Six groupes qu’on écoutera en 2015

23148-rone-creatures-570x0-1

Les découvertes musicales à faire cette année. Un choix autant subjectif que rationnel.

Que nous réserve 2015 en musique? Bien sûr, il y a les grosses sorties attendues, celles qui ne vont pas manquer de faire jaser. Ainsi, le nouvel album de Björk, Vulnicura, est d’ores et déjà disponible sur iTunes, l’Islandaise ayant été poussée d’avancer sa sortie pour réagir aux pirates du web. Madonna, qui a eu la même mésaventure pour une dizaine de titres, sortira son Rebel Heart le 9 mars. On attend également le nouveau Kanye West qui peut tomber d’un jour à l’autre, quand le patron sera d’humeur. Et bien d’autres encore: Muse, Sufjan Stevens, Selah Sue, Noel Gallagher, Marilyn Manson, The Prodigy, The xx, PJ Harvey, peut-être Radiohead

Mais c’est plutôt vers les découvertes que l’on se tournera ici. Voici un petit tri sélectif de ceux qu’on n’attend pas et qui pourraient bien faire l’année. Un choix autant subjectif que prenant en compte les tendances de l’industrie et des médias.

_

feu_chatterton_c_photo richard_schroeder

Feu! Chatterton
Style: Chanson/pop rock
Pays: France
Album: Feu! Chatterton EP (sorti le 9 septembre)
Label: autoproduit

Français, langue littéraire. Avec un tel patronyme référence au poète romantique Alfred De Vigny, Feu! Chatterton met d’emblée le curseur du côté du lyrisme à la française. Pourtant, le premier EP de ce quintette parisien regorge de références: de Ferré à Bashung, de Noir Désir à LCD Soundsystem, du jazz manouche à… Led Zeppelin. En seulement quatre titres, derrière le look dandy début XXe siècle de son chanteur, Feu! Chatterton fait montre d’un style personnalisé, d’un lyrisme maîtrisé et d’un savoir-faire certain. Pour ceux que le parti-pris adolescent de Fauve désespère, comme pour les nostalgiques des premiers Noir Désir, Feu! Chatterton pourrait être la solution. En attendant un premier album, le groupe est à découvrir le 14 mai aux Nuits Botanique. « Ah! Pardon, pardon, mon père c’est ma faute. J’ai cru être poète! ».

_

Benjamin-Clementine

Benjamin Clementine
Style: auteur-compositeur/blues/jazz cabaret
Pays: Angleterre
Album: At Least For Now (sorti le 12 janvier)
Label: Barclay/Universal

L’histoire est digne d’un roman de Dickens. Né il y a vingt-six ans à Londres, Benjamin Clementine se destine à devenir footballeur professionnel. Le rêve tourne court lorsqu’il se blesse. Il a alors seize ans, est la tête de turc de ses camarades d’école et n’écoute pas de musique. Jusqu’à ce que son frère rapporte un clavier à la maison. Il se met à chipoter, découvre Erik Satie sur Google, devient organiste à l’église du quartier et tombe en émoi devant Antony & The Johnsons de passage à la télé. Et puis il arrête tout. Jusqu’à ce qu’il traverse la Manche sur un coup de tête. A Paris, afin de survivre, il joue dans les bars et les hôtels. C’est là que les tenanciers du club Le Baron le repèrent. Aujourd’hui, Benjamin Clementine est entouré par l’équipe de Christine & The Queens. A l’écoute de l’album, le talent est certain, la personnalité en impose, même si le bonhomme peut en faire trop dans les envolées lyriques. Une chose semble assurée: on n’a pas fini de parler de Benjamin Clementine cette année.

