5 raisons d’aller voir Aksak Maboul aux Nuits Bota

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Marc Hollander et Véronique Vincent, alias Aksak Maboul, alias deux anciens Tueurs de la Lune de Miel/Honeymoon Killers, alias un mythe rock belge, seront en concert ce samedi à la Rotonde du Botanique. Voici cinq bonnes raisons d’y aller.

1. Cultissime et belge

Bref rappel des faits. Dans les années 70, niveau rock, en Belgique, il n’y a rien. Ou presque. Quelques personnages hirsutes qui font des choses bizarres et fascinantes sur le modèle franco-allemand… Yvon Vromman, Marc Hollander, Vincent Kunis et quelques autres. En 1980, Aksak Maboul, l’orchestre jazz-pop-proto-electro-et-autres de Marc Hollander et Vincent Kunis fusionne avec les anarcho-experimentalo-punk-mais-ô-combien-stylés Tueurs de la Lune de Miel d’Yvon Vromman. Ils recrutent au chant et à l’image la splendide Véronique Vincent pour offrir au monde The Honeymoon Killers. Alors que ces derniers, de façon assez improbable, rencontrent un véritable succès jusque chez nos amis britanniques (c’est dire!), Aksak Maboul et Véronique Vincent enregistrent un disque qui sortira… trente ans plus tard.

2. Un disque inespéré (dans tous les sens du terme)

Cet objet intitulé « Ex-Futur Album » est un disque pop d’avant-garde, dans le sens le plus littéral. C’est-à-dire que lorsqu’ils l’ont présenté aux majors à l’époque, 1983, ces dernières s’en sont détournées, trouvant la chose bien trop bizarre pour les fans de Sardou… « C’était avant les Rita Mitsouko, Jacno et tous ces groupes », explique Hollander. Pas assez pop pour les uns, trop pop pour la base, le disque fait surtout la jonction incroyable entre 1983 et 2015. C’est-à-dire que, enregistré en 1983, sorti en 2014 sans avoir été retouché (ou à peine), il est impossible de dire à quelle époque il appartient. Aux deux probablement. Ou à toutes. Le revival 80′s (La Femme, Lescop, sans même compter les Anglo-Saxons) qui dure depuis quinze ans trouve ici sa quintessence. Et si ce n’était pas suffisant, cet « Ex-Futur Album » est plus aventureux que ceux des jeunes loups qui s’en réclament sans le savoir. Avant-garde un jour… Les Américains avaient Captain Beefheart, les Allemands avaient Can, nous, Belges, avons toujours Aksak Maboul!

3. Crammed est un des meilleurs labels européens

C’est même pas nous qu’on le dit, c’est The Guardian: « One of the most exciting independent record labels in Europe ». Trente-cinq ans que Marc Hollander a lancé le label avec une première sortie… Qui était en réalité une réédition: celle du premier Aksak Maboul, « Onze Danses pour Contrer la Migraine », titre magnifique, disque ô combien Maboul. Depuis, le label a non seulement survécu, mais a sorti quelques perles rares essentielles et dans tous les genres: electro avec Minimal Compact (et plus tard Carl Craig), inclassables avec Tuxedomoon et, donc, The Honeymoon Killers, avant d’ouvrir son horizon et le nôtre au monde: Zap Mamma, Bebel Gilberto, Taraf de Haïdouks, Balkan Beat Box, Konono #1, Staff Benda Bililli, Baloji… Dernières trouvailles à ne pas manquer: les Belges d’Amatorski, SKIP&DIE et l’incroyable chanteuse libanaise Yasmine Hamdan.

4. The Honeymoon Killers

The Guardian, toujours: « La scène rock belge a toujours eu plus à offrir que de pâles copies du rock américains dans le genre de dEUS et K’s Choice ». Voilà. Dans les dents. « Et il n’y a pas de meilleur exemple à donner que The Honeymoon Killers ». C’est que cet album unique de The Honeymoon Killers (pour rappel Aksak Maboul + Les Tueurs de la Lune de Miel + Véronique Vincent) a eu son petit succès. En Belgique. En France. En Europe. En Angleterre, même (où Véronique Vincent s’est retrouvée en couverture du NME). Jusqu’au Japon et la côte est américaine. Le tout en chantant/crachant en français, reprenant/défroquant Charles Trenet, bref, sans chercher à copier mais en étant soi-même: à la fois beau et repoussant, sexy et crade, pop et radical, à l’image du duo de tête que formaient Véronique Vincent et feu Yvon Vronman. Résultat: trente ans plus tard, un disque toujours aussi pertinent. Et fascinant. (Car enfin bon! Qui pour écrire une telle phrase aujourd’hui? “Quand j’étais petite fille je voulais un fiancé/Maintenant je crois que j’suis tombée sur un pédé”.)

5. C’est notre héritage musical, bordel!

Alors que la plupart de nos vaillants groupes et artistes nationaux jouent comme s’ils étaient de New York ou Londres tout en rêvant à Top of the Pops, il n’en est pas un pour se réclamer d’Aksak Maboul ou The Honeymoon Killers. PAS UN! C’est pourtant là notre héritage musical, bordel ! Ironie de tout cela, ce sont ces belgo-brusseleir qui ont traversé le monde, jouant de New York à Tokyo, et sont encore aujourd’hui dans les mémoires comme les représentants du rock made in Belgik. Preuve en est l’accueil de la presse internationale pour cet « Ex-Futur Album » sorti de la nuit des temps. Bref, accueillir ces héros de la pop nationale n’est autre qu’un devoir de mémoire. Et une question de bon goût.

DIDIER ZACHARIE

Lire aussi > Le futur dans le rétro(viseur)

Journaliste lesoir.be

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