avons commencé à tourner, c’était aussi dû aux structures : il y avait alors plus de salles en Flandre. Même dans les « villages », les conditions techniques étaient parfaites et c’était rempli !

Votre parcours montre aussi que vous n’avez pas eu peur de prendre des risques. Flirter avec la pop dans un single, par exemple…

K. : Il faut se mouiller, quoi ! C’est une musique qui n’a pas peur de prendre des risques et c’est aussi l’occasion pour nous de risquer des choses un peu différentes, proposer des collaborations avec des gens qui ne sont pas nécessairement issus du hip hop. Comme ça a été le cas avec Arno (Ndlr : « L’amour Suze »). Nous essayons toujours d’innover un peu. Je pense que c’est propre au hip hop. Mais sur chaque scène, il y a des gens qui sont très critiques, puis qui changent d’avis au fil du temps.

Que peut-on savoir de ces nouveaux morceaux qu’on entendra à l’AB ?

K. : Ils sont nés aussi parce que nous allions faire ce concert pour les 40 ans du hip hop.

F. : L’AB nous avait proposé une formule « rewind », mais nous n’étions pas très chauds parce que ça aurait été uniquement tourné vers le passé.

K. : Certains ne voulaient pas écrire de nouveaux morceaux. Et puis Miguel s’est mis à envoyer des instrus, et nous avons finalement commencé à écrire. En deux mois, « start to finish », nous avions deux morceaux terminés. Mais ça nous a pris un peu de temps, parce qu’il a fallu se remettre ensemble, comme je le disais, retrouver certaines choses communes. Mais ça motive aussi à l’écriture. Il y a toujours eu cette émulation, chez nous. C’est-à-dire que quand l’un écrit un texte, l’autre va se dire qu’il doit être à la hauteur, va rentrer chez lui et en écrire un aussi. Nous avions ce truc-là à 17 ans, j’en ai 37 et voilà, ça marche toujours !

F. : Une des raisons pour lesquelles nous avions fait une pause en 2009, ce sont les soucis de santé vécus par Seg. Il est un fondateur, disons, de tout ce qui est H Posse, et donc, il est à la base même de ce qu’est devenu Starflam. Il a dû subir deux opérations lourdes, et il a fallu qu’il récupère. Il ne se sentait pas la capacité de repartir comme avant. Au départ, il avait dit non pour des nouveaux morceaux, puis il a essayé, et au final ça tient la route.

K. : C’est ça aussi, Starflam : une belle aventure humaine, avec des moments creux et des moments intenses. C’est très fort, quoi ! Ce qui est vraiment bien, c’est de pouvoir amener, justement avec ces deux morceaux, cette dimension-là, que ce soit même entre nous. En musique, ce n’est pas sorcier, ça se ressent quand c’est authentique et que ça vient d’une bonne énergie.

Ce concert en annonce d’autres ? C’est le point de départ de… quelque chose ?

F. : Ça pourrait…

K. : On vient de signer les deux morceaux chez Warner. Eux avaient prévu de sortir un best of, et Survivant en vinyle. Ils avaient déjà lancé le truc, alors que nous les appelions pour voir s’il n’y avait pas moyen d’avoir quelques albums pour le merchandising. Comme nous avions ces deux morceaux, c’était bien de les associer au catalogue, et que l’équipe promo de Warner puisse les travailler. Nous espérons aussi avoir un peu d’airplay. Toute cette actu, c’est en tout cas déjà un point de départ pour une tournée l’été prochain, qu’on espère bien remplie. Parce que je crois que ce concert-ci va nous donner faim de scène !

Didier Stiers

Concert le 12 novembre à l’Ancienne Belgique, dans le cadre du cycle HipHop40.

 

 

Didier Stiers

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