Un lundi les doigts dans la prise

Frontstage - The K

Hier aux Nuits Botanique, c’était rock, grosses guitares et cordes vocales maltraitées. Étaient ainsi programmés à l’Orangerie les mystérieux Briqueville, The K (habillés), Romano Nervoso (toujours al dente) et Elvis Black Stars au set revu de fond en comble.

Mystérieux, les cinq de Briqueville le sont pour le moins, chacun arborant une cape à capuchon et ce masque de carnaval vénitien façon Eyes wide shut. Ils aiment d’ailleurs à ce point ce mystère qu’on les croisera même plus tard dans le couloir du Bota cagoulés de noir.

Que dire d’eux, alors ? Qu’ils ont déjà tourné avec Amenra et Uncle Acid & The Deadbeats. Que le groupe s’est vraisemblablement formé sur les rives de l’Escaut en 2001. Qu’ils ont enterré quelques exemplaires de leur dernier album en date et fait circuler les coordonnées gps des lieux d’enfouissement à destination des plus accros. Qu’enfin, l’album en question ne porte pas de titre particulier mais compte quatre plages, intitulées respectivement « Akte I », « Akte II », « Akte III » et « Akte IV » (ce qui rappelle d’ailleurs un peu les Mass d’Amenra).

Frontstage - Briqueville

Ce qui est certain par contre, c’est que leurs soundscapes (chaque compo frôle les dix minutes plutôt que le timing réglementairement pop/radio friendly), leurs soundscapes donc oscillent entre doom, sludge, post-rock et métal plus classique. Que s’y glissent par moments d’étranges mélopées alors qu’à d’autres instants, on a l’impression d’assister au décollage d’un bombardier. Et qu’avec les tenues évoquées ci-dessus, c’est assez pour installer une vraie présence face au public… auquel le groupe ne s’adresse donc jamais verbalement pendant cette intrigante séance aux allures de rituel shamanique. Pour une partie de l’Orangerie (loin d’être comble), il s’agit là d’une vraie découverte.

Il est aussi question de nouvel album pour The K. A venir, dans le cas du trio emmené par Sébastien Von Landau, manifestement toujours fan du punk-hardcore américain des années 80 et qui soigne ses cordes vocales – mises à rude épreuve – avec quelques gorgées de Jack Daniel’s. Le set de ce soir compte donc quelques-unes de ces compos lentes (mais pas moins tendues) promises depuis la sortie du précédent My flesh reveals millions of souls. Les anciens vainqueurs du Concours Circuit n’ont en tout cas rien perdu de leur côté abrasif et s’offrent un final totalement noise, avec torturage de micro, larsen, réverbe et toute la panoplie. Ah, au fait : Burning pattern etiquette, la nouvelle plaque, est annoncée pour octobre.

Giacomo Panarisi porte toujours aussi bien le fute moule-burnes en peau de boule à facettes. Ce soir, c’est assorti d’un t-shirt frappé de la langue des Stones, mais soyons honnêtes : ce n’est pas pour ces raisons bassement vestimentaires que l’Orangerie est tout à coup pleine de monde, de sourires et de bières. Non. En fait, en matière de rock’n’roll (avec du glam dedans), Romano Nervoso est ce qui se fait de plus show pour l’heure au sud de Steenokkerzeel. Mais entre les vannes (il ajoute à son répertoire un : « Ce soir, il y a ici plus de Wallons donc, logiquement, plus de chômeurs »), les poses, le maquillage et les textes rigolos, son spaghetti sound est toujours aussi musclé. Les quatre lascars qui l’entourent ne sont pas moins Nervoso que lui et il tient là un groupe qui n’a pas fini de mettre le souk. Petit bémol (parce que qui aime bien châtie bien) : il faudrait que Colonel soit plus souvent là pour « Straight out of Wallifornia » !

Frontstage - Romano

Prochain album encore… Celui d’Elvis Black Stars est aussi annoncé, précédé de deux singles (« Better than you », « Sect of happiness ») et d’un ep sobrement intitulé #1 (il y en aura un second). Avec le quintette (sur scène en tout cas), on reste au premier abord dans les eaux de Black Rebel Motorcycle Club et consorts. La voix qui traîne un peu sur les finales fait par contre plus anglaise, tendance – de fait – les frangins Gallagher. Le groupe d’Andenne sait manifestement comment trousser un refrain rock’n’roll qui colle dans les oreilles, n’hésite pas quant aux grosses guitares et ne manque pas non plus d’énergie. Peut-être un peu de spontanéité ou de surprise. Pour l’instant en tout cas.

Didier Stiers

 

Didier Stiers

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