_

2zxv1hu

Aline
Style: pop
Pays: France
Album: La Vie électrique (sortie début juin)
Label: PIAS

Disque sans prétentieux mais délicieusement attachant, Regarde le ciel, le premier des Marseillais d’Aline, nous avait accompagné toute l’année 2013 tout en restant injustement ignoré par le reste du monde. Ses influences 80′s assumées du meilleur goût (Daho, Cure, Smiths…), son romantisme adulescent, son titre phare « Je bois et puis je danse »… Avec ce premier album, Aline se présentait comme un Indochine indé, qui serait tombé du bon côté de la Force. Enfin, la pop anglo-saxonne des Smiths et des Cure se chantait en français! Pour la suite, qui arrivera dans les bacs avant l’été, les Marseillais ont fait appel au producteur Stephen Street, connu pour ses travaux avec les Smiths, Blur et Pete Doherty. Pas moins. On reste donc en terrain connu – c’est aussi pour ça qu’on les aime -, et on attend cette Vie électrique, décrite par son chanteur comme « plus produite, avec davantage de couleurs, un peu plus de claviers et un peu plus d’air », avec le même plaisir et la même impatience que quand on s’apprête à retrouver des vieux copains.

_

disappears

Disappears
Style: rock expérimental
Pays: Etats-Unis
Album: Irreal (sorti le 19 janvier)
Label: Kranky

Après Swans l’an dernier, c’est l’expérience sonique de ce début d’année. Il y a deux ans déjà, le combo de Chicago (composé de vétérans de la scène rock indé US et par lequel est passé Steve Shelley de Sonic Youth) nous avait offert avec Era un monolithe de rock tendu et bruitiste qui n’avait pas manqué de laisser sa marque. Un concert assez hallucinant au Magasin 4 avait enfoncé le clou: il fallait suivre ces Disparus. Ils reviennent aujourd’hui avec Irreal, un disque (leur cinquième, déjà) plus lourd, plus sombre, plus hermétique. Un voyage dans les tréfonds du noir, quelque part entre Neu!, Girls Against Boys et la BO d’un film expérimental que David Lynch aurait oublié de réaliser. Disappears se produira au Beurs le 5 février prochain, et déjà, on soupçonne un de ces concerts dont on ne sort pas indemne.

_

Rone_credits-Timothy-Saccenti_13

Rone
Style: electro ambient
Pays: France
Album: Creatures (sortie le 9 février)
Label: InFiné

Dans le vaste paysage des musiques électroniques, pointons désormais le producteur français Erwan Castex, alias Rone. Parisien transféré à Berlin il y a quelques années, Rone s’apprête à sortir son troisième album Creatures, qui arrive trois ans après Tohu Bohu avec lequel il a rencontré un joli succès en Europe comme aux Etats-Unis. Sa techno à gueule d’atmosphère avait alors tapé dans l’oreille de Bryce Dessner de The National, lequel a demandé à Castex de garnir le dernier album des Américains, Trouble Will Find Me, de touches électroniques. En France, c’est Etienne Daho qui est tombé sous le charme, lui proposant de remixer « En Surface ». On les retrouvera tous les deux en invités sur Creatures, ainsi que François sans ses Atlas Mountains et quelques autres. Rone présentera son nouvel album sous le chapiteau des Nuits Botanique le 13 mai prochain. Réservez la date.

_

Viet-Cong-Colin-Way-4-BW

Viet Cong
Style: rock/post punk
Pays: Canada
Album: Viet Cong (sorti le 19 janvier)
Label: Jagjaguwar

Bon alors, mais oukilè, le rock? Il vient, il vient! Avec les Canadiens de Viet Cong, par exemple, qui, en plus d’avoir choisi un nom qui leur assurera le mépris et la haine de la moitié de la population américaine, viennent de sortir un premier album bien comme on les aime: sale et couillu! Viet Cong n’est pourtant pas né de la dernière guerre. La moitié du groupe sévissait en effet dans les sous-estimés Women qui avaient sorti deux albums prometteurs, acclamés dans le circuit rock indé. Séparés en 2010, bagarre sur scène à l’appui, place désormais à Viet Cong. Et ce disque donc, qui convoque le post punk de The Fall, le krautrock de Neu! et la no wave des premiers Sonic Youth, dure le temps de sept chansons tendues comme la corde d’un pendu et se termine sur onze minutes de furie bruitiste logiquement intitulées « Death ». A vivre sur scène le 18 février au Botanique.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

commenter par facebook

11 commentaires

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>