Aux Nuits Bota, Hindi Zahra au rythme du chameau

indi

La chanteuse berbère franco-marocaine revient avec un deuxième album, «Homeland», qu’elle défend cette semaine aux Nuits Botanique.Il y a cinq ans, on découvrait la voix ensorceleuse d’Hindi Zahra. Son album, Handmade (135.000 pièces vendues, une Victoire de la Musique, un Prix Constantin), avait nourri plus de 400 concerts dont un Esperanzah! qui, dès l’été 2009, avait tenu à nous révéler avant tout le monde cette voix bercée aux sonorités acoustiques à la fois folk et andalouses.

Si Hindi chante un peu en français et en langue berbère, elle préfère généralement s’exprimer en anglais. Comme c’est encore le cas dans son nouveau Homeland. Un disque pourtant bien né au Maroc: «Je suis restée trois ans là-bas. Il faut donner de la vie au temps, l’étirer. Le temps n’a pas la même valeur là-bas. C’est le rythme du chameau du désert, lent et lancinant. Avant cela, j’étais tout le temps sur la route. À Paris, j’ai toujours été une ermite même si, quand je sors, c’est pour aller à la découverte du monde.»

Hindi est restée un troubadour, une nomade. Petite, elle suivait son père militaire dans ses différentes affectations. Originaire du Souss, la chanteuse, depuis son adolescence n’a cessé ses allers-retours entre Paris et le Maroc. «C’est mon destin. Les racines de mon père remontent à une tribu touarègue de Mauritanie. Je suis la tradition familiale. Je suis restée longtemps à Marrakech et à la montagne, dans la région d’Essaouira. Il faut aimer le silence. J’y suis aussi allée pour me ressourcer et me reposer. Absorber, contempler, être… Le silence ne veut pas dire être inactif. C’est du nettoyage et du remplissage.»

Son disque, Hindi l’a réalisé entre le Maroc, Cordoue en Espagne et Paris, se servant de guitares espagnoles comme de percussions marocaines: «J’ai beaucoup pensé au live en faisant ce disque et à mon peuple amazigh. Leur musique me pousse à être créative, en accord avec mon amour de la terre, ma vision du monde. La musique raconte l’histoire du monde d’une belle manière. Comme le Gitan ou le Juif, le Touareg fait voyager la musique. Pendant que les fous font la guerre, l’artiste voyage, parle d’amour, raconte une histoire, donne de l’étranger une autre image. Il y a là de la densité dans un monde superficiel et transparent. Comment peut-on unir les peuples de l’univers?»

Les convulsions du monde inspirent aussi la chanteuse: «Les premiers à se révolter, avant le Printemps arabe, ce furent les jeunes grecs, la racine de l’Europe. J’ai grandi dans une culture musulmane et à l’école chez les bonnes sœurs.»

Hindi plonge dans ses racines pour donner de plus beaux fruits. Ses mélopées méditerranéennes baignent également dans le rock et le folk, d’où l’originalité d’un propos qui, sur scène, se transforme en une transe d’où la danse n’est jamais absente. Au Printemps de Bourges, nous avons vu son concert extatique, avant qu’elle ne rejoigne l’hommage à Nina Simone: «J’adore sa musique et sa personnalité. C’était une combattante. Je me souviens d’une interview dans les années 80 où elle prédisait qu’un jour, il y aurait un président américain noir. J’aime les artistes qui sont pour l’humain, dans l’intemporel.»

Hindi poursuit également une carrière au cinéma. Elle a joué l’an dernier dans deux films: The Cut, de Fatih Akin, à propos du génocide arménien, et Itar el-layl, de Tala Hadid, dont le tournage et l’action se déroulent au Maroc.

Hindi Zahra sera ce jeudi 14 au Chapiteau des Nuits Botanique, à la même affiche que Nadine Shah et Songhoy Blues.

“Homeland” : notre critique * * * et l’écoute intégrale sur Deezer.

Thierry Coljon


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