Gloire aux vieux, mort aux jeunes!

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Ce week-end aux Nuits Bota, les revenants d’Aksak Maboul + Véronique Vincent se produisaient samedi à la Rotonde tandis que Jacco Gardner envahissait l’Orangerie dimanche. Les plus vieux ne sont pas ceux qu’on croit.

Aksak Maboul et Véronique Vincent, Rotonde, samedi 9 mai

Un album miraculeux, enregistré en 1983 et sorti fin 2014, c’était une chose. Mais la transposition live, c’en est une autre. A dire vrai, malgré nos louanges (nécessaires et méritées) , on n’était sûr de rien en entrant dans une Rotonde pas loin d’être remplie. C’est la première bonne nouvelle, la deuxième étant que le public est composé de jeunes vieux comme de vieux jeunes, des témoins de l’époque et des chercheurs éclairés. Et puis, la troisième bonne nouvelle…

Oh, l’Ex-Futur Album possède un vrai charme rétro-futuriste. Une certaine fragilité touchante, aussi. Mais en live, c’est tout autre chose! Dès le premier titre « Afflux de luxe », c’est juste un petit miracle! A l’immédiateté pop des chansons, Marc Hollander et sa nouvelle troupe (deux Amatorski et la fille du couple, Faustine Hollander) superposent des envolées expérimentales, entre proto-electro, kraut et jazz, qui mettent d’emblée la barre à un niveau inespéré. On se regarde dans l’audience, incrédules, tous d’accord: ils sont repartis pour trente ans!

Aksak Maboul, ce trésor national oublié. L’heure de la reconquête a sonné! Marc Hollander (qui est aussi patron du label Crammed) et Véronique Vincent, la cinquantaine fringante, se meuvent sur scène avec aise, l’une en figure de proue, l’autre comme chef d’orchestre pop-moderne. Faustine, leur fille, passe d’un instrument à l’autre comme s’il s’agissait de jouets, et Sebastiaan Van den Branden et Christophe Claeys d’Amatorski assurent la rythmique de façon impressionnante, entre cassures jazz et envolées psyché-kraut. Bref, ça joue!

Le son est impeccable, à la fois ample et intimiste, l’ambiance est relâchée – un petit miracle dans cette Rotonde si souvent col-fermé – et on est transporté par les chansons. Car il s’agit bien de chansons. Directes, mélodiques, pop. Qui s’envolent tout à coup pour retomber sur leurs pieds, sur un refrain catchy au possible (« Chez les aborigènes », « Je pleure tout le temps »,…). Des chansons enregistrées il y a trente ans et qui sonnent plus modernes et ô combien plus aventureuses que la plupart de la production actuelle (voir ci-dessous).

Et avec ça, la fin du concert surpassera son début. C’est Saint-Nicolas en mai, des bonbons pleins la sacoche. D’abord un « Mercredi Matin » dépoussiéré du premier Aksak Maboul (sorti en 1977 sur un label éphémère dont s’occupait feu Marc Moulin) et, en rappel, la visite de Jeanf Jones Jacob et Gerald Fenerberg, deux anciens Honeymoon Killers, pour un « Décollage » à sept assez monumental. Original, créatif, expérimental, pop et immédiat… C’est tout ce qu’on demande, en fin de compte.

Tout ça pour dire: il faut absolument écouter Ex-Futur Album, pousser Aksak Maboul et Véronique Vincent à tourner et continuer. Et redécouvrir les Honeymoon Killers! C’est l’heure de la résurrection.

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Jacco Gardner, dimanche 10 mai, Orangerie

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Ce qui nous amène au cas Jacco Gardner… Le Hollandais talentueux de 27 ans qui, depuis deux albums, nous propose une pop psychédélique élégante… comme on en faisait en 1966. Et c’est un peu ce qui pose question. Si pas problème. Car s’il est logique d’être influencé par le passé, y a-t-il un réel intérêt à le recopier sans y ajouter quoique ce soit de… Autre? Contemporain? Personnel?

C’est ce qu’on se dit en regardant le Jacco présenter ses chansons de façon propre et attentionnée. C’est bien fait, bien exécuté… Comme un élève qui aurait appris sa leçon. Mais à côté de cela, il ne se passe pas grand chose. Pire, on se dit que Jacco Gardner n’a rien compris de cette musique qu’il semble pourtant tant aimer. La pop psyché étant supposée être aventureuse, faire voyager dans sa tête, nous emmener vers d’autres niveaux de conscience, bref, faire bouger les lignes. C’est ce qu’elle a fait. Il y a cinquante ans. 50 ans. CINQUANTE ANS! Jacco Gardner, lui, a inventé le psychédélisme de salon. Et en le regardant jouer, on pense à un fonctionnaire…

En une heure (et depuis deux albums), Jacco Gardner nous a proposé une lecture très académique de ce que Syd Barrett avait plié en trois singles pour le Floyd il y a bien longtemps, tout là-bas quand vous n’étiez pas nés, et moi non plus, en 1966. Tout ça pour dire, si vous devez écouter du rock en 2015, autant préférer l’original.

DIDIER ZACHARIE

NUITS BOTANIQUE: lire aussi > Retour aux sources avec Benjamin Clementine

Journaliste lesoir.be

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