I Muvrini en apôtre de la non-violence

Muvrini

«Invicta», le nouvel album du groupe corse mené par Jean-François Bernardini, est un vaste plaidoyer
contre la violence. Parole à celui qui se bat depuis plus de 35 ans.

Jean-François n’a jamais besoin de répondre à des questions pour parler, pour transmettre inlassablement son message de paix et d’entente. Philanthrope, humaniste, indécrottable optimiste, il nous revient avec un album ancré bien malgré lui dans une actualité sanglante. Des massacres de janvier à Paris à ceux perpétrés de par le monde par des fous se réclamant d’un certain dieu. Invicta, pour invaincue. L’âme et l’espérance. Comme Nelson Mandela qui avait fait d’Invictus, le poème de William Ernest Henley un guide pour sa vie et son action.

Nous avons rencontré un Jean-François toujours aussi passionné pour défendre l’âme humaine: «De tels événements ne laissent pas ta conscience au repos. On a vécu ça de plein fouet. Cette boussole de la non-violence nous a aidés. Quand l’émotion est là, les gens cherchent le «nous», ils vont dans la rue. Etre ensemble rassure, réconforte, nourrit. Ce geste est nécessaire car il nous reconnecte avec notre nature.

Le besoin le plus fondamental pour l’être humain, c’est l’appartenance. C’est quand tu n’as pas d’appartenance que tu es un être qui souffre et qui devient dangereux. C’est ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui.

La neuroscience l’a prouvé: l’homme a un cerveau social, le besoin de coopération et d’égalité est fondamental. Si le monde est en ce moment en souffrance, c’est en raison de notre aversion pour l’inégalité. Il y a beaucoup d’exclus dans notre société actuelle. On nous demande d’être dans la compétition: sois fort, frappe le premier…

Le premier problème en ce moment dans le monde, ce n’est pas les religions, c’est la violence. La contamination, l’intoxication, dès l’enfance, à ces phénomènes de violence. En Corse, cela fait longtemps qu’on s’implique dans la non-violence. Je vais souvent dans les écoles, dans les universités pour parler de non-violence. Et pas qu’en Corse, je suis allé dans le 93, en Seine-Saint-Denis, à Marseille… Le terreau de la violence est partout mais là, il est plus aigu. On se rend compte qu’il y a une famine, une soif d’équipements…

Tu sens la souffrance tant adulte qu’adolescente quand tu fais ces rencontres. Qu’a fait de sa souffrance le copilote de la Germanwings? Je souffre, donc vous allez souffrir. C’est tout le paradigme de Gandhi: œil pour œil et on finira aveugle. Tu sors le couteau, je sors la kalachnikov. Mais il y a un printemps pour la non-violence. Cette soif s’exprime d’abord en Corse, première région de France pour les formations à la non-violence. 8.000 personnes, près de 2% de la population. Pourquoi? Parce que la Corse est vaccinée contre la violence. Violence historique, violence criminelle, violence politique…

Contrairement à ce que l’on croit, l’homme est non-violent par nature. Or, dès l’enfance, nous sommes contaminés… Par le contexte, par les écrans…

J’ai entendu dans les lycées: Charlie, ils sont allés trop loin, ils l’ont cherché. Beaucoup pensent ça. Celui qui me dit ça, je lui réponds: si tu me dis ça, c’est que tu es blessé. Je ne suis pas musulman mais je comprends très bien qu’on puisse être choqué par les caricatures de Mahomet. Pour autant, entre un homme qui dessine et un autre qui prend une kalachnikov, il y a un monde. Donc, ce n’est pas justifiable. Le meurtre n’est pas négociable, n’est pas justifiable. Tu ne touches pas à la vie de l’autre, elle est sacrée. Aujourd’hui, le monde produit des êtres en souffrance mais aussi des êtres sans âme. Notre rôle est de nourrir les âmes.»

Notre critique * * + l’écoute intégrale sur Deezer.

Thierry Coljon

I Muvrini sera le 26 mars 2016 à Bruxelles et le 27 mars à Liège.


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