Le nouveau Cabrel est là

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Francis Cabrel publie «In extremis», son treizième album, ce vendredi. Nous l’avons écouté. Les puissants et nous, l’amour, le temps qui passe, l’histoire… restent ses thèmes favoris.

Sept ans après Des roses et des orties, son dernier album de compositions personnelles, voici In extremis, douze chansons réalisées avec Michel Françoise et interprétées, pour l’essentiel, par le quatuor boisé qu’il forme avec Freddy Koella (guitares, violon et mandoline), Bernard Paganotti (contrebasse) et Denis Benarrosh (batterie).

Francis, sur la pochette, a l’air grave et nous regarde dans les yeux. Comme s’il avait des choses sérieuses à nous dire. Et de fait, dès «Dur comme fer», en ouverture, sur un rythme à la J.J. Cale, il nous parle de promesses faites par celui qui, ensuite, reconnaît: Je viens pour vous tondre. Il ne cite pas le président français mais rejoint ceux – et apparemment ils sont nombreux – qui pensent qu’ils se sont fait avoir. Un Cabrel politique? Ce n’est pas la première fois. Et il remet ça en fin d’album avec «Pas si bête»: De quoi demain sera fait/ Et qu’on sera pas à la fête. Et dans la plage titulaire, il se fait le défenseur de la langue et de l’identité, lui l’Italien d’origine chantant en français avec un accent occitan des chansons américaines.

La forme? Dur pur cabrel acoustique, guitare bien en avant, entre folk calme, boogie plus rythmé («Mandela, pendant ce temps»), sans surprise mais bon, ce n’est pas à 61 ans qu’on va lui demander de trahir un style propre immédiatement reconnaissable. Pour «Le pays d’à côté» (Quand la terre se fendit/C’était sous le règne des bandits/ Qui avaient tout défiguré), Francis fait appel à un choeur africain alors que des cordes, de-ci de-là, viennent donner un peu d’ampleur au propos. Une trompette s’ajoute à «Pas si bêtes» alors que le jazzy «Les fontaines du jazz», en bonus, viennent rendre hommage à Billie, Ella, Chet, Louis et Wes qui n’ont pas besoin de noms pour être reconnus.

Cabrel n’oublie pas la chanson d’amour ( «À chaque amour que nous ferons») mais lui préfère l’histoire et ses enseignements avec «Azincourt», dont tout le monde a oublié le 600e anniversaire dans un pays friand de commémorations, «Dans chaque coeur» (qui revient sur la crucifixion de Jésus-Christ car: L’amour, y’en aura jamais assez), «In extremis» (on a voté le génocide par précaution) ou «Mandela, pendant ce temps-là» qui est resté 27 ans derrière les barreaux et pendant ce temps-là: pense à ce que tu as pu faire.

Le temps qui passe n’est pas oublié non plus dans «Partis pour rester» (on a visé l’éternité) et «Les tours gratuits» du temps où les enfants tournaient sur les manèges de bois. Alors que «La voix du crooner» (Le charme des années 50/ devant les femmes qui s’éventent) lui inspire beaucoup d’affection.

Cabrel, la force tranquille de la chanson française, revient tel qu’on l’a toujours connu: paisible et grave, fidèle à lui-même. La seule erreur consisterait à croire qu’il a mis sept ans à livrer ces douze belles chansons. Ses reprises francophones de Dylan (Vise le ciel) datent de 2012. Et depuis, il a signé toutes les compos du Soldat Rose 2 (2013) et offert des chansons (textes et/ou musiques) à Grand Corps Malade, Michael Jones, Garou, Dick Rivers et à deux albums hommages (les Beatles, Jacques Dutronc). Tout ça en plus de L’enfant porte avec les Petits Chanteurs d’Astaffort dont il suit toujours très près les ateliers Rencontres. Bref, il n’arrête pas le Francis!

THIERRY COLJON

Photo CLAUDE GASSIAN.

Album «In extremis» (Chandelle-Sony Music).

Concerts le 16 novembre au Cirque royal, le 17 au Forum de Liège et le 18 au PBA de Charleroi. Infos: www.next-step.be


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