Eclectisme à la belge

unspell

Quand un DJ et producteur comme Mugwump résume son parcours, cela donne un album aussi classe que cet « Unspell »

Pour un peu, on dirait le grand œuvre d’un alchimiste. On ironise, mais sortir un premier album quand on a derrière soi vingt ans aux platines (du Food notamment) et à peu près autant de temps consacré à la production de maxis, la confection de compiles (les Moving house) et l’organisation de soirées de qualité (les Leftorium), c’est un peu ça ! Unspell sera donc la pierre philosophale de Geoffroy De Wandeleer, alias Mugwump.

Si « Unspell » fait l’objet d’un tout bon accueil, c’est en Angleterre qu’il semble « prendre » le plus vite et le plus fort. Vous vous l’expliquez ?

Je crois que c’est la bonne période. La soirée de Weatherall (NDLR : Andrew Weatherall) à Londres remet vraiment au goût du jour la new beat et tous des trucs un peu obscurs, même kraut. Il rejoue des classiques, et autour de cette scène, on trouve des producteurs qui refont de nouveaux morceaux. Au milieu de ça, absolument tous les disques que j’envoie sont joués là-bas. C’est fort suivi parce que c’est lui. Erol Alkan s’y met, Ivan Smagghe aussi, c’est toute une scène de tastemakers. The sound of Belgium a également fort marqué les esprits là-bas… C’est donc une conjonction d’événements qui correspond un peu à ce que je fais avec l’album, et les influences que j’y mets.

Lesquelles ?

Celles de mon adolescence. C’est aussi un hommage aux influences classiques belges post-punk, new beat, new wave, electronic body music, indie,… Il y a un peu de kraut également. Mais ça s’est fait au fur et à mesure. C’est l’éclectisme à la belge, ce qui est bien expliqué dans The sound of Belgium, d’ailleurs.

Le travail sur les compiles vous a servi ?

Un peu quand même. J’aime bien séquencer mes sets, quand je fais des podcasts, des mixes ou des compilations. Ici, ma femme devenait folle, j’ai dû réécouter l’album cent fois. « Qu’est-ce que tu fais ? » « Je revois l’ordre ! » Je voulais que ce soit fluide et que ça ait un sens. Ici évidemment, la matière première n’est pas faite des disques qu’on achète. A la base… on l’a jammée.

Il n’y aurait pas eu d’album sans un morceau avec Samy Birnbach ?

Obligé ! C’est mon vieux pote, que j’ai connu dans les années 90. C’est chouette, il va venir au Beurs faire son morceau, il est venu à chaque try out… Les influences de l’album collent aussi avec sa belle histoire, avec Minimal Compact. Et l’idée de faire une cover de « Breakdown » de Mickey Mike (NDLR : alias Snowy Red), c’est un bel hommage parce que c’est un artiste visionnaire. Ce morceau date de 81, et c’est toujours un classique absolu de la musique électronique.

Quand on vient du deejaying et du maxi, l’album est un drôle d’objet, culturellement parlant ?

J’ai un romantisme – étant ado dans les années 80 – pour le format album qui est clairement en train de ne plus être ce qu’il était ! J’ai vu des interviews à South By Southwest où il était expliqué que le futur des groupes sera de sortir un single tous les deux mois pour alimenter les réseaux sociaux. Et qu’ils n’auront plus le temps de consacrer six mois ou un an à l’écriture d’un album, ce qui fait vraiment flipper. Je trouve que c’est une aberration. Ça ne va pas faire disparaître le format, mais ça va être la tendance marketing. Moi j’étais fan des Smiths, de plein de groupes dans les années 80… Alors oui, c’est un objet. L’idée, c’est que ça dure. Ce n’est pas moi qui dis si Unspell est intemporel, mais c’est ce que j’ai essayé de faire.

Didier Stiers

Didier Stiers

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