Game of Rone

Frontstage - Rone - CREDITS Timothy Saccenti

Un trompettiste japonais et Daho comptent parmi les invités croisés sur le nouvel et bel album d’Erwan Castex.

Ça lui est venu comme ça, ou presque. Après deux ans d’une tournée qui l’a fait voyager en France, ailleurs en Europe et aux Etats-Unis, Erwan « Rone » Castex a senti naître en lui l’envie d’un nouvel album. De faire du son. De prendre deux ou trois mois pour se chercher, se retrouver, « sinon ça ne s’arrête jamais, et tout va trop vite. » L’album en question s’intitule Créatures, il est sorti cette semaine… mais son auteur a déjà renoué avec la scène !

 

En réalité, tu avais commencé à travailler sur Créatures alors que tu étais encore en tournée.

Entre les concerts, sur la route, j’avais posé quelques petites idées. Dès que je passais au studio, assez rapidement le plus souvent, je mettais quelques boucles de côté. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’avais quand même pas mal de matière accumulée, qui constituait déjà une bonne base de disque. Il a juste fallu que je prenne vraiment du temps pour les développer, les arranger. Et trouver d’autres idées à partir de zéro. Mais là, c’était le moment, le bon moment !

A l’époque de Tohu bohu, tu habitais encore Berlin, mais là, pour Créatures, tu es rentré en France ?

Oui, j’ai trouvé une maison à la campagne, à une heure de Paris. Je suis parisien, mais je n’avais pas envie de rentrer, j’avais besoin d’un petit peu de distance. Et là, j’ai trouvé l’endroit idéal : une petite maison complètement remplie de l’énergie de ce disque. Ma copine dessinait l’artwork pendant que je faisais le son, et notre bébé circulait entre les deux. C’était vraiment ça : papa est en haut, il est au studio, maman est en bas, elle dessine…

Quelques autres producteurs ont effectué cette démarche de nouer des collaborations dans des genres musicaux qui n’étaient pas forcément les leurs : à quoi cela correspond-il pour toi ?

C’est aussi l’envie de toujours expérimenter. Là, par exemple, de faire une chanson presque pop avec Etienne Daho. J’ai essayé de faire une chanson un petit peu bizarre dans la structure, sa voix disparaît un moment… J’ai joué un peu avec ces symboles-là, avec l’icône pop qu’est Daho, mais en brisant un peu les codes. Voilà, c’est tout simplement essayer des choses.

Il a à chaque fois suffi d’un petit coup de fil, de dire aux gens voilà qui je suis, ce que je fais, venez jouer avec moi ?

C’est assez dingue, parce que c’est assez facile. J’ai eu beaucoup de chance. Toshinori Kondo, pour le coup, c’est le seul que je ne connaissais pas, J’ai fait savoir aux gens du label ainsi qu’à ceux de chez Warp avec lesquels il y a quelques liens que je cherchais un trompettiste. Et on m’a demandé si je connaissais Toshinori Kondo. On m’a envoyé des liens, et j’ai découvert sur Internet ce Japonais qui jouait de la trompette dans les montagnes au Japon. Je trouvais ça génial, le son, tout ça, je l’ai contacté et il a dit oui. C’est la seule fois où la démarche a eu lieu dans ce sens, sinon, ce sont des rencontres. François, de Frànçois & The Atlas Mountains, est venu me voir à la fin d’un concert, nous avons sympathisé, bu des coups et voilà, nous sommes devenus un peu potes et ce morceau s’est fait. Bryce Dessner (ndlr : The National), c’est pareil : une rencontre à Brooklyn. Et même Daho… C’est lui qui m’a proposé de remixer un morceau, et puis ça paraissait logique de lui proposer ensuite de venir à son tour chanter sur mon disque. Finalement, ce n’était pas une envie particulière de bosser avec des chanteurs français ou autre, c’est juste qu’il y avait l’opportunité de le faire, et dès lors pourquoi pas ?

Il y a deux ans, au Pukkelpop notamment, on avait été séduit par l’adéquation entre le son et l’image, le soin apporté aux visuels… Sur scène, ce sera toujours le cas : Rone, c’est un tout, très soigné ?

Pour moi, il y a un peu deux formules. Une formule semblable à celle du Pukkelpop, à cette différence près qu’il s’agit d’une nouvelle création, mais c’est une expérience globale, un show sonore et visuel. Là, c’est comme pour l’album, je travaille avec des gens « extérieurs », deux scénographes qui pensent la lumière. Ce qui donne des échanges hyper intéressants : comme je n’y connais rien dans les lumières, je leur montre des images de films en leur expliquant que c’est ce qu’évoquent les morceaux… Donc, effectivement, un gros travail en amont, et qui concerne la formule du live. Et puis, j’ai une autre formule dans laquelle je suis tout seul. Là, je vais partir aux Etats-Unis : nous n’avons pas les moyens d’emmener toute cette machinerie, ce sera donc tout seul et avec le minimum de matos. Mais c’est très bien aussi, ça fonctionne, c’est juste différent. J’adore jongler entre les deux, en fait.

A propos de cinéma, l’un ou l’autre titre de l’album est directement inspiré par un film ? Tohu bohu faisait une belle place à la science-fiction…

Elle est toujours un petit peu là parce que c’est un genre qui m’intéresse, mais il y a des références au cinéma. Freaks est par exemple une référence directe au film. En fait, c’est un peu la même histoire : je pianote, et voilà qu’arrive cette espèce de mélodie un peu démoniaque mais qui en même temps me faisait penser à une  ritournelle, aux monstres des cirques… Freaks, quoi ! Je suis allé regarder un extrait du film, j’ai utilisé la voix de la nana sur le morceau… Parfois les références sont donc assez directes, parfois c’est plus flou, quand je pense à des ambiances, des genres, ou des périodes de l’histoire du cinéma. Mais les références sont quand même souvent là, c’est vrai.

Didier Stiers
(Photo : Timothy Saccenti)

En concert le 13 mai aux Nuits Botanique, en juillet au festival de Dour
La chronique de Créatures *** dans le MAD

Notre critique * * * de l’album et son écoute intégrale sur Deezer

Didier Stiers

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