Petit label au Pays Noir

rock

On ne s’occupe plus de métal, aujourd’hui, aux anciennes forges de la Providence, rebaptisées Rockerill. Si on y organise des concerts, on y cultive aussi le vinyle

Du côté de Charleroi, le Rockerill n’est pas qu’un étonnant lieu de concerts – si vous n’y avez jamais mis les pieds, les yeux et les oreilles, n’hésitez pas –, c’est aussi un label qu’anime une bande de passionnés. Notez : dans la foulée des concerts, un label, ça coulait de source. « Nous avons toujours fait la promotion des groupes, commente Michaël Sacchi, l’un de ceux que l’on retrouve aux manettes de cette désormais institution. Des groupes «d’amis», pour lesquels nous nous chargions aussi de monter des petites tournées en Belgique parce que nous connaissons d’autres salles, et puis même chose à l’étranger… »

Deuxième étape, après la promo et l’aide au booking : la distribution digitale. Une activité moins gourmande en moyens, notamment financiers. Sur papier, en tout cas. « Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’il faut quand même toujours quelqu’un derrière. Ce n’est pas non plus un éden… Quand nous avons eu des subsides de la Communauté française pour le contrat-programme du Rockerill, nous avons négocié pour qu’une partie puisse servir au label. »

Vous suivez ? Rockerill Records s’est alors engagé dans un troisième chapitre, celui de la production de vinyles. Normal, à leur(s) âge(s) ! « Nous sommes quand même des enfants des années 70 et 80, reprend Michaël. Nous avons toujours eu des vinyles, nous continuons à en acheter… Je n’écoute que ça, d’ailleurs. Mais comme produire un vinyle seul n’est pas bon marché, nous avons commencé par des coproductions. Avec des labels anglais, américains, allemands… »

Premiers résultats : Duflan Duflan, Le Prince Harry, Maria Goretti Quartet, Petula Clark… Et, disons, une expérience enrichissante. « Nous avons mis le pied dans l’univers des labels. Mais nous avons appris que c’était très difficile. » La gestion, notamment : « Etant donné que nous ne sommes quand même que des amateurs, la distribution, le suivi dans les magasins, le merchandising, tout ça constituait quelque chose d’assez lourd à superviser. »

Du coup, voilà maintenant une bonne année que, côté coproduction, le Rockerill s’est recentré sur le 45 tours. Pochette originale et soignée incluse. « Les coûts sont moindres. Les 45 T peuvent plus facilement être écoulés chez les petits disquaires indépendants, dans les salles, avec le merchandising des groupes, ou lors de nos soirées-concerts. L’idée est aujourd’hui de sortir trois, quatre ou cinq 45T par an. »

Le genre ? Ni pop rock, ni blues, ni rock ou punk traditionnels. L’idée et la volonté sont de coller à l’image de ce qui est proposé au Rockerill côté scène : éclectique certes, mais underground surtout. Ainsi en est-il des groupes programmés la semaine dernière lors de la label night organisée à la Maison des Musiques à Bruxelles. Le Volcan ? Un quatuor rock, en français dans les textes, lorgnant vers les sixties, le yéyé et Dutronc mais aussi un peu Téléphone. La Jungle ? Un duo montois dont le post-rock mâtiné de rythmes parfois techno sonne comme une bonne claque. « Rémi, coordinateur au Vecteur (NDLR : la plateforme culturelle carolo) est un copain, commente Michaël. Et Mathieu est le guitariste de Petula Clark, des… amis, suivis par le Rockerill depuis une petite dizaine d’années. »

Vendredi dernier, on a aussi (certains diront : surtout) vu à l’œuvre les inénarrables Spagguetta Orghasmmond, pour moitié constitués du même Michaël Sacchi. Imaginez quelque chose entre le happening participatif, le karaoké et le concert qui dérape au gré des humeurs du tandem et de ce qu’il ingurgite (comme jus de houblon), le tout agrémenté d’une setlist partagée entre variété italienne et classique punk style « Beat on the brat » des Ramones. Quant au Hammond du nom, eh bien, il est leur seul instrument de musique utilisé. Enfin : torturé !

On sourit déjà en pensant à la surprise des Américains qui verront Spagguetta Orghasmmond à l’ouvrage lors du prochain South By Southwest. « Tu crois qu’on ne va pas assurer ?, réplique Michaël en rigolant quand on lui demande si ça va aller. Nous nous sommes également liés avec des Américains qui ont un label, Hovercraft Records. Ce sont deux frères, l’un est à Portland, l’autre à Austin. Avec lui, nous avons eu l’idée d’aller faire une perfo là-bas. Il prend en charge tout le booking, l’organisation, les salles et le reste. Nous avons trois ou quatre dates pendant le festival lui-même, et puis nous irons jouer quelques dates en dehors d’Austin dans la foulée. »

Reste à boucler le budget pour les billets d’avion ! Ces passionnés-là, mais faut-il le préciser, assument eux-mêmes, et les 45 tours ne leur servent pas à gagner leur vie. Mais quand on aime…

Didier Stiers
(Photo : GPat)

www.rockerillrecords.com

Didier Stiers

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