Combat des rois aux Nuits Bota

Southern Trances

Ce jeudi, les Nuits se déclinaient un peu comme le temps: entre mélodies ensoleillées et plus mélancoliques, à l’image de la pluie qui ruisselait le long des parois du chapiteau. Se succédaient en effet Nadine Shah, Témé Tan et Hindi Zahra. Trois artistes aux univers assez différents mais en même temps complémentaires. Compte-rendu.

Nadine Shah, drama queen

Beaucoup voient en elle la digne héritière de PJ Harvey et Patti Smith avec des accents de Nick Cave. Née d’un père pakistanais et d’une mère d’origine norvégienne, Nadine Shah a grandi à Whitburn village balnéaire du nord de l’Angleterre, baignée surtout dans la culture pakistanaise, que ce soit au niveau de la religion, de la musique ou de la nourriture.

Alors qu’elle est âgée d’à peine 17 ans, elle emménage à Londres pour devenir chanteuse de jazz. Depuis, la jeune femme a continué son petit bout de chemin: en 2013, elle sort Love Your Dum And Mad, un premier album aux tonalités sombres, comme traversé par la douleur. Produit par Ben Hillier (Depeche Mode, Blur), il est applaudi par la critique mais passe pourtant plutôt inaperçu chez nous.

Deux ans plus tard, elle revient avec Fast Food, « des histoires d’amour Kleenex, instantanément gratifiantes, mais émotionnellement malsaines ». Les sources d’inspiration de cette fan de Blur? Scott Walker, Nina Simone, Emir Kusturica, Frida Kahlo, Gustave Courbet, Italo Calvino et Dostoïevski.

C’est remplie de sa présence grave et magnétique que la belle est apparue cheveux tirés et tout de noir vêtue sur la scène du chapiteau jeudi.

Dès les premiers instants, c’est son attitude qui impressionne: son regard est déterminé, rempli de force mais en même temps complètement impassible, presque froid. Accompagnée de ses musiciens, elle balance en pleine face son rock post-moderne, fait de guitares vaudoues à la Nick Cave et de mélodies au piano.

Le chant est intense et sa voix grave crée une atmosphère assez dramatique, même gothique parfois, à l’image de ses chansons et de leur sens mélancolique prononcé. C’est beau, poétique et ça transcende, même si on aurait aimé encore un peu plus de puissance à certains moments et surtout… que ça dure plus longtemps!

Témé Tan, roi soleil

Changement d’ambiance sur le coup de 20h30 avec l’entrée en scène de Tanguy Haesevoets alias Témé Tan.

Ce qui définit ce bruxellois d’origine congolaise, c’est le mouvement. Pour créer, Témé Tan voyage, beaucoup. En Afrique, en Amérique du sud, au Japon, … Des contrées qui amènent une richesse à sa musique et qui lui permettent “de revenir à des choses plus essentielles”.

La musique de Témé Tan est entêtante et gorgée de soleil. Inspirée de ce qu’il a vu, de musiques locales et traditionnelles. Des mélodies dépouillées qui font sourire et qui restent en tête. Au fond, c’est cette atmosphère remplie de bonne humeur qui résume bien le concert de ce jeudi. Dans la salle, les gens se laissent entraîner par ses histoires de crocodiles et d’éléphants. On chante, on danse et on se réchauffe le coeur.

Rejoint par deux musiciennes, Tanguy entraine le public avec lui dans les Matiti (lisez mauvaises herbes en congolais). Le mélange de l’électro et des instruments acoustiques fait merveille et nous plonge dans des lieux lointains.

Le garçon a de l’avenir et des idées débordantes. À suivre sans aucun doute!

Hindi Zahra, reine du désert

En fin de soirée, le voyage continuait cette fois vers des contrées plus orientales avec Hindi Zahra.

Cinq ans après le succès d’ Handmade et de son “Beautiful Tango”, elle venait défendre son nouvel album, Homeland, au Botanique, “un des premiers lieux à l’avoir accueillie”.

Sur scène, Hindi Zahra donne tout. Un engagement total qui l’avait d’ailleurs poussée à s’éloigner quelques temps et à faire un break après la tournée du premier album. “J’avais fait 400 concerts en deux ans et demi, j’étais fatiguée, usée physiquement. J’ai décidé donc de passer un an à Marrakech, seule, pour me reconstruire.” Homeland, son deuxième album est le fruit de cette année de travail et de recherche. De découvertes aussi.

Chaque morceau sent le voyage et respire cette chaleur berbère qui la caractérise si bien.

Hindi Zahra rayonne, comme une reine du désert, sensuelle au possible. Quand elle danse, en ondulant son corps au son des percussions, et quand elle chante en alternant à merveille douceur et bestialité. Sa musique a quelque chose d’assez hypnotique, comme si elle nous emmenait avec elle dans un royaume qu’elle voudrait conquérir.

Généreuse, elle partage de vrais moments avec son public. Un public qui exulte quand vient le temps de son classique “Beautifull tango” et qui s’enflamme avec le final sur “Stand up”.

Un moment intense, plein d’émotion et de soleil.

GAËLLE MOURY

Lire aussi:

> Témé Tan, métissé mystérieux – Portrait
Témé Tan se produira également ce samedi au Nationa(a)l

> Aux Nuits Bota, Hindi Zahra au rythme du chameau – Rencontre

Gaëlle Moury

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