Dernier appel pour Tiken Jah

Ivorian reggae singer Tiken Jah Fakoly performs during the Carthage International Festival at the Carthage Roman ruins in Tunis

Après une brillante prestation à Couleur Café l’an dernier, Tiken Jah Fakoly nous revient à l’AB.

Chacun ses goûts, mais le concert qui nous a procuré le plus de plaisir l’an dernier, au festival Couleur Café, est bien celui de notre rasta ivoirien Tiken Jah Fakoly. Car ils ne sont plus si nombreux à nous faire danser sur du reggae en français et des textes engagés, pour ne pas dire appelant à la révolte. Tiken est comme ça, il n’a pas changé, comme on a encore pu s’en rendre compte avec son dernier album, Dernier appel. Une nouvelle bonne dose de reggae enraciné en Afrique, avec ses maux et ses couleurs.

«On ne fera plus le vieux reggae comme les Jamaïcains mais on peut le ramener en Afrique», nous a-t-il raconté dans sa loge quelques minutes avant le concert. «Trente-quatre ans après la mort de Bob Marley, il faut renouveler le reggae, éviter qu’il ne devienne monotone.»

Cela fait maintenant treize ans que le musicien ivoirien vit à Bamako, au Mali. Qu’il s’inspire de tout ce qu’il entend à la radio et dans les rues de Bamako. Exilé pour des raisons politiques, juste avant la guerre civile qui a ravagé la Côte d’Ivoire, Tiken Jah ne compte pas rentrer de sitôt: «Du Mali, je peux jouer un rôle en tant qu’artiste panafricain. Je pourrais rentrer en Côte d’Ivoire aujourd’hui mais je ne vais pas me barrer au moment où le Mali a tant de soucis. Je vais souvent en Côte d’Ivoire, j’y ai encore une maison mais je me sens plus utile à Bamako. A cause du coup d’Etat précédant l’intervention militaire française, le Mali a fait un bond en arrière de vingt ans. Moi je dis aux Africains en général: respectez les Constitutions. L’Afrique est très sollicitée économiquement en ce moment. La France a avoué officiellement qu’elle avait besoin de l’Afrique. Obama a invité de nombreux dirigeants africains. La Chine investit ici massivement. On n’est pas contre. Avant, il n’y avait qu’un seul chien dans la boutique, maintenant ils sont plusieurs. Pourquoi pas? Au peuple de corriger cela et aux dirigeants de tenir leurs promesses. L’important, c’est la démocratie.»

Tiken Jah tourne inlassablement dans le monde, même s’il aimerait le faire plus en Afrique: «Ce n’est pas facile de tourner en Afrique mais c’est important de le faire quand on parle de l’Afrique dans ses chansons. Même si ça ne rapporte rien.»

Une mission, pas une compétition

On a demandé à Tiken Jah où en étaient ses rapports avec l’autre star ivoirienne du reggae, Alpha Blondy: «On a eu des divergences d’opinion politique en Côte d’Ivoire. Nous soutenions deux camps différents. Il était pour Laurent Gbagbo et moi pas. En plus de ça, les médias et les fans ne cessaient de nous opposer l’un à l’autre, en nous comparant. Je suis plus jeune que lui mais moi aussi je dois faire avec une nouvelle génération. Mais nous ne sommes pas en concurrence. Ce n’est pas une compétition mais une mission. Cette rivalité crée une émulation. Ça stimule dans la lignée de Bob Marley.»

Mais Tiken Jah ne s’intéresse pas qu’au reggae. La reformation des Ambassadeurs, avec Salif Keita, autre star de Bamako, l’excite réellement : «Leur musique touche les nouvelles générations. Le dernier album de Salif était très moderne. Mon père a beaucoup écouté les Ambassadeurs. Ils nous inspirent car ces musiciens étaient très proches des gens. C’est notre inspiration et leur reformation est vraiment une bonne nouvelle.»

Tiken Jah est conscient des réalités commerciales guère favorables aux artistes. Il se bat au quotidien pour se faire entendre et connaît de nombreux artistes bien plus mal lotis que lui : «Il y a au Mali et ailleurs en Afrique une nouvelle génération de rappeurs pleine de talents. Malheureusement, les disques ne se vendent plus. La crise joue contre la jeunesse. On a de moins en moins de chance, tout dégringole. Mais ce qui est positif, c’est que le talent est là. Moi, j’aime faire des rencontres artistiques. Ça permet au message d’être plus fort, c’est important.»

Thierry Coljon

Notre critique * * * de l’album “Dernier appel” + l’écoute intégrale sur Deezer.

Tiken Jah Fakoly sera à l’AB ce samedi 25 avril. Avec Sarah Carlier en première partie. www.abconcerts.be

Album Dernier appel (Universal).


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