Les Nuits Bota se déclinent aussi en noir et blanc

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Les Nuits Botanique prennent définitivement leur envol ce samedi 9 mai. Nos coups de cœur de ce premier week-end vont à l’Anglais Ghostpoet et au Français Talisco.

L’Anglais Obaro Ejimiwe alias Ghostpoet est loin d’être un nouveau venu dans le paysage actuel. Evoluant dans un registre qui rappelle l’âge d’or de la vague trip-hop des Tricky et Massive Attack, Ghostpoet y ajoute pourtant des sonorités résolument contemporaines qui en font un artiste bien d’aujourd’hui et dans l’air du temps. A l’heure de son troisième album, l’hypnotique et vénéneux Shedding skin (qui contient un duo avec Melanie De Biasio), Ghostpoet sirote une eau pétillante dans un pub de Londres. Où nous l’avons rencontré.

L’été 2013, nous bavardions au Cactus Festival à Bruges, de ce monde de plus en plus anxiogène et paranoïaque dans lequel nous vivons. Un an plus tard, le climat s’est encore assombri. Qu’est-ce que cela vous inspire?

On a l’impression que tout peut basculer de plus en plus vite et à tout moment. Tout le monde a peur. Peur de perdre son boulot. Peur de son voisin. Peur de l’inconnu. C’est vraiment très étrange ce qui se passe aujourd’hui. Je le sens quand je me balade dans les rues de Londres, par exemple. La vibe n’est pas très bonne.

«Shedding skin», votre nouvel album, est encore plus sombre que «Some say i so i say light», le précédent. Une manière de «sentir» l’air du temps?

J’imagine qu’il y a de cela, oui. J’ai un super groupe avec moi, notamment un solide guitariste. Musicalement, je souhaitais un disque plus axé sur la guitare. Concernant les textes, je voulais parler de ce qui se passe dans le monde, mais pas nécessairement sous l’angle politique. Plutôt de manière générale. On sait que la vie n’est pas facile pour la majorité d’entre nous. C’est la guerre pour boucler les fins de mois ou pour trouver un travail. Toutes ces choses qui nous rongent. Je ne pouvais évidemment pas occulter ce sentiment général tout en essayant, malgré tout, de rester positif. Je garde en tête un sentiment d’espoir même si ce n’est pas toujours évident de garder cela en tête.

Donnez-moi, comme ça, à brûle-pourpoint, deux ou trois raisons de rester optimiste…

Je sais que c’est difficile. Mais en même temps, je refuse les commentaires négatifs du genre: «tout est foutu», «il n’y a plus d’espoir», «demain, ce sera encore pire qu’aujourd’hui»! C’est peut-être un espoir aveugle, mais il faut au moins essayer de garder la tête tournée vers la lumière. Il faut, c’est en tout cas ce que j’ai essayé de faire, tenter de rester mesuré et de trouver une balance entre ses sentiments contrastés.

Pour revenir à ce que vous disiez précédemment: pourquoi un disque plus «guitares»?

Grosso modo, j’ai toujours la même structure autour de moi. Une basse, une batterie et une guitare. C’est surtout lors des démos que nous avons expérimenté d’autres choses et, en cours d’enregistrement, tout s’est fait naturellement. J’adore avoir un vrai groupe autour de moi. Ce disque, c’est le disque d’un groupe. Je souhaitais aussi quelque chose de plus direct, de plus frontal, de plus immédiat.

Parce qu’avec vos deux précédents disques et les tournées, vous avez gagné en capital confiance?

Sans doute, oui, et heureusement. C’est peut-être aussi une question d’âge, même si je n’ai seulement que 32 ans, mais plus on grandit et plus on a tendance à tourner autour du pot. J’ai surtout conscience d’avoir eu de la chance de refaire un disque à une époque où l’artiste a du mal à vendre ses disques. Quand vous évoquez le capital confiance, je pense que c’est surtout dans la façon d’enregistrer, dans le processus créatif, que j’ai gagné en maturité. Je suis beaucoup plus à l’aise. Par exemple, j’ai voulu une production beaucoup plus forte et j’y suis arrivé grâce à l’aide de mon bassiste, qui a coproduit l’album. Il possède la grammaire nécessaire. Vous savez, j’adore Nick Cave & The Bad Seeds, TV On The Radio, Interpol… et je voulais quelque chose dans cet esprit, sans rivaliser avec eux, mais quelque chose d’assez proche au niveau de la production. J’ai fait ça assez vite tout simplement parce que je l’ai fait avec le groupe et plus tout seul. J’y ai pris beaucoup de plaisir.

Vos textes sont eux aussi beaucoup plus précis…

J’étais peut-être plus elliptique pour mes deux premiers disques. J’ai réécouté le tout premier avant d’enregistrer celui-ci. C’était une espèce de collection d’impressions que je récoltais en me baladant dans la rue. Je parlais de la vie. Pour mon deuxième disque, je parlais de moi, de ce que je ressentais, c’était plus introspectif. Aujourd’hui, il était temps de m’ouvrir en quelque sorte, avec plusieurs niveaux de lecture parce que, grosso modo, nous vivons tous plus ou moins la même chose et nous aspirons tous au bonheur, à la sérénité.

Des gens comme Sam Cooke ou Gil Scott Heron sont-ils une source d’inspiration?

Pas vraiment, non. Je respecte ces gens-là, mais ma vraie source d’inspiration est à chercher chez les Clash ou chez Iggy Pop. Je n’ai jamais vraiment été à fond dans la soul music même si j’apprécie. Une chanson comme «

C’est marrant parce que comme vous êtes black, on pourrait croire que vous êtes plus proche de Fela Kuti ou de Marvin Gaye, et vous me citez deux artistes/groupes blancs…

Ne vous méprenez pas. J’écoute Marvin Gaye et Sam Cooke comme plein d’autres choses, en fait. Je pourrais citer aussi des groupes comme les Bad Brains, Black Flag, toute cette scène hardcore des années 80. Pour revenir à mon nouveau disque, je souhaite jouer le plus possible. J’ai hâte.

Album Shedding skin (Brownwood Recordings/PIAS). À l’Orangerie, ce samedi 9 mai.


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