Jamie xx déploie ses couleurs

Jamiexx

La tête pensante de The xx se lance en solo en attendant le troisième album de son groupe. Une belle réussite

Il est parfois difficile de prévoir les choses. En 2009, par exemple, qui aurait parié sur le premier album d’un tout jeune trio londonien, inconnu jusque dans son patronyme : The xx ? Le disque, sorti sur un tout jeune label indépendant sans référence, s’est pourtant imposé, a remporté le Mercury Music Prize et The xx est devenu le groupe hype de ce début de décennie en proposant une musique intimiste et minimaliste, en retrait de tout le ramdam de la sphère pop, quelque part presque complexée d’être entendue par un si grand nombre.

Six ans plus tard et alors qu’on est amené à discuter de son premier effort solo dans un hôtel cosy du centre-ville, ce sont ces mêmes qualificatifs qui nous viennent à l’esprit quand on rencontre Jamie Smith, alias xx. Habillé en noir des sneakers au jumper à capuche, le DJ/producteur/remixeur/multi-instrumentiste de 26 ans détonne dans ce décor chicos. Pas du genre à être causant, non plus, sans trop qu’on sache si c’est par réserve naturelle ou ennui profond. Probablement un peu des deux.

Pourtant, le disque qu’il défend prend quelque peu la tangente par rapport aux deux LP de son groupe. Si la musique de The xx s’apparente à la bande-son noir et blanc d’une fin de nuit, In Colour, comme son titre l’indique, est plus extraverti et expansif, plus dansant. Un contre-pied volontaire, comme le besoin de s’éloigner du groupe et de son univers en vase clos?

«Non, c’est simplement que je fais tout le temps de la musique. Tous les jours. Même en tournée, il y a beaucoup de moments où on doit juste attendre. A la place, j’écris, je reste créatif. C’est d’ailleurs sur la route que la plus grande part du disque a été composée. Si bien que j’ai accumulé tellement de musique que je voulais la sortir de mon système avant de commencer le prochain album des xx. Au départ, je voulais juste sortir une mixtape. Mais le mieux était de sortir un véritable album.»

Dont acte. Avec cette différence que ce disque est bien plus qu’une simple récréation. Pour ceux qui ont été frustrés par la redite Coexist en 2012, In Colour pourrait être considéré comme le véritable deuxième album de The xx, d’autant qu’il comprend la présence de ses deux compagnons de groupes sur trois titres. Quand on lui fait part de ce point de vue, le Jamie émet un petit rire, ironique ou pas, en tout cas le seul de l’entretien, et admet juste que le troisième xx, dont l’enregistrement a commencé au Texas au cours de l’été 2013, sera effectivement influencé par cet album solo. The xx s’apprêterait donc à sortir de sa coquille pour rejoindre les dancefloors.

Jamie Smith est de cette génération qui a grandi avec une guitare dans une main et un sampler dans l’autre. D’un côté, les disques soul de ses parents, de l’autre, la découverte des clubs londoniens. «Je n’ai jamais réellement écouté de pop et de rock indé, avoue-t-il. J’écoute beaucoup de trucs, ça comprend effectivement la musique électro, de club… Mais je crois que ce qui traverse tout ce que je fais, que ce soit avec The xx ou en solo, c’est la soul.»

À l’adolescence, la vie nocturne londonienne le fascine. En revenant d’un périple parisien avec des amis, il demande à ses parents de lui acheter un sampler. Il a alors dix-sept ans et  déménage bientôt seul dans un appartement à quelques encablures du club mythique Plastic People, qui a notamment été un des temples de l’avènement du dubstep. S’en sont suivies quelques années de DJ-ing («principalement jazz et soul») du côté de Camdem avant le décollage xx. Des années qui, selon lui, sont déjà lointaines.

«Après vingt ans, le Plastic People vient juste de fermer. C’était un des meilleurs clubs de Londres. Beaucoup d’endroits sont d’ailleurs en train de fermer. J’ai l’impression que la scène électro, à Londres, n’est plus aussi bonne qu’elle l’était il y a quelques années, même si elle est peut-être plus connue. Mais à nouveau, beaucoup de personnes aimaient ces lieux, et d’autres vont ouvrir et de nouvelles scènes vont se créer. C’est comme ça que Londres fonctionne. Ça bouge.» Dans toutes les couleurs.

DIDIER ZACHARIE

> Notre critique de In Colour *** et le disque en écoute sur Deezer

Journaliste lesoir.be

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