[PIAS] Nites: un Anglais parmi les loups

Oscar and the Wolf Lotto Arena 2015 c Alex Vanhee

Les [PIAS] Nites 2015 ont vécu avec notamment BRNS, Baxter Dury, Oscar & The Wolf et Modeselektor. Revue des troupes.

Pour leur sixième édition, les [PIAS] Nites déménageaient donc au Palais 12, grande armature aux confins de la capitale qui hésite entre salle de spectacle et centre commercial (c’est à la mode… cf. Le festival Guess Who à Utrecht qui se déroule dans une sorte de gigantesque mall de dix étages dans lequel les échoppes sont remplacées par des salles de concerts, une expérience sociologiquement fascinante et culturellement effarante – fin de la parenthèse). C’est pas pour autant qu’on va râler, hein, on s’est bien plu, vu de bons concerts, à défaut d’être géniaux, mais tout de même et l’air de rien, en cette année 2015, les bons concerts ont été assez rares jusqu’ici…

La salle (capacité 4-5.000 places, genre…) est déjà gentiment fournie à l’heure où BRNS investit la scène, soit 20 heures. Que dire qui n’a pas été dit, si ce n’est qu’avec ce passage au Palais 12, on a l’impression que les Bruxellois ont joué dans toutes les salles du Royaume. Manque peut-être les gros poissons comme Forest, la Lotto Arena et le Sportpaleis. Et c’est la question qui se pose en voyant BRNS en concert: à quand la vitesse supérieure? La performance est comme toujours solide, le son impressionnant, les chansons fonctionnent. Mais… Il y a un sentiment de frustration qui nous colle au sortir, le même que d’habitude. Cette idée qui fait son chemin que le cérébral prend le pas sur l’instinctif, que le groupe aime par trop faire compliqué quand il pourrait faire simple, qu’il préfère arpenter les chemins de traverses, les petites routes sombres alors qu’il pourrait si aisément emprunter la route principale sans que cela ne mette à mal l’intégrité ou la qualité des chansons, bien au contraire… A l’image du nouveau morceau joué samedi (titre de travail « I Cannot Fall »), certes très prometteur, mais dans la lignée des gueules d’atmosphère aux chemins tortueux qui forment Patine alors que, oui, voilà, on aimerait plus de « Mexico ». En clair et pour résumer, BRNS a un potentiel énorme, mais qui tarde à exploser au grand jour.

D’une certaine manière, Baxter Dury, c’est tout l’antithèse de BRNS. Pour tout bagage, le gentleman-clochard n’a que ses chansons simples et directes, et elles font merveille. Notes de synthés sur deux doigts, mélodies limpides, voix féminine qui se mêle à des paroles de Bukowski-upon-Thames déclamées d’un accent cockney nasal à rebuter un Lord, le Baxter, bouteille de cognac à portée de main et touches d’humour forcément british, nous a offert un récital qui n’a rien fait de plus que mettre en valeur son excellent dernier It’s a Pleasure et autre répertoire. Comme ce « Cocaine Man » qui termine le set de la meilleure manière. On aurait bien repris une ligne ou deux.

C’est peu avant 23 heures que la chose se passe… Une chose étrange. En l’espace d’une quinzaine de minutes, la salle se remplit comme un Apple Store un jour d’iPhone. Le phénomène n’aura duré qu’une grosse heure, le foule se dispersant aussi vite qu’elle n’était apparue. L’explication, c’est Oscar & The Wolf. Si le phénomène (culturel, celui-ci) pouvait encore paraître abstrait de ce côté-ci de la frontière linguistique, il s’est concrétisé en quinze minutes chrono. Une salle désormais remplie, des palmiers, une rampe et puis, l’entrée en scène… Déhanchement, paillettes et couleurs d’argent. Et là, on a enfin compris. Max Colombie, alias Oscar et le Loup, est une icône gay de la pop culture. Ou une icône pop de la gay culture. Sorte de Boy George branché, l’exubérance mercuryenne en plus. Le bonhomme accapare la scène, la charme, fait pleurer les premiers rangs, les recouvre de confettis, de poudre d’argent, d’étoiles dans les yeux! C’est glamour, c’est neo-romantique, c’est Rika Zaraï et David Bowie! Barbra Streisand et Beth Ditto! Demain n’existe pas! Du feu, des stars, ce soir! Par contre, derrière, il ne se passe pas grand-chose… Un tapis electro tendance post-dubstep, une voix assez plate et monocorde et pas une chanson qui n’arrive à ressortir de cette marée… On ne peut pas tout avoir.

Un peu plus tard, il ne subsiste rien de ce qui vient de se passer… Les paillettes, le strass, le rêve en multicolore… Seul résonne un gros son qui nous prend de l’intérieur, l’oeuvre de Modeselektor, configuration DJ set. Mais Modeselektor quand même. Ça s’entend. On n’ira pas jusqu’à dire que les Allemands font les choses mieux que tout le monde. Mais n’empêche, ça s’entend.

DIDIER ZACHARIE

Photo: Alex Vanhee (PIAS)

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Journaliste lesoir.be

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5 commentaires

  1. Ber

    7 avril 2015 à 10 h 01 min

    euh, que celui qui a compris tout ce que le “journaliste” a voulu dire se lève…

